La Scène, Musique de chambre et récital

La Voix Humaine d’Anna Caterina Antonacci

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Genève. Grand Théâtre. 6-IX-2015. Maurice Ravel (1875-1937) : Cinq mélodies populaires grecques sur des poèmes traduits du grec par Michel Dimitri Calvocoressi. Francis Poulenc (1899-1963) : La Fraîcheur et le Feu sur des poèmes de Paul Eluard, La Dame de Monte-Carlo, La Voix Humaine (poèmes de Jean Cocteau). Anna Caterina Antonacci, soprano. Donald Sulzen, piano.

Anna Caterina AntonacciL’annulation (étrange) du Ernani de Giuseppe Verdi en version concertante avec Riccardo Muti, l’ouverture de saison du Grand Théâtre de Genève se fait en catimini avec ce très honnête récital de mélodies françaises d’une apparue en moindre forme que cette scène l’a précédemment connue.

Depuis quelques années, la soprano italienne est une habituée du Grand Théâtre de Genève. Après sa Vitellia dans La Clemenza di Tito de Mozart en avril 2006, son extraordinaire Cassandre dans Les Troyens en septembre 2007, et sa présence dans deux autres opéras, ce récital est son quatrième sur la scène genevoise depuis mai 2011.

Vêtue d’une très belle robe noire, la soprano italienne réserve cette soirée à deux compositeurs français majeurs : et . Incontestablement, l’italienne non seulement est à l’aise dans ce répertoire difficile mais elle met le public à l’aise dans sa maîtrise de la langue. Avec une diction quasi parfaite (cette légère tendance à l’incompréhensible lorsqu’elle chante à pleine voix), elle aborde son récital avec les Cinq mélodies populaires grecques de Ravel dont la musique d’une grande finesse en font un « cheval de bataille » de beaucoup de cantatrices. D’emblée on reconnaît chez la soprano, la beauté d’une voix, bien posée, parfaitement conduite. Cependant, son interprétation reste dans des rails très calculés. Aucune surprise, peu d’écarts, d’éclats. Tout cela reste extrêmement lisse.

Il en est de même pour les mélodies du cycle La Fraîcheur et le Feu de que la poésie de Paul Eluard endort tendrement. De fraîcheur, Anna Caterina Antonacci n’offre que ses belles notes et de feu, elle n’en transmet aucun tant les textes sont hermétiques à cet aspect.

Avec La Dame de Monte-Carlo, elle montre plus de fantaisie. Le texte de Jean Cocteau offre une palette de mots colorés permettant à la chanteuse d’interpréter ces strophes avec un esprit plus enjoué.

En seconde partie, Anna Caterina Antonacci offre le célèbre petit opéra La voix humaine. Vêtue pour la circonstance d’une magnifique robe d’intérieur à grandes fleurs, la chanteuse s’approche d’un fauteuil de bois et d’un piédestal sur lequel est posé un téléphone. Dans ce monologue tragique d’une femme abandonnée par son amant, le téléphone est l’ultime lien auquel elle s’accroche pour prolonger cet amour déliquescent. Le monologue entrecoupé des paroles de l’homme demande une très grande préparation pour que musique et mots concordent avec le rythme de l’action. Ici, l’exercice de cet opéra avec le seul piano perd de son tragique. Pour traduire pleinement le désespoir de cette femme abandonnée, l’apport de l’orchestre semble indispensable, les sons du piano s’éteignant trop rapidement.

Privilégiant la voix à l’émotion, Anna Caterina Antonacci ne parvient pas à sublimer le texte. Tout est trop beau pour crédibiliser le drame. Sa voix, sa robe, son allure, sa coiffure. Ne pouvant se départir de toutes ces beautés, elle ne peut jouer le drame. Le théâtre s’absente. Reviennent alors en mémoire l’image d’une Anna Magnani, la voix d’une Simone Signoret, le chant d’une Magda Olivero, légendaires et incontournables interprètes de La voix Humaine, filmée, jouée ou chantée. Il faut toutefois reconnaître à Anna Caterina Antonacci le courage de présenter cette pleine heure de présence ininterrompue sur scène, avec pour seul support sa voix et les notes concises du piano de .

Crédit photographique : © Benjamin Ealovega

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Genève. Grand Théâtre. 6-IX-2015. Maurice Ravel (1875-1937) : Cinq mélodies populaires grecques sur des poèmes traduits du grec par Michel Dimitri Calvocoressi. Francis Poulenc (1899-1963) : La Fraîcheur et le Feu sur des poèmes de Paul Eluard, La Dame de Monte-Carlo, La Voix Humaine (poèmes de Jean Cocteau). Anna Caterina Antonacci, soprano. Donald Sulzen, piano.

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