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À Genève un Fidelio inabouti

La Scène, Opéra, Opéras

Genève. Grand Théâtre. 10-VI-2015. Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Fidelio (Leonore) (1805), opéra en 3 actes sur un livret de Joseph Ferdinant Sonnleithner tiré du drame Léonore ou L’Amour Conjugal de Jean-Nicolas Bouilly. Adaptation de Willy Hess. Mise en scène : Matthias Hartmann. Décors : Raimund Orfeo Voigt. Costumes : Tina Kloempken. Lumières : Tamás Bányai. Avec : Elena Pankratova, Leonore ; Siobhan Stagg, Marzelline ; Christian Elsner, Florestan ; Albert Dohmen, Rocco ; Detlef Roth, Don Pizzaro ; Manuel Günther, Jacquino ; Günes Gürle, Don Fernando. Chœur du Grand Théâtre de Genève (direction : Alan Woodbridge), Orchestre de la Suisse Romande, direction : Pinchas Steinberg.

En dépit de la présence d’un des orchestres parmi les meilleurs en Europe, d’un grand chef d’orchestre, d’un chœur aux sonorités magnifiques, cette nouvelle production de Fidelio, spectacle de clôture de la saison d’opéra du Grand Théâtre de Genève, laisse l’impression de plus en plus fréquente dans ce théâtre, d’un manque patent de goût artistique.

L’intrigue de Fidelio n’est certes pas de celles qui réjouissent l’humeur. L’univers carcéral n’a jamais engendré la plus apaisante des poésies. Même si l’histoire de Léonore se déguisant en garde-chiourme pour libérer son mari de la prison où il est enfermé se termine bien, l’esprit noir du livret de Sonnleithner et de la musique de Beethoven, n’amène guère à rire. C’est ainsi que ce drame suggère des mises en scène empreintes de cruauté, de sarcasme et de froideur. Mais cela justifie-t-il que montre un spectacle aussi peu abouti ?

Inabouti le décor qui, en nous faisant pénétrer dans une prison moderne montre une salle de contrôle (grande boîte descendant des cintres) avec ses écrans TV opposée à un misérable trou de bombe, cachot de Florestan. Inaboutis les costumes avec des gardiens en habits de ville (Marzelline en hauts talons pour faire la lessive !) et des prisonniers encagés en vêtements de bure. Guantanamo ou le Moyen Age ? Inaboutie la direction d’acteurs avec des chanteurs errant sur scène faisant douter jusqu’à la compréhension du texte qu’ils doivent chanter.

Certes, on est au théâtre et le théâtre, c’est la suggestion. Est-il toutefois nécessaire de remplir toutes ces brouettes avec des cuillères à café de terre pour suggérer au public que la libération de Florestan passe par le comblement de son cachot ? A force de tout vouloir montrer, tout expliquer, n’use d’aucun parti pris, restant dans la convention la plus totale.

Du côté musical, la distribution s’avère très inégale. Certes dominant la scène de son talent et de son expérience, (Rocco) offre les plus beaux moments musicaux de la soirée. Quelle assurance vocale, quelle générosité du timbre, quelle diction, en grand homme de théâtre, il habite toute la scène. A ses côtés, la soprano australienne (Marzelline) est très à l’aise scéniquement et sa voix superbement fruitée fait merveille dans le rôle.

Fidelio.01Hormis ces deux protagonistes, le reste du plateau est très moyen. Allant du moins pire au détestable, disons que si (Leonore) possède une voix belle et puissante, elle n’a ni l’esprit, ni le phrasé du rôle. Depuis l’avènement de la soprano Anna Netrebko, la mode veut qu’on engage des chanteuses russes. On les met à toutes les sauces sans se soucier le moins du monde du style que les œuvres requièrent. Est-ce qu’au théâtre on engagerait Louis de Funès pour jouer Le Cid de Corneille ?

Aux côtés de la valeureuse soprano, le ténor (Jacquino) s’en tire assez bien même si sa gaucherie scénique dessert quelque peu une vocalité en devenir. Honnête encore la prestation du baryton turc Günes Gürle (Don Fernando). Par contre, l’amateur d’opéra comprend mal la présence du baryton allemand (Don Pizarro) dont l’expression de méchanceté et de fureur de la partition beethovénienne se traduit par un aboiement vocal dérangeant et malvenu. Et que dire du ténor (Florestan) ? Il mériterait les pires critiques mais, lorsqu’on sait que sa prestation dans le Stabat Mater de Dvorak au Festival de Pâques à Lucerne fut unanimement saluée, on ne peut penser qu’à une méforme passagère du ténor allemand. Cependant, lors de cette première, sa voix nasale, ses approximations, ses quelques écarts avec le diapason sont si flagrants qu’il frise la caricature.

Dans la fosse, le chef retrouve l’ dont il fut le chef titulaire entre 2002 et 2005. Dans ce Fidelio, on apprécie sa capacité de tirer de son ensemble de très belles couleurs orchestrales. Particulièrement évidentes dans les préludes de l’opéra, elles disparaissent quelque peu dans l’accompagnement des chanteurs. A noter encore, le qui, s’il ne semble pas au meilleur de sa forme dans le magnifique « O welche Lust, in freier Luft ! » du premier acte est époustouflant dans le final.

Crédits photographiques : Fidelio © GTG / Carole Parodi

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