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La Flûte de Robert Carsen en DVD

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Berliner Philharmoniker. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Die Zauberflöte (La Flûte enchantée), Singspiel en deux actes sur un livret d’Emmanuel Schikaneder. Mise en scène : Robert Carsen. Décors : Michael Levine. Costumes : Petra Reinhardt. Lumières : Robert Carsen et Peter van Praet. Vidéo : Martin Eidenberger. Dramaturgie : Ian Burton. Avec : Pavol Breslik, Tamino ; Kate Royal, Pamina ; Dimitri Ivaschenko, Sarastro ; Ana Durlovski, la Reine de la nuit ; Michael Nagy, Papageno ; Regula Mühlemann, Papagena ; James Elliott, Monostatos ; Annick Massis, Première Dame ; Magdalena Kožená, Deuxième Dame ; Nathalie Stutzmann, Troisième Dame ; José van Dam, l’Orateur ; David Rother, Premier Garçon ; Cedric Schmitt, Deuxième Garçon ; Joshua Augustin, Troisième Garçon ; Andreas Schager, Premier Prêtre ; Jonathan Lemalu, Deuxième Prêtre ; Benjamin Hulett, Premier Homme armé ; David Jerusalem, Deuxième Homme armé. Rundfunkchor Berlin (chef de chœur : Simon Halsey). Orchestre Philharmonique de Berlin, direction : Sir Simon Rattle. Réalisation : Olivier Simonnet. Enregistré le 1 avril 2013 au Festspielhaus de Baden-Baden. Sous-titrage en anglais, allemand, français, espagnol et japonais. 2 DVD. Berliner Philharmoniker BPH130011. Code-barre : 4260306 183111. Format image : NTSC : 16.9. Format son : PCM Stereo ; Dolby Digital 5.1 ; DTS 5.1. Zone 0. Durée : 163’ + 43’ (bonus).

 

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2C198E4E2-D4FC-AFAE-FA3BE9EC09B3A298Ce DVD est le reflet des représentations du festival de Baden-Baden données au printemps dernier et dûment chroniquées dans nos colonnes. L’intérêt de la manifestation était multiple, avec tout d’abord la signature par un des plus grands metteurs en scène du moment du chef d’œuvre de Mozart. Il s’agissait également de la première interprétation par de cet opéra. De même, aussi incroyable que cela puisse paraître, la Philharmonie de Berlin jouait l’ouvrage en live pour la première fois de l’histoire de son existence…

Nul ne saurait mettre en cause l’excellence de l’interprétation musicale, même si l’on pourra s’étonner de certains tempi, bien plus rapides que ceux qu’on a l’habitude d’entendre lorsque l’ouvrage est interprété par des orchestres « traditionnels » jouant sur instruments modernes. On ne se serait pas non plus attendu à une telle marge de liberté accordée aux chanteurs dans le choix de leurs ornementations. Certaines cadences, comme par exemple celle sur laquelle s’achève le premier ensemble des dames du première acte, en surprendront plus d’un. D’aucuns s’étonneront sans doute davantage d’entendre le son du glockenspiel dans les dernières mesures de l’ouvrage…

Le style Carsen est passablement reconnaissable, avec notamment la présence en toile de fond d’une forêt qui rappellerait presque celle de son Alcina du Palais-Garnier. Une fois n’est pas coutume, les éléments traditionnels du conte de fée sont mélangés aux apports de la haute technologie, comme par exemple la projection du visage de Pamina au moment où Tamino chante son air du premier acte. Même si la vision de la pièce est dans l’ensemble positive et optimiste, la violence et la mort sont omniprésentes tout au long de l’ouvrage. Ainsi, les deux tentatives de viol sur Pamina sont plus qu’explicites, et le plateau est dominé du début à la fin par une tombe d’où émergent tour à tour certains des personnages de l’ouvrage. Dans sa geôle, Papageno rappellerait presque Hamlet au moment où il contemple un crâne jonchant le sol. Idée qui n’est pas nouvelle mais qui fait toujours recette, la Reine et ses Dames sont montrées assez vite comme faisant partie dès le départ de la secte des initiés. Dans la lecture de Carsen, l’intrigue décrirait donc un stratagème n’ayant d’autre fonction que d’éprouver la valeur et la foi des deux futurs initiés, Tamino et Pamina. Aussi séduisant que ce schéma puisse paraître, il ne permet pas d’expliquer l’assaut final des personnages « noirs » de l’opéra à la fin du deuxième acte. Le rejet de la lecture manichéenne traditionnelle permet néanmoins d’achever l’opéra sur une note jubilatoire, même si l’on pourra trouver quelque peu prosaïque ce qui semble ressembler tout à la fin à une sorte de piquenique convivial célébrant la réussite et la victoire des jeunes amants.

Le plateau est dans l’ensemble d’excellente tenue, avec notamment une distribution de luxe pour les rôles dits à tort secondaires. Le trio Massis/Kožená /Stutzmann fonctionne à merveille pour les trois Dames, avec des timbres parfaitement différenciés et idéalement assortis. Dans le rôle de l’Orateur, déploie des trésors de musicalité. Le plateau est largement dominé par le couple des jeunes amants. est ainsi une lumineuse Pamina, capable de vaillance comme des nuances les plus subtiles. A ses côtés, est le plus rayonnant des Tamino, crédible autant par son apparence physique que par son ténor souple et racé. Le couple Papageno/Papageno est l’un des plus craquants qu’on ait pu voir récemment, avec notamment un particulièrement bien chantant dans son accoutrement de backpacker. La Reine de la nuit d’ n’est certes pas la mozartienne la plus stylée du moment, mais il est bon d’entendre dans ce rôle une voix puissante au sombre métal, plutôt que les sons cristallins des coloratures légères à qui l’on confie parfois ce personnage « noir ». Et l’on n’oubliera pas de mentionner le trio des jeunes garçons, que la mise en scène présente pour chacune de leurs apparitions comme le double des personnages avec qui ils ont affaire.

Une belle réalisation, donc, qui propose du chef d’œuvre de Mozart une lecture riche et stimulante et une interprétation musicale de haut vol.

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