Le Vaisseau fantôme débarque en Normandie

La Scène, Opéra, Opéras

Caen. Théâtre de Caen. 28-IV-2015. Richard Wagner (1813-1883) : Der Fliegende Holländer, version dite de Paris (1842), opéra en 3 actes sur un livret du compositeur. Mise en scène : Alexander Schulin. Costumes : Bettina Walter. Chorégraphie : Kamel Ouali. Lumières : Rainer Küng. Video : Bert Zander. Avec : Alfred Walker, le Hollandais ; Ingela Brimberg, Senta ; Marcel Reijans, Georg ; Maximilian Schmitt, le Pilote ; Liang Li, Donald ; Kismara Pëssati, Mary. Chœur et Orchestre des Siècles, direction : François-Xavier Roth.

14615637441_fd84206e2a_zUn Vaisseau fantôme au Théâtre de Caen ? Voilà une aventure inédite et passionnante. Le retour de cette production sur la scène normande confirme la qualité d’un spectacle qui donne un coup de neuf au premier « grand » opéra de Wagner.

Le projet a vu le jour en collaboration avec le festival Wagner organisé à Genève en 2013 (cf. notre article). Patrick Foll avait déplacé toute l’équipe technique pour qu’elle se plie aux exigences de la mise en scène d’. Le choix de la version de Paris rappelle le souvenir (mitigé) de l’entreprise de réhabilitation, menée il y a deux ans par Marc Minkowski. Un assez inutilement archéologique Vaisseau fantôme ou le Maudit des mers de Pierre-Louis Philippe Dietsch y côtoyait cette première version de Wagner. Composée lors de son séjour parisien en 1841, ce Vaisseau fantôme n’offre que d’imperceptibles différences avec la version de Dresde. Daland et Erik – pardon Donald et Georg – y manifestent autant d’incompréhension obtuse pour l’idéal maudit et romantique du Senta et du Hollandais.

L’argument de la mise en scène vise à faire du Hollandais un personnage à la fois effrayant et fascinant, dont l’aspect mi faune-mi monstre marin tranche avec la Senta en nuisette rose qui serre contre elle la poupée (vaudou ?) en guise de portrait. Dans l’extrême modernité d’un décor unique aux allures de couloir dont les murs se transforment en paysages abstrait ou projections mentales, installe un climat d’affrontement et de tension. Senta est au cœur de l’action et de la scène, faisant tourner autour d’elle ses prétendants et son pitoyable paternel, prêt à la vendre contre les trésors apportés par le Hollandais. Les fileuses imitent les parques et préparent déjà les fanions de la fête finale – fanions noirs, en guise de funeste présage. Les déplacements mécaniques du chœur gagnent en liberté dans la danse du IIIe acte, assez déboutonnée avec les temps marqués du talon.

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On retrouve avec plaisir la Senta d’, soprano suédoise idéale de projection et d’intensité. Sa ballade a des accents furieux de Sieglinde et l’ensemble de sa prestation accompagne logiquement une scénographie qui la place au centre des événements. campe un Hollandais de belle stature, plus à l’aise dans la ligne et le legato que dans la brillance et la couleur générale. Le Donald de trouve progressivement ses marques, sans doute un peu clair pour rayonner efficacement d’un bout à l’autre de l’ouvrage. (Georg) n’a pas l’homogénéité et la puissance qui lui permettrait d’affronter la farouche Senta d’. Son dernier monologue le trouvera plus en phase avec ses qualités naturelles. La prestation de  en Mary est d’une belle éloquence, tout comme le Pilote très intense du jeune .

On retrouve dans la fosse l’esprit d’une interprétation sur instrument d’époque, avec (chœur et orchestre) menés de main de maître par un annoncé souffrant. La traversée n’est pas sans risques (quelques naufrages cors et âmes) mais le navire arrive à bon port, principalement grâce à des cordes survoltées et bien décidées à donner le change, malgré la modestie de la projection d’un ensemble instrumental limité par son « authenticité », mais certainement pas par la passion.

Crédits photographiques : © Grégory Batardon

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