Gustavo Dudamel dirige le Requiem de Berlioz sous les voûtes de Notre-Dame de Paris

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Paris. Cathédrale Notre-Dame de Paris. 22-I-2014. Hector Berlioz (1803-1869) : Grande messe des morts. Andrew Staples, ténor. Choeur de Radio France (chef de chœur : Celso Antunes) ; Maîtrise Notre-Dame de Paris (chef de chœur : Lionel Sow) ; Orchestre Philharmonique de Radio France, Orchestre Symphonique Simón Bolivar du Venezuela, direction : Gustavo Dudamel

Style: "D_06"L’exécution du Requiem de Berlioz est toujours un moment d’exception : par le dispositif qu’il mobilise (près de 400 participants), par l’espace qu’il exige pour que la spatialisation des quatre orchestres de cuivre soit effective, par l’impact expressif d’une partition que ce génie visionnaire conçoit à l’âge de 34 ans, quelques années après la Symphonie Fantastique. Dans le chœur de Notre-Dame de Paris, à la tête d’une phalange d’instrumentistes et de choristes superbement préparés, cet autre génie de la direction qu’est allait dompter l’acoustique des lieux et servir au mieux cette Grande messe des morts, spectaculaire par ses surgissements sonores autant que par les silences abyssaux que Berlioz ménage au sein de la dramaturgie sonore.

Quelques minutes d’adaptation aux lieux et , dirigeant à main nue et avec la partition, nous faisait pénétrer dans l’univers singulier de Berlioz. On apprécie dès le Kyrie, sobre et relativement court, l’excellent travail des choeurs – ceux de Radio France et de la – quant à l’articulation du texte, prononcé ce soir « à la française », tel qu’on lisait le latin à l’époque de Berlioz. La souplesse des voix de chaque pupitre, au regard de l’exigence de l’écriture berliozienne, est un pur bonheur dans le début du Dies Irae. L’intervention, dans le Tuba mirum, des quatre ensembles de cuivres placés dans les parties hautes de la nef embrase une première fois l’espace de résonance; le traitement plus radical encore des masses sonores dans le Rex trememdae, qui constitue un premier sommet de l’oeuvre, est une page admirable sous le geste économe autant que magistral de Dudamel, transcendé par une énergie hors norme. Conduit dans un tempo toujours sostenuto par le maestro, le Quarens me, musique « en creux », est entièrement vocal et mené de façon exemplaire par les deux choeurs, dans un flux continu et un registre très expressif. Le Lacrymosa est lancé à belle allure par Dudamel qui met à l’épreuve toutes les forces en présence ; la machine orchestrale – le Philharmonique de Radio France et l’Orchestre Bolivar du Venezuela – ici se déchaîne sans pourtant se dérégler, l’équilibre entre voix et orchestre restant souverain dans ce dernier verset du Dies Irae.

L’orchestre se réaccorde avant l’Offertoire, une page éminemment berliozienne où le compositeur superpose deux couches temporelles, la psalmodie des voix toujours étales et la partie fuguée de l’orchestre. Berlioz réemploie cette trouvaille dans sa symphonie avec choeur Roméo et Juliette quelques années plus tard. Mais elle n’inspire guère Dudamel qui lui confère une certaine pesanteur, sans privilégier la dimension horizontale de l’écriture. L’Hostias est la page « expérimentale » de Berlioz, celle où il explore les notes « pédales » du trombone associé à la flûte pour mieux mesurer l’immensité des espaces infinis. L’expérience d’écoute y est toujours saisissante.

Berlioz n’écrit qu’un seul air soliste dans son Requiem, celui du Sanctus qui est amorcé par le trémolo fragile des altos : il concentrait ce soir un instant de rare émotion. La partie de ténor est redoutable, réclamant, comme toujours chez Berlioz, une ductilité à toute épreuve et un potentiel sonore impressionnant pour nourrir une ligne mélodique toute en élégance et détours expressifs: autant de qualités inhérentes à la voix lumineuse du ténor anglais (qui remplaçait Andrej Dunaev) très impressionnant dans cette page où Berlioz met à l’oeuvre tout son talent de mélodiste. La fugue un rien académique sur l’Hosanna accorde un court répit au ténor avant la reprise de son air auquel font écho les voix de femmes. Trouveur de génie, le compositeur ajoute alors un bruissement de cymbales qui vient colorer le silence.

Au terme de l’Agnus dei sur lequel s’achève la Grande messe des morts de Berlioz, Gustavo Dudamel, maître d’oeuvre phénoménal de la soirée, maintenait quelques trente secondes d’un silence éloquent avant de laisser le public se manifester.

crédit photographique : Gustavo Dudamel © Andrew Eccles

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