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À Verbier, Minkowski enflamme Fidelio

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Verbier. Salle des Combins. 26-VII-2014. Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Fidelio, opéra en 2 actes sur un livret de Joseph Sonnleithner et Georg Friedrich Treitschke tiré du drame Léonore ou L’Amour Conjugal de Jean-Nicolas Bouilly. Version en concert. Avec : Ingela Brimberg, Leonore ; Sylvia Schwartz, Marzelline ; Brandon Jovanovich, Florestan ; Robert Gleadow, Rocco ; Evgeny Nikitin, Don Pizzaro ; Bernard Richter, Jacquino ; Charles Dekeyser, Don Fernando. The Collegiate Chorale (direction : James Bagwell), Verbier Festival Chamber Orchestra, direction : Marc Minkowski.

Fidelio(Verbier).08Un tour de force. Deux jours de répétitions, certes intensives, et offre un Fidelio de Ludwig van Beethoven qu’il marque de sa puissante empreinte personnelle. Il n’y manquait que le décor et les costumes pour qu’on puisse déjà affirmer qu’on avait assisté au Fidelio du siècle ! On sait Minkowski vivant sa musique et sachant l’insuffler à son orchestre. Son visage, sa gestuelle, son corps, tout en lui est musique. C’est ainsi que tout au long de la soirée, on l’admire se démenant de belle façon à son pupitre pour tirer du Verbier Festival Chamber Orchestra tout ce qu’il peut proposer d’énergie et d’enthousiasme. Pari totalement réussi. C’est un Fidelio enflammé, incandescent, brutal même que le chef français délivre au public.

Les premiers accents de l’ouverture scellent l’image que Minkowski entend donner à l’opéra de Beethoven. Si, dans le monde de l’opéra, cette intrigue est l’une des rares qui ne se termine pas dans le sang et la mort des protagonistes. Néanmoins, elle se passe dans l’univers carcéral d’une prison. Une saga entre le pouvoir, la résistance et les faiblesses des hommes, de l’argent et de l’administration. La musique de Beethoven raconte bien cela. Pour autant, on doit y mettre l’esprit du drame qui habite les prisonniers et leurs gardiens. C’est ainsi que l’a compris.

Pour que le succès de l’entreprise soit au rendez-vous, il faut aussi un plateau vocal prêt à donner son engagement dans les désirs du chef. De ce côté, Marc Minkowski a pu bénéficier d’une brochette de chanteurs irréprochables. Une distribution idéale, d’une grande homogénéité, tous subjugués par la personnalité de Marc Minkowski.

Un magnifique Bernard Richter (Jaquino) dont le discours parlé est d’une clarté éblouissante. Chose rare, on ne perçoit aucune différence entre la langue parlée et la langue chantée. La voix du ténor suisse, quoique encore un peu verte, est parfaitement en phase avec le personnage. Ouvrant les feux vocaux de la soirée, son assurance est sans contredit l’élément catalyseur des autres chanteurs. À ses côtés, la soprano Sylvia Schwartz (Marzelline) lui donne la réplique avec une agréable aisance. Si son début paraît quelque peu retenu, elle va ouvrir son instrument pour terminer la soirée dans une bienfaisante explosion vocale.

Notre coup de cœur va cependant à la basse canadienne Robert Gleadow (Rocco). L’évidence du personnage est renversante. La voix ample, superbe, la diction parfaite, la présence scénique lumineuse, le dynamisme, tout dans ce jeune chanteur respire le talent. Si la version de concert fait voir un Rocco père ayant le même âge que sa fille Marzelline, l’autorité de la voix et la projection des mots sont si parfaitement dans l’esprit du personnage qu’on fait rapidement l’impasse sur cette vision.

Dans le rôle du vilain, du méchant, du vengeur, (Don Pizzaro) excelle. La hargne au ventre, il force sa voix pour accentuer le caractère odieux du personnage. Si son rôle demande de hurler, de vitupérer, de quereller, d’admonester, jamais Nikitin n’en oublie le chant. Il est tout simplement at admirablement détestable. Au point que, même au moment du salut final, il reçoit des applaudissements presque retenus tant son personnage antipathique se prolonge au-delà même de la prestation vocale.

Dans le difficile rôle-titre, (Fidelio) s’affiche à la hauteur des excellentes critiques que ses récentes apparitions (Senta du Fliegende Holländer à Genève, Tosca à Göterborg) lui ont réservées. Avec une puissance vocale hors pair et un contrôle sans faille de la ligne de chant, elle campe son personnage avec aplomb. Si son « Abscheulicher » du premier acte montre ses belles capacités de modulation, le deuxième acte la voit éclater de lyrisme. Soprano parfaitement centrée, jamais les pianissimos ne minaudent ni les fortissimos ne sont inutilement forcés. Une grande dame !

Porté par un tapis orchestral extraordinaire, le ténor (Florestan) ose un « Gott ! Welch dunkel hier ! » suicidaire. Partant d’un pianissimo étonnant, sur le même ton, il ouvre peu à peu la voix jusqu’à un immense fortissimo pour revenir lentement dans son mezzavoce du départ. Une performance que peu de chanteurs peuvent se permettre sans risque de chuter lamentablement. Avec cette assurance en poche, le ténor américain laisse champ libre à l’artiste. Un risque parfois à la limite de la justesse mais toujours dans un superbe esprit du drame. Il est bien revigorant d’entendre des chanteurs n’ayant pas peur du couac pour demeurer d’abord un artiste !

Magnifique aussi la basse (Don Fernando). À vingt-huit ans, le belge fait preuve d’une belle préparation vocale. Déjà remarqué dans La Damnation de Faust du début du Festival de Verbier, il offre ici sa voix bien structurée dans un encore trop court passage.

Quant à l’impressionnante masse vocale du Collegiate Chorale, si elle ne répond pas totalement au moment du chœur des prisonniers « O welche Lüst ! », elle s’enflamme dans le final sous des impulsions à couper le souffle d’un Marc Minkowski survolté et enflammé. Un grand moment de musique totale !

Un tout petit bémol pourtant. Depuis la salle, le Verbier Festival Chamber Orchestra manquait un peu de son en rapport aux chanteurs.

Crédits photographiques : Aline Paley/Verbier Festival

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Verbier. Salle des Combins. 26-VII-2014. Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Fidelio, opéra en 2 actes sur un livret de Joseph Sonnleithner et Georg Friedrich Treitschke tiré du drame Léonore ou L’Amour Conjugal de Jean-Nicolas Bouilly. Version en concert. Avec : Ingela Brimberg, Leonore ; Sylvia Schwartz, Marzelline ; Brandon Jovanovich, Florestan ; Robert Gleadow, Rocco ; Evgeny Nikitin, Don Pizzaro ; Bernard Richter, Jacquino ; Charles Dekeyser, Don Fernando. The Collegiate Chorale (direction : James Bagwell), Verbier Festival Chamber Orchestra, direction : Marc Minkowski.

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