Les Barbares de Saint-Saëns redécouverts à l’Opéra de Saint-Etienne

La Scène, Opéra, Opéras

Saint-Étienne. Opéra Théâtre. 16-II-2014. Camille Saint-Saëns (1835-1921) Les Barbares, tragédie lyrique en trois actes et un prologue sur un livret de Victorien Sardou et Pierre-Barthélémy Gheusi. Version de concert. Avec : Catherine Hunold, Floria ; Julia Gertseva, Livie ; Edgaras Montvidas, Marcomir ; Jean Teitgen, Scaurus ; Shawn Mathey, le veilleur ; Philippe Rouillon, Hildibrath / le grand sacrificateur. Chœur Lyrique Saint-Étienne Loire (chef de chœur : Laurent Touche). Orchestre Symphonique Saint-Étienne Loire, direction : Laurent Campellone.

barbaresL’exhumation d’œuvres oubliées est un exercice dangereux, car on peut tout autant découvrir d’abominables nanars que d’inimaginables coups de cœur. Fort heureusement, ces Barbares font partie de la seconde catégorie. Conçu à l’origine pour leThéâtre antique d’Orange (d’où le lieu de l’action, même si en 105 av.J-C, date à laquelle elle se situe, il est encore loin d’être érigé) mais finalement créé à l’Opéra de Paris en 1901, cet opéra ressort d’une tradition de la musique française qui aurait digéré les codes wagnériens, à la fois en se les appropriant et en les transgressant (on pense beaucoup à Massenet, et tout particulièrement à son Ariane, qui date de 1906). Sans être novateur, on peut imaginer que l’ouvrage a servi de champ d’expérimentation à pour la recherche de sonorités nouvelles, particulièrement dans le domaine de l’orchestration.

Celle-ci se taille en effet la part belle, avec, pour environ trois heures de concert, incluant deux entractes, une quarantaine de minutes de musique entièrement orchestrale. Le prologue, qui fait entendre les principaux thèmes de la partition, est surprenant, bourré de modulations incongrues, au point qu’on se prend à parier dans son fort intérieur à quel accord suivra tel autre (et on tombe toujours à côté) Cela en a dérouté plus d’un, mais pour notre part, nous avons trouvé le concept intéressant. Au troisième acte, une musique de ballet fait plus ou moins office de tunnel, avec pour commencer une sorte de danse folklorique méditerranéenne (ce n’est plus Massenet, c’est Bizet !) suivie de quelques morceaux sans grand intérêt, pour terminer sur une curieuse farandole, qui répète trente huit fois de suite les mêmes quatre mesures, sous un tapis de dissonances réellement étonnantes.

L’action se développe autour des amours contrariées de Floria, vestale romaine, et de Marcomir, envahisseur germain. Les caractères sont peu développés, au grand dam, paraît-il, du librettiste Victorien Sardou, car ce qui compte ici, c’est le paroxysme des situations et des affects. Cela nous vaut une écriture vocale violente, passionnée, propre à donner la chair de poule. Le premier acte est une simple exposition de la situation, mais les chanteurs doivent se donner à fond dès leur entrée, ce qui ne va pas sans poser quelques problèmes à des voix pas encore assez chauffées. Au deuxième acte, on assiste à l’entrée des barbares dans le temple de Vesta (chœur très impressionnant) seule à même de donner son titre à l’opéra, puisque la suite ne sera plus qu’une histoire d’amour, le chef des guerriers, Marcomir, se révélant même particulièrement délicat, puisqu’il refuse de prendre Floria par la force, lui laissant son libre arbitre. Le duo d’amour, très beau, est le temps fort de la partition, et malgré une orchestration puissante, laisse les voix se déployer, occasionnant de sensuels piani.

Dans le troisième acte, après le tunnel des ballets évoqué ci-dessus, l’action se dénoue rapidement : après une scène de liesse de la foule devant le départ des envahisseurs (ce n’est plus ni Massenet ni Bizet, c’est Berlioz !) Floria annonce son intention de suivre son amant. Son amie Livie propose de l’accompagner, mais ce n’est qu’une ruse pour démasquer celui qui a tué son époux lors des combats. Il s’agit de Marcomir bien sûr, elle lui plonge alors une arme en plein cœur, laissant Floria éplorée.

Bien que l’œuvre soit un tantinet bancale, à la fois par le trop grande importance laissée, pas toujours judicieusement, à l’orchestre, et un livret très mince, elle est vraiment d’une beauté saisissante. Elle a été de plus défendue par une distribution solide. combine à la fois puissance et légèreté, donnant de Floria un portrait complet. est magnifique d’autorité et de phrasé dans le rôle du résistant romain Scaurus. On ne connaissait pas le ténor , originaire de Lituanie. Le timbre est séduisant, robuste, et la diction une véritable merveille. On lui prédit un grand avenir. On n’est pas si enthousiasmée par la Livie de , dont la voix est entachée d’un vibrato envahissant, très désagréable à l’oreille. Dans les seconds rôles, et font merveille.

Et bien sûr, encore et toujours, le formidable orchestre et le non moins parfait chœur Saint-Étienne Loire, et la direction enivrante de  !

Crédit photographique :  © Charly Jurine

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