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À Avenches, un beau plateau pour le Barbier

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Avenches. Arènes. 4-VII-2015. Gioachino Rossini (1792-1868) : Il Barbiere di Siviglia, opéra en deux actes sur un livret de Cesare Sterbini d’après la comédie de Beaumarchais. Mise en scène : Marco Carniti. Décors : Emmanuelle Favre. Costumes : Amélie Reymond. Lumières : Henri Merzeau. Projections : Francesco Scandale. Avec : Lana Kos, Rosina ; Carine Séchaye, Berta ; Yijle Shi, Conte Almaviva ; Miguel Sola, Dottore Bartolo ; Fernando Afara, Fiorello ; George Petean, Figaro ; Rubén Amoretti, Don Basilio ; Sylvain Kuntz, un ufficiale ; Yaël Rion, Ambrogio. Chœur de l’Opéra de Lausanne (chef de chœur : Pascal Mayer). Orchestre de Chambre Fribourgeois, direction : Nir Kabaretti.

George Petean (Figaro)Dans cette production avenchoise du Barbiere di Siviglia de Rossini, le plateau vocal rattrape une mise en scène sans caractère et sauve le tout d’une trop grande déception.

Sur l’immense ouverture de scène des arènes, Emmanuelle Favre (décors) imagine un village de maisons de toile blanche qui, pivotant, permettent de voir l’intérieur stylisé de ces maisons. Placées sur des pilotis, l’accès à l’étage requiert nombre d’escaliers assez habilement mus pour ne pas trop déranger le déroulement de l’intrigue. Malgré cet ingénieux dispositif, et des costumes (Amélie Reymond) bien dessinés, le metteur en scène développe une mise en scène faite de bouts de ficelles (parfois trop grosses). Pensant favoriser le comique du livret, il use d’accessoires aussi inutiles qu’encombrants (les inévitables chaises qu’on entre et qu’on sort aussitôt, les bicyclettes qu’on exhibe en ballet incongru).

Parfois, le metteur en scène italien tente de montrer le burlesque mais ses intentions sont si fugitives qu’elles n’accrochent pas le spectateur. Au contraire, elles deviennent déplacées, comme le masque crochu de la Commedia dell’Arte que porte Don Basilio ou ces hommes-chevaux tirant un char romain orné d’énormes ciseaux pour l’entrée de Figaro. Ils restent sagement attachés à leur véhicule, alors que le véritable comique de la scène aurait voulu que certains piaffent, ruent ou se détachent de l’équipage. Comme par ailleurs avec le personnage d’Ambrogio (Yaël Rion), caricature très bien choisie pour son physique si particulier, mais dont l’utilisation scénique est négligée, le rendant plus parasite que personnage de la comédie. n’est pas un conteur. Pour qui ne connaît pas l’intrigue du Barbiere di Siviglia, difficile d’imaginer qu’il en possédera les tenants et les aboutissants à l’issue de cette production.

Fort heureusement le plateau vocal est suffisamment brillant pour que l’habileté théâtrale des protagonistes suppléent à l’absence de réelle mise en scène. A commencer par (Figaro) dont l’abattage fait merveille, même si parfois il a tendance à en faire un peu trop, en composant un personnage plus près d’un bouffon que d’un entremetteur. Vocalement, il impose une voix bien timbrée dans une diction de grande qualité, chose de plus en plus rare dans nos maisons d’opéra.

Autre moment de qualité avec la basse Ruben Amoretti (Don Basilio) qui offre un air de la calomnie avec une vocalité d’exception, depuis un registre grave ample et puissant jusqu’à des aigus admirablement timbrés. Pour lui, aucun besoin de faire beaucoup de théâtre, sa voix suffit.

Ruben Amoretti (Don Basilio), Miguel Sola, (Dottore Bartolo), George Petean (Figaro), Yijle Shi (Conte Almaviva), Lana Kos (Rosina), Carine Séchaye (Berta)Avec la soprano (Rosina), bonne comédienne, on frise la caricature, faute de personnification du personnage. Sa Rosine en poupée capricieuse n’est certainement pas celle imaginée par Rossini, qui veut qu’elle soit amoureuse d’un Comte. Avec sa technique accomplie dans une voix claire, la soprano croate existe agréablement sur scène. Elle pourrait même se passer de se montrer en triomphatrice à peine son air terminé. Un peu d’humilité, Madame !

Le ténor (Conte Almaviva) possède sans doute des qualités pour les œuvres rossiniennes. Toutefois une bonne technique, une aisance de vocalises ne suffisent pas à cacher l’improbable acteur. Dans la scène d’Almaviva s’introduisant chez le Dottor Bartolo déguisé en soldat ivre, il paraît évident que le ténor chinois n’a jamais observé un homme aviné. Là encore, le metteur en scène aurait pu le guider, lui évitant de paraître ridicule au lieu de d’hilarant. Les deux autres protagonistes principaux, (Berta) et Miguel Sola (Dottore Bartolo) remplissent bien leur rôle, encore qu’on aurait pu attendre d’eux un peu plus de musicalité.

La prestation du Chœur de l’Opéra de Lausanne brille par son autorité, alors que celle de l’ reste terne, par manque évident de volume sonore. Il est vrai cependant qu’à cause d’un problème inhérent aux lieux, les sons de l’orchestre sont sourds. Quelques voix du parterre se sont d’ailleurs élevées pour se plaindre de ce qu’on n’entendait pas l’orchestre. Il serait temps que le Festival d’Avenches songe à une certaine amplification des pupitres de la fosse afin que le parterre puisse aussi apprécier la musique de l’orchestre et la direction d’orchestre. Avec ce manque d’apport orchestral, difficile d’apprécier les efforts du chef israélien .

Crédits photographiques : ©Marc-André Guex

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Avenches. Arènes. 4-VII-2015. Gioachino Rossini (1792-1868) : Il Barbiere di Siviglia, opéra en deux actes sur un livret de Cesare Sterbini d’après la comédie de Beaumarchais. Mise en scène : Marco Carniti. Décors : Emmanuelle Favre. Costumes : Amélie Reymond. Lumières : Henri Merzeau. Projections : Francesco Scandale. Avec : Lana Kos, Rosina ; Carine Séchaye, Berta ; Yijle Shi, Conte Almaviva ; Miguel Sola, Dottore Bartolo ; Fernando Afara, Fiorello ; George Petean, Figaro ; Rubén Amoretti, Don Basilio ; Sylvain Kuntz, un ufficiale ; Yaël Rion, Ambrogio. Chœur de l’Opéra de Lausanne (chef de chœur : Pascal Mayer). Orchestre de Chambre Fribourgeois, direction : Nir Kabaretti.

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