Les héritiers des Ballets Russes réunis à Garnier

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Paris. Opéra Garnier. 8-V-2013. Ballet de l’Opéra national de Paris. L’oiseau de feu, chorégraphie : Maurice Béjart (1970), musique : Igor Stravinsky, Suite pour orchestre, 1919. L’après-midi d’un faune, chorégraphie : Vaslav Nijinski (1912) réglée par Ghislaine Thesmar, musique : Claude Debussy, Prélude à l’après-midi d’un faune, 1894, décors et costumes : Léon Bakst. Afternoon of a faun : chorégraphie : Jerome Robbins (1953), réglée par Jean-Pierre Frohlich, musique : Claude Debussy, Prélude à l’après-midi d’un faune, 1894. Boléro : chorégraphie : Sidi Larbi Cherkaoui, Damien Jalet (création), musique : Maurice Ravel (1928), scénographie : Marina Abramovic, costumes : Ricardo Tisci, lumières : Urs Schonebaum. Avec les danseurs du Ballet de l’Opéra national de Paris. Orchestre de l’Opéra national de Paris, direction musicale : Vello Pähn.

En hommage aux Ballets Russes, dont l’emblématique Sacre du Printemps fête ses cent ans cette année, a articulé une soirée de ballets autour des héritiers de cette période féconde, tant sur le plan chorégraphique que musicale. Debussy, Ravel, Stravinsky, trois symboles de la modernité musicale au début du XXème ont laissé, chacun à leur manière, un terreau fertile sur lequel les chorégraphes d’aujourd’hui, comme et , tentent encore d’inscrire leur trace.

Pour démarrer ce programme, la soirée débute par une reprise de « L’oiseau de feu », créé en 1970 par pour le Ballet de l’Opéra de Paris. Régulièrement reprise depuis, il a permis à toute une génération de danseurs d’incarner la flamboyante figure de cet oiseau écarlate. Ce soir, c’est , grand prince blessé, qui endosse le rôle, entouré d’un groupe mixte de partisans dont se détachent , et . Le contraste est saisissant et superbe entre le fier oiseau et sa suite martiale, portés par une musique d’abord caressante, puis rythmiquement implacable. Dans la fosse, dirige avec doigté l’orchestre de l’Opéra dans la troisième version de la suite pour orchestre de Stravinsky.

Suite de la soirée avec l’historique de l’étape, « L’après-midi d’un faune » imaginé par le jeune sur le prélude créé une quinzaine d’années plus tôt par Debussy. Devant la superbe toile peinte de , ce chef d’œuvre opère toujours le même choc esthétique sur le spectateur. , bouche légèrement entrouverte, affiche une sensualité un peu trop directe et moderne pour le rôle de la grande nymphe. , plus ambivalent, est d’une sauvagerie et d’un érotisme consommés dans celui du faune. Il est parfait !
Quelle belle idée d’avoir proposé juste après « L’après-midi d’un faune » sa relecture par , créée quarante ans plus tard ! Limpide, apaisé, ce duo vibrant et délicat est un parfait prolongement de la version initiale. Il permet à la rencontre amoureuse de se réaliser, dans l’espace clair d’un studio de danse. y est transparent, poétique. , dans une prise de rôle, est adorable et diaphane, une merveilleuse et lumineuse partenaire.

Pour clôturer cette flamboyante soirée, a demandé aux chorégraphes et une nouvelle version du « Boléro » de Ravel. Immédiatement, ceux-ci ont pensé à l’état de transe provoqué par cette musique hypnotique pour le transposer dans un tournoiement permanent, inspiré de celui des derviches tourneurs. Les deux chorégraphes font une lecture en continu de la partition – magnifiquement interprétée par l’Orchestre de l’Opéra – sans aucun appui rythmique, à l’exception d’une marche des danseurs battue par le chef.
Cette lecture fait perdre à la musique toute sa puissance et sa lisibilité. Toutes les versions du « Boléro » depuis celle initiale d’ jusqu’à celle, mythique et inégalée de , plaçaient en leur centre, juchée sur une table ronde, une figure sensuelle et presque divine, féminine ou masculine, l’entourant d’un cercle d’admirateurs au cœur battant. Dans cette nouvelle version, la figure centrale de la table s’émousse au profit de projections vidéo de cercles concentriques sur le plateau. Ces ricochets éclatent l’espace en de multiples rayons, jusqu’à se dissiper dans une neige indéfinie.

La scénographie imaginée par la plasticienne – un grand miroir incliné au dessus des danseurs – cache plus qu’elle ne révèle les lignes, les parcours des danseurs et l’écriture chorégraphique proposée par le duo de chorégraphes. Le reflet du plateau amène de la confusion et du trouble, quand il devrait apporter de la clarté au dessin. La fâcheuse conséquence de ce parti-pris est que l’on distingue à peine les danseurs les uns des autres, vêtus de justaucorps en dentelle reprenant le motif d’un squelette, de robes transparentes et évasées en bas et le visage masqué par des applications de dentelle noire. Dommage pour , et les neuf autres danseurs de la compagnie fortement investis dans ce projet…

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