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À Berne, une Flûte Enchantée de comédie

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Berne. Stadttheater. 23-XI-2014. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Die Zauberflöte, opéra en deux actes sur un livret d’Emmanuel Schikaneder. Mise en scène, décors et costumes : Nigel Lowery. Lumières : Bernhard Bieri. Dramaturgie : Albrecht Puhlmann. Avec : Christoph Strehl, Tamino ; Camille Butcher, Pamina ; Robin Adams, Papageno ; Kai Wegner, Sarastro ; Yun-Jeong Lee, Die Königin des Nacht ; Andries Cloete, Monostatos ; Oriane Pons, Papagena ; Evgenia Grekova, 1ère Dame ; Sophie Rennert, 2ème Dame ; Claude Eichenberger, 3ème Dame ; Emilie Inniger, 1er enfant ; Ellen Luginbühl, 2ème enfant ; Anna Sojcic, 3ème enfant ; Nuno Dias, L’Orateur, 1er Prêtre, 2ème homme d’arme ; Andrés de Castillo, 1er homme d’arme, 2ème Prêtre. Eva Hosemann, la Maîtresse de maison. Chor Konzert Theater Bern (dir. Zsolt Czetner), Statisterie Konzert Theater Bern, Berner Symphonieorchester, direction musicale : Thomas Blunt.

KONZERT THEATER BERNÉnorme succès auprès du public de cette Flûte Enchantée de Mozart prise haut la main par une distribution vocale homogène, un orchestre tout en finesse et des chanteurs jouant à fond la comédie imaginée par le metteur en scène anglais .

Le devant de scène est entièrement occupé par l’énorme porte d’un ascenseur surmontée du numéro des étages partant du « K » de la cave (Keller) où sévit la Reine de la Nuit jusqu’au « D » de la direction où siège Sarastro. Entre ces extrêmes, les plans différents de la démarche initiatique de Tamino et Pamina. Si l’idée maîtresse du metteur en scène britannique est excellente, sa réalisation n’est pas totalement à la hauteur de ses espoirs principalement par le manque de poésie de décors volontairement bâclés. De grandes toiles blanches ou noires où sont maladroitement dessinées des perspectives approximatives de colonnes ou d’escaliers d’un grand magasin. Un choix qui se justifierait mieux si les costumes étaient plus caricaturaux ou moins soignés.

Avant que s’ouvrent les portes de l’ascenseur, la maîtresse de maison déclame « Le coucher du soleil » de Heinrich Heine, un poème qui vante l’antagonisme du couple de la Lune et du Soleil, parallèle de celui de la Reine de la Nuit et de Sarastro. A l’ultime vers, elle presse le bouton qui ouvre les portes de cet ascenseur sur le rez-de-chaussée d’un grand magasin. Les Trois Dames vendent du parfum. Pourquoi ? Là, le message, s’il y en a un, reste indéchiffrable. Les clients, tous de blancs vêtus, les hommes chapeautés de paille, les femmes de chapeaux à larges bords et de robes blanches du début du 20e siècle se pressent autour des rayons. Soudain, il éclatent de rire à l’apparition d’un louveteau terrorisé par un employé déguisé en serpent. Alors qu’une des trois dames le terrasse, Tamino (), le chef des scouts se porte au secours de son louveteau. Il entonne alors son air « Zu Hilfe, zu Hilfe » avec une voix d’autorité mais sans aigreur aucune. Le ténor français se profile immédiatement comme le dominateur vocal de cette production. Avec une voix techniquement parfaite et un sens musical exemplaire, dosant son instrument, il se fond admirablement dans l’homogénéité des autres voix alors qu’il lui aurait été aisé de tirer la couverture à soi. Bravo l’artiste !

A ses côtés, la soprano (Pamina) s’en tire très bien même si ses débuts apparaissent crispés. Malgré le trac de la première, elle réalise néanmoins une belle performance même si sa jeune carrière ne la projette pas encore dans le phrasé idéal d’une mozartienne.

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L’expérimenté baryton (Papageno), bouillant acteur, débordant de théâtralité, il tend d’entrainer ses collègues hors des inévitables anxiétés de la première représentation. Si son exubérance lui fait parfois oublier le soin qu’il pourrait apporter à son chant, on ne peut que lui pardonner ce léger travers quand il offre l’hilarité d’une scène qui le voit se goinfrer de langouste et de champagne au rayon des gourmets du magasin. Autre formidable acteur, Andries Cloete (Monostatos) compose un personnage d’une verve théâtrale irrésistible.

Si les Trois dames (Evgenia Grekova, , ) sont aussi très à l’aise, la belle surprise vient du sortilège envoûtant des Trois enfants (Emilie Inniger, Ellen Luginbühl, Anna Sojcic) qui, si leurs voix sont bien évidemment limitées en volume, entrent en scène magnifiquement imaginés en petits nains. A genoux, un plastron de personnage fixé sur leur costume noir, l’illusion est parfaite et le tableau d’un charme inouï.

Comme toujours dans cet opéra, la Reine de la Nuit () remporte un grand succès dans les deux fameux airs de cet opéra. Le second reçu avec plus de chaleur, car la cantatrice du premier air est cachée par un costume de voile noir surmonté par le masque gigantesque d’une femme éplorée. Indéniablement, la soprano coréenne possède un instrument vocal aux suraigus idéals à cette pyrotechnie. Après un Ô Isis, ô Osiris très beau, le Sarastro de Kai Wegner, en vieillard agonisant, semble ne pas tenir la distance, sa voix devenant de plus en plus marquée par l’ampleur du vibrato.

Avec une deuxième partie de la soirée plus relâchée qu’au début, la scène s’anime faisant ainsi oublier la laideur choisie, mais discutable, du décor. Un spectacle finalement agréable, dynamique et distrayant même s’il mériterait un peaufinement scénique. Musicalement, si le chœur montre quelques décalages avec le , ce dernier s’illustre par sa légèreté toute mozartienne de laquelle la direction superbe du chef anglais n’est pas étrangère.

Crédit photographique : (Pamina), (La Reine de la Nuit) ; Camille Butcher (Pamina), Andries Cloete (Monostatos), (Papageno) © A. Boutellier

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Berne. Stadttheater. 23-XI-2014. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Die Zauberflöte, opéra en deux actes sur un livret d’Emmanuel Schikaneder. Mise en scène, décors et costumes : Nigel Lowery. Lumières : Bernhard Bieri. Dramaturgie : Albrecht Puhlmann. Avec : Christoph Strehl, Tamino ; Camille Butcher, Pamina ; Robin Adams, Papageno ; Kai Wegner, Sarastro ; Yun-Jeong Lee, Die Königin des Nacht ; Andries Cloete, Monostatos ; Oriane Pons, Papagena ; Evgenia Grekova, 1ère Dame ; Sophie Rennert, 2ème Dame ; Claude Eichenberger, 3ème Dame ; Emilie Inniger, 1er enfant ; Ellen Luginbühl, 2ème enfant ; Anna Sojcic, 3ème enfant ; Nuno Dias, L’Orateur, 1er Prêtre, 2ème homme d’arme ; Andrés de Castillo, 1er homme d’arme, 2ème Prêtre. Eva Hosemann, la Maîtresse de maison. Chor Konzert Theater Bern (dir. Zsolt Czetner), Statisterie Konzert Theater Bern, Berner Symphonieorchester, direction musicale : Thomas Blunt.

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