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Kirill Petrenko, discret souverain de Munich à Berlin

266a95f5d9 (1)And the winner is… ! On aimerait savoir ce qui a permis de débloquer la situation après l’échec, le 11 mai dernier, de la désignation du nouveau directeur musical de l’Orchestre Philharmonique de Berlin, et on peut supposer qu’une bonne partie des six semaines écoulées depuis ont été employées à négocier avec les conditions d’un contrat sans doute assez différent de celui de Simon Rattle.

C’est que Kirill Petrenko n’est pas n’importe quel chef, et il est le premier à connaître les conséquences de son perfectionnisme forcené, qui lui interdit de rivaliser avec les plannings surchargés de la plupart des stars de la baguette. À 43 ans, Petrenko est l’un des chefs les plus unanimement apprécié des connaisseurs, mais il n’est pas l’un des plus connus du grand public, à cause de son activité limitée, mais aussi à cause d’une discographie qui ferait passer par comparaison pour un fanatique des studios d’enregistrement : Palestrina de Pfitzner, un disque Rachmaninov et un cycle consacré à Joseph Suk – et plus rien depuis plusieurs années. Et depuis plusieurs années, comme Kleiber avec qui il est souvent comparé, le refus de donner la moindre interview.

Petrenko est né en Russie, mais c’est en Autriche qu’il reçoit son perfectionnement musical : son père, violoniste, profite d’un poste dans l’orchestre du théâtre de Bregenz pour quitter en 1990 l’URSS mourante, dont la décomposition libère un antisémitisme galopant. Il parle donc un excellent allemand, ce qui ne sera pas inutile à Berlin, et commence sa carrière dans la plus pure tradition germanique, de poste en poste : d’abord comme simple chef d’orchestre à la Volksoper de Vienne (1997-1999), puis comme directeur musical à Meiningen en Thuringe, pendant trois ans où il réussit à monter un Ring qui attire l’attention sur lui, et enfin, de 2002 à 2007, dans un premier poste berlinois, à l’Opéra-Comique, qu’il contribue à sauver. Mais la vie de troupe n’est pas nécessairement celle qui lui va le mieux, et on croit comprendre, en 2007, qu’il ne se laissera plus lier à un poste permanent : c’est l’un des plus éminents mérites de Nikolaus Bachler, intendant de l’Opéra de Munich, que d’avoir convaincu Petrenko de succéder en 2013 à comme directeur musical de l’une des plus prestigieuses maisons d’opéra du monde. Nous avons souvent eu l’occasion de rendre compte des spectacles qu’il y a dirigés ces deux dernières saisons, à commencer par sa Femme sans ombre inaugurale : dès le premier jour, la ferveur du public pour « son » directeur musical était frappante, et elle ne s’est pas démenti depuis. L’Opéra de Munich a d’ailleurs annoncé qu’il ne renonçait pas pour autant à son directeur musical et espérait bien prolonger son contrat en parallèle avec Berlin, sans doute avec une présence réduite de plusieurs semaines.

Pendant ses saisons munichoises, Petrenko s’est concentré sur le répertoire lyrique (y compris, bien sûr, le Ring de Bayreuth), ne dirigeant que les deux ou trois programmes symphoniques dont il a la charge dans la saison de l’opéra et un très petit nombre d’invitations à l’extérieur – on pensait d’ailleurs que sa renonciation à son concert du mois de décembre à Berlin mettait un terme à toute possibilité de le voir accéder au poste qu’il a aujourd’hui accepté. Le poste berlinois impose un autre répertoire, un autre rythme de travail, une autre communication avec le monde musical. Choisir Petrenko, c’est à la fois une évidence (au titre de la qualité artistique) et un choix difficile et audacieux après le très conciliant et aimable Rattle : assumera-t-il vraiment la lourdeur de la saison berlinoise ? le planning surchargé du festival de Pâques à Baden-Baden ? les longues semaines de tournée à l’autre bout du monde ? On ne sait, mais le choix de tenter cette aventure est tout à l’honneur des musiciens berlinois.

 Crédit Photographique : Kirill Petrenko (c) Wilfried Hösl

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