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Tosca à Strasbourg : Un retour aux sources de la mythologie Carsen

La Scène, Opéra, Opéras

Strasbourg. Opéra national du Rhin. 23-VI-2013. Giacomo Puccini (1858-1924) : Tosca, opéra en trois actes sur un livret de Luigi Illica et Giuseppe Giacosa. Mise en scène : Robert Carsen, reprise par John La Bouchardière. Décors et costumes : Anthony Ward. Lumières : Davy Cunningham. Avec : Amanda Echalaz, Floria Tosca ; Andrea Carè, Mario Cavaradossi ; Franck Ferrari, Baron Scarpia ; Kurt Gysen, Cesare Angelotti ; Frédéric Goncalves, un Sacristain ; John Pumphrey, Spoletta ; Alexander Schuster, Sciarrone ; Jean-Philippe Emptaz, un Geôlier ; Charlotte Audeoud / Elena Oswald : un Pâtre. Choeurs de l’Opéra national du Rhin (direction : Michel Capperon) ; Maîtrise de l’Opéra national du Rhin (direction : Philippe Utard) ; Orchestre philharmonique de Strasbourg ; direction : Daniele Callegari.

Tandis que le cycle Janáček mis en scène par atteindra son terme en début de saison prochaine avec une toute nouvelle production de De la Maison des Morts, Marc Clémeur, actuel directeur de l’Opéra national du Rhin, présente au public alsacien quelques éléments du cycle Puccini qu’il avait monté avec ce même metteur en scène à l’Opéra des Flandres de 1990 à 1996. Après La Bohême en 2011, place cette fois à Tosca.

Depuis lors, est devenu un des metteurs en scène qui comptent dans le monde lyrique et que les grandes maisons d’opéra s’arrachent. Ses relectures des grandes œuvres du répertoire, d’une intelligence et d’une acuité aiguisées, toujours esthétiques et finement travaillées, ont assuré son succès. Son univers, ses codes et même ses tics nous sont désormais familiers. Aussi comprend-on bien à quel point Tosca, cet opéra dont l’héroïne est une cantatrice, a pu stimuler son imagination et lui permettre de donner libre cours à son goût pirandellien pour le « théâtre dans le théâtre » et l’inversion des perspectives. Créée à Anvers en 1991, abondamment reprise dans toute l’Europe, immortalisée par le Dvd à Zurich en 2009, cette Tosca constitue en quelque sorte un acte fondateur et nous permet de revoir, vingt ans plus tard, la première apparition de concepts, d’images et de mouvements scéniques qui seront abondamment réutilisés et retravaillés dans les mises en scène ultérieures de Robert Carsen.

Dès le premier acte, on est en terrain connu. L’église Sant’Andrea della Valle devient une salle de spectacle, dont Tosca est la star adulée, les bras chargés de fleurs et signant des autographes à ses admirateurs. Le Te Deum se termine par le lever du rideau de fond de scène, sur un tableau vivant où Tosca occupe le rôle de la Madone. Au second acte, le bureau de Scarpia siège à l’arrière-scène, fermée par son classique rideau de fer. L’air « Vissi d’arte », applaudi également par Scarpia, offre l’occasion d’un point d’orgue, la chanteuse à l’avant-scène, face au public, dans le rond lumineux d’un suiveur et dans un cadre de scène brillamment éclairé. Pas de mélodrame traditionnel à la Sarah Bernhardt, avec chandeliers et crucifix, après le meurtre de Scarpia ; Tosca se contente de jeter par défi sur le cadavre un programme du spectacle et une rose tirée de son bouquet. Elle finira évidemment par se suicider en se jetant non pas du Château Saint-Ange mais en fond de scène, par delà la rampe des sunlights, dans la fosse virtuelle d’orchestre. Comme à l’accoutumée, les décors superbes et soignés ainsi que les costumes années trente et suprêmement élégants de Anthony Ward (dont la somptueuse robe de soirée bleu roi au drapé voluptueux qu’arbore Tosca au second acte), les éclairages très révélateurs et volontiers latéraux de Davy Cunningham et la direction d’acteurs fine et réaliste de Robert Carsen soutiennent l’intérêt et contribuent à la perfection formelle du spectacle.

Grande et sculpturale, en Tosca investit parfaitement son personnage de diva. La voix ample et riche, au timbre un brin métallique met quelque temps à se chauffer et à contrôler son vibrato. Puis elle s’assouplit, s’arrondit et délivre un « Vissi d’arte » de fort belle facture. Les accents tragiques sont parfaitement assumés, ainsi que les grandes envolées lyriques, sans éviter toutefois ici quelques stridences, là quelques aigus qui confinent au cri. La Cavaradossi de est quant à lui magnifique de bout en bout : physique avenant, timbre ensoleillé, ardeur de l’accent, intensité de l’aigu et souci des nuances, tout y est. En revanche, déçoit franchement en Scarpia, dont il ne possède que la noirceur du timbre. L’engorgement de l’émission, l’aigu désormais difficile (on croirait plus entendre une basse qu’un baryton), où la voix s’amincit et part en arrière, l’handicapent trop fortement pour conférer autorité et caractère menaçant à son personnage, même si l’acteur reste convaincant. La distribution des seconds rôles est impeccable, avec notamment le Sacristain sans truculence excessive de et l’ardent Angelotti de .

A la direction, prend son temps pour détailler en fin coloriste les subtilités de l’orchestration puccinienne mais sait aussi se dramatiser pour un second acte à la violence contrôlée. L’ lui répond avec enthousiasme et offre de somptueux coloris, un bel engagement et une rondeur inaccoutumée des cordes, tout comme le Choeur de l’Opéra national du Rhin, toujours aussi superbe.

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