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Robbins et Ratmansky à l’Opéra de Paris : reprise et classique

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Paris. Palais Garnier. 21-VI-2014. Dances at a Gathering. Chorégraphie : Jerome Robbins (1969), réglée par Jean-Pierre Frohlich. Musique : Frédéric Chopin, interprétée au piano par Vessela Pelovska. Costumes : John Eula. Lumières : Jennifer Tipton. Avec Mathieu Ganio (en brun), Nolwenn Daniel (en jaune), Josua Hoffalt (en vert), Ludmila Pagliero (en rose), Karl Paquette (en violet), Charline Giezendanner (en bleu), Christophe Duquenne (en bleu), Amandine Albisson (en mauve), Aurélie Dupont (en vert), Emmanuel Thibault (en rouge brique). Psyché. Musique : César Franck (1890). Chorégraphie : Alexei Ratmansky. Décors : Karen Kilimnik. Costumes: Adeline André. Lumières : Madjid Hakimi. Avec Laëtitia Pujol, Psyché ; Marc Moreau, Eros ; Alice Renavand, Vénus ; et le Corps de Ballet de l’Opéra national de Paris. Orchestre de l’Opéra national de Paris, direction : Felix Krieger.

RatmanskyQu’il est parfois difficile d’écrire sur un spectacle dont on aimerait ne garder que le souvenir des sensations et des émotions plutôt que d’en réduire la portée par la mise en mots.

La soirée formée par la réunion de deux reprises de pièces chorégraphiques, Dances at a Gathering et Psyché avaient, en leur temps pu paraître bavard et longuet pour la première et trop dispersée dans sa recherche d’effets pour la seconde. D’un ensemble cohérent (il n’est pas si facile de constituer une soirée d’une telle évidence), les deux ballets rappellent la tout juste finie série Balanchine/ Millepied. Avec un même équilibre dans le dialogue dans ces générations de danseurs, il est tenté ainsi d’établir la filiation entre les tenants d’un néoclassique qui se construit et ceux qui en inventent de nouvelles modalités, actuellement. Ce qui a paru finalement des plus intéressants est la richesse qu’ont offerte les danseurs.

Pour une fois (on ne sait trop quelle peut être l’origine d’un tel changement), les solistes qui sont présentés dans la première pièce font autre chose que de paraître beaux et mélancoliques sur du Chopin alangui; il est servi ici autre chose que de la pose, tort partagé souvent quand on veut faire une jolie sensation, rendant bien impuissante une réelle expression des émotions. En se dépouillant de cette image facile amenée par le contexte, les solistes ont gagné cette franchise, cette fraîcheur qu’appellent les évolutions chorégraphiques propres à Robbins. Il en ressort une grande connivence, une belle humanité entre chacun des protagonistes, qui se rencontrent, s’interpellent et s’aiment bien, mais aussi s’affrontent, se défient et se jaugent dans des joutes où chacun tente de briller plus que l’autre. On a cette impression de personnalités qui narrent une tranche de vie, profondément simple et aspirant à la quiétude. Ce qui, à terme, peut confiner à l’ennui débouche sur une après-midi ensoleillée sur les berges de la Seine, sous un canotier où les senteurs vertes se mêlent au scintillement de la jeunesse.

en est un heureux dépositaire, et l’on aimerait bien, devant son aspect trublion, partager son ironie distanciée, à côté duquel , toujours en élégance virile, est son ami d’âme. rappelle ces tableaux du printemps éclatant, dans un paysage de la Russie éternelle ou de la Normandie bourgeoise du début du XXème siècle. Tandis que suscite l’émotion (qu’il faut de temps pour que cette danseuse, pudique et réservée, livre un peu de son être!) à la manière d’une héroïne proustienne et que dialogue de façon si attendrissante avec tous ceux-là, et sont un peu en retrait: la première pèche par ce qu’elle n’a plus, la seconde par ce qu’elle n’a pas encore. Enfin, les gens de toujours, , et sont parmi ceux dont on a l’impression qu’on les a toujours vus et que l’on verra toujours; on se réconforte à les retrouver dans cette inconsistante mais si plaisante discussion.

Robbins

En seconde partie de soirée, Psyché d’Alexeï Ratmansky a été remaniée depuis sa création, et heureusement, notamment sur le plan des costumes et de la lourdeur de la mise en scène, dont certains détails ont été supprimés ou allégés par rapport à la création. Le mythe de Psyché répond en écho à la récente création de pour l’Opéra, Daphnis et Chloé (non chronologiquement évidemment, mais dans son esthétique-volontairement non antiquisante, le traitement des personnages actualisés et dont l’évolution se centre sur les sentiments amoureux et enfin l’usage d’une musique très française). De la même façon, place est faite au merveilleux et aux caractères très personnalisés: est époustouflante d’autorité, se drapant dans une robe rouge sang qui cache la solitude désespérée de Vénus, est un danseur que l’on a toujours apprécié et qui se révèle être, au-delà d’un soliste impeccable, un partenaire à l’évolution toute tracée et enfin, enlève son masque d’étrangeté qu’elle arbore si souvent pour laisser place à une présence très attachante.

Un spectacle dont on n’attendait pas tant, aussi bien parce qu’il s’agissait de reprises que parce que cela sonne la fin d’une ère dans l’histoire du Ballet de l’Opéra.

Crédit photographique : dans Psyché; , , , , , dans Dances at a Gathering © Sébastien Mathé/Opéra National de Paris

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Paris. Palais Garnier. 21-VI-2014. Dances at a Gathering. Chorégraphie : Jerome Robbins (1969), réglée par Jean-Pierre Frohlich. Musique : Frédéric Chopin, interprétée au piano par Vessela Pelovska. Costumes : John Eula. Lumières : Jennifer Tipton. Avec Mathieu Ganio (en brun), Nolwenn Daniel (en jaune), Josua Hoffalt (en vert), Ludmila Pagliero (en rose), Karl Paquette (en violet), Charline Giezendanner (en bleu), Christophe Duquenne (en bleu), Amandine Albisson (en mauve), Aurélie Dupont (en vert), Emmanuel Thibault (en rouge brique). Psyché. Musique : César Franck (1890). Chorégraphie : Alexei Ratmansky. Décors : Karen Kilimnik. Costumes: Adeline André. Lumières : Madjid Hakimi. Avec Laëtitia Pujol, Psyché ; Marc Moreau, Eros ; Alice Renavand, Vénus ; et le Corps de Ballet de l’Opéra national de Paris. Orchestre de l’Opéra national de Paris, direction : Felix Krieger.

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