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Eda Records : sauvegarde et redécouverte du XXe siècle polonais

À emporter, Actus Prod, CD, Musique de chambre et récital, Musique symphonique

Concerto/Concertino. Jerzy Fitelberg (1903-1951) : Concerto pour trombone, piano et orchestre à cordes ; Tadeusz Zygfryd Kassern (1904-1957) : Concerto pour orchestre à cordes ; Michal Spisak (1914-1965) : Concertino pour orchestre à cordes. Andrzej Sienkiewicz, trombone ; Grzegorz Gorczyca, piano ; Orchestre de chambre philharmonique de Varsovie, dir. Christoph Slowinski. 1 CD EDA. Réf. : EDA 039, code barre : 8 40387 10039 5. Enregistrement réalisé au Studio Witold Lutoslawski, Radio polonaise, Varsovie, le 11 mai 2011. Notice trilingue : allemand, polonais, anglais. Durée : 58’24

Musique de chambre. Constantin Regamey (1907-1982) : Quintette pour clarinette, basson, violon, violoncelle et piano ; Józef Koffler (1896-1944) : Love, Cantate op. 14 d’après la première lettre de Saint Paul aux Corinthiens, pour voix soliste, clarinette, alto et violoncelle ; Simon Laks (1901-1983) : Divertimento pour flûte, violon, violoncelle et piano. Eleonore Marguerre, soprano ; Silvia Careddu, flûte ; Ib Hausmann, clarinette ; Frank Forst, basson ; Aperto Piano Quartet. 1 CD EDA. Réf. : EDA 037, code barre : 8 40387 10037. Enregistré au Siemens Villa Berlin Lankwitz, en octobre 2010 et avril 2011. Notice trilingue : allemand, polonais et anglais. Durée : 57’20

Joachim Mendelson (1892-1943) : Symphonie n° 2 ; Symphonie de chambre ; Quintette pour hautbois, violon, alto, violoncelle et piano ; Sonate pour violon et piano. Tatjana Blome, piano ; Claudio Corbach, violoncelle ; Ignacy Miecznikowski, alto ; Ulrike Petersen, violon ; Frédéric Tardy, hautbois. Orchestre symphonique de la Radio polonaise, dir. Jürgen Bruns. 1 CD EDA. Réf. : EDA 040, code barre : 8 40387 10040 1. Enregistrements réalisés du 30 novembre au7 décembre 2010 au Studio Witold Lutoslawski, Radio polonaise, Varsovie (Symphonie n° 2, Symphonie de chambre); du 17 au19 mai 2011, Studio de la Radio Berlin Brandebourg, Berlin (Quintette et Sonate). Notice trilingue : allemand-polonais-anglais. Durée : 67’16

 

51B+uHrSeDL._SL500_AA280_Loin du brouhaha médiatique ambiant, cette série remarquée de musique polonaise intitulée « Poland abroad » nous invite à la redécouverte de la musique polonaise de la première moitié du XXe siècle.

Après le volume 35 très remarqué (L’hirondelle inattendue de et Le Lion amoureux de Clef ResMusica), le label Eda Records poursuit une initiative de première nécessité comme en témoigne l’écoute des volumes 37, concentré autour de la « musique de chambre » et 39 consacré au « Concerto/Concertino ». Les six compositeurs retenus, nés entre 1896 et 1914, tous créateurs talentueux, exercent leur art avec un sérieux et une qualité d’écriture irréprochables. Ils ont en commun d’élaborer une musique dont les mouvements rapides pourraient, non sans quelque approximation un peu rapide, se regrouper sous la bannière générique du néo-classicisme tel qu’il prospérait à l’époque de leur conception.

poland_abroad_39L’écriture s’avère variée, vive et riche des temps passés mais à l’évidence, en même temps, marquée par un souci d’émancipation des esthétiques des siècles précédents. Les mouvements lents, notés adagio ou andante, ne cherchent aucunement à contourner tout ce que la nature humaine affiche de réflexion, de méditation, d’expression de la douleur et de l’effroi. L’Orchestre de chambre philharmonique de Varsovie dirigé sans faille par Christoph Slowinski étonne par ses réelles qualités techniques et ses nuances délicates et multiples dévolues à chacune des partitions retenues. Par exemple, le Concerto pour trombone, piano et orchestre à cordes (1948) de illustre au mieux ce qui vient d’être dit. Les solistes Andrzej Sienkiewicz au trombone et Grzegorz Gorczyca au piano contribuent amplement à magnifier cette musique de haute qualité. Le Concertino pour cordes (1942) de  ne démérite d’aucune manière tout en portant à nos oreilles ces partitions malgré tout marquées par leur date de composition. Le CD de musique de chambre contribue également à ressusciter des opus négligés ou ignorés jusque-là en raison de divers facteurs dramatiques, politiques ou humains, comme l’exil, les persécutions, l’assassinat à mettre successivement au crédit des nazis puis des communistes. Chacun des six compositeurs mériterait à lui seul une notice détaillée, ce que réalise en partie le texte de présentation sobre et informatif.

joachim_mendelsonQuatre partitions d’un martyr polonais sauvées de la destruction.

Dans sa série « en hommage » EDA-records  s’intéresse à un créateur tombé aux oubliettes, conséquence impitoyable de la folie meurtrière des hommes.

Ce musicien, , est un polonais d’origine  juive assassiné en 1943 dans le ghetto de Varsovie asphyxié par les troupes allemandes. Sa disparition s’inscrivit dans un plan diabolique visant à éradiquer toute trace humaine et matérielle des indésirables. Avec la mort de Mendelson disparaissait également son catalogue considéré comme l’un des plus précieux de la musique polonaise de l’Entre-deux-guerres. Ce n’est pas une mince consolation d’apprendre que seules quatre partitions de Mendelson ont survécu ; elles se trouvaient à Paris dans les archives de l’éditeur Max Eschig épargnées de ce maelstrom mortifère. Nous pouvons aujourd’hui découvrir sa Symphonie n° 2 (1939), sa Symphonie de chambre (1938), son Quintette pour hautbois, violon, alto, violoncelle et piano (1939) et enfin sa Sonate pour violon et piano (1937). Membre de l’Association des jeunes musiciens polonais à Paris, Mendelson fut l’ami d’Alexandre Tansman et de Karol Szymanowski. Sa nomination comme professeur de composition au Conservatoire de Varsovie rend compte de son tragique destin après l’occupation de la Pologne en septembre 1939, où pris au piège, il disparut comme la grande majorité des Polonais de confession juive. Les deux œuvres orchestrales parfaitement défendues par l’ et son chef efficient Jürgen Bruns nous convainquent de la maîtrise technique de Mendelson et de la pertinence de son propos. Impression confirmée par les deux pièces de musique de chambre retenant l’attention d’un bout à l’autre des exécutions. L’époque elle-même et les relations de Mendelson, sans oublier le milieu artistique dans lequel il évolua, rendent logiquement compte d’une esthétique à la grammaire néo-classique ne recouvrant que partiellement une profondeur et une mélancolie (prémonitoires ?) insondables. Enfin…  un précieux héritage sauvé du néant in extremis.

 

En coopération avec la
sur les mémoires des violences politiques
 
 
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