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Mithridate de Mozart : un génie hors convention

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Paris. Théâtre des Champs-Élysées. 15-II-2016. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Mithridate, opera seria en trois actes (1770). Mise en scène : Clément Hervieu-Léger ; dramaturgie : Frédérique Plain ; scénographie : Eric Ruf ; costumes : Caroline de Vivaise. Avec : Michael Spyres, Mithridate ; Patricia Petibon, Aspasie ; Myrtò Papatanasiu, Xipharès ; Christophe Dumaux, Pharnace ; Sabine Devieilhe, Ismène ; Cyrile Dubois, Marcius ; Jaël Azzaretti, Arbate. Le Concert d’Astrée, direction : Emmanuelle Haïm.

Mitridate TCEAnnonçant un génie en devenir, Mithridate n’est pas l’opéra seria le plus monté de Mozart ; sa forme parfaite dans la composition et dans l’esprit a connu plusieurs versions et les typologies vocales de l’œuvre en font un opéra assez difficile à mettre en scène. Le Théâtre des Champs-Élysées s’est attelé à cette tâche en relevant le défi avec brio.

La mise en scène de qui devient coutumier des milieux de l’opéra et de la danse essaie tant bien que mal d’implanter du théâtral dans un registre qui n’y est pas si habitué. La direction d’acteurs est très intelligemment construite : il prend en compte les nécessités musicales et s’accommode des da capo qui peuvent sembler redondants pour l’avancée dramaturgique sans trop d’ennui. L’idée principale est de faire de cette représentation une sorte de répétition où les artistes deviennent progressivement les personnages en endossant leurs costumes, opérant une sorte d’identification entre une histoire mise en musique il y a près de deux cent cinquante ans et la permanence des sentiments humains. C’est plutôt intelligent ; toutefois, un décor unique représentant l’intérieur d’un théâtre un peu délabré, certaines facilités (amenées par le caractère un peu monolithique des personnages) font regretter un manque d’action, d’autant plus que l’intention était judicieuse. Sur le plateau vocal, un niveau très intéressant compose l’équipe.

En premier lieu, est, avec sa voix légère et virtuose et qui bénéficie de l’esprit de l’interprète pour se faire entendre sur toute l’étendue du rôle, une Aspasie pleine de contrastes afin d’en extraire une grande richesse. En second lieu, qui maîtrise parfaitement son instrument, utilisant des pianissimi dans l’aigu, faisant chatoyer le suraigu avec une brillance argentée et sachant incarner avec intériorité la constante Ismène.

Le rôle absolument inchantable de Mithridate est incarné par . Son entrée laisse supposer une maîtrise des complexités offertes par un Mozart habituellement plus attentif aux voix (et l’on mesure les chanteurs qu’il devait avoir en face de lui pour composer une telle partition) ; mais au fur et à mesure de la représentation, une certaine fatigue s’installe. Le phrasé, au départ bien tenu, avec une certaine prudence, mais également une attention portée aux écarts de tessiture, se délitent et laissent une impression brouillonne d’un timbre forcé et qui manque de naturel, notamment aux extrémités de la voix. L’acteur essaie de rattraper le chanteur, et il n’y a que la pénibilité du rôle qui appelle la bienveillance de l’écoute.

est un très beau Farnace : la voix emplit facilement le théâtre et passe l’orchestre sans souci ; un rien de raideur dans les couleurs mais une très belle caractérisation du rôle et une vaillance dans les ornementations font de Farnace un des enfants de Mithridate qui se laisse un peu dépasser par son ambition. Enfin, , dans Xipharès, est dans une tonalité très lyrique, très chantante avec de réelles possibilités vocales qui peuvent gagner en qualité dans une certaine retenue des moyens mais dont l’accord avec Aspasie est absolument délicieux.

Enfin, la direction d’ est très attentive aux rythmes du plateau ; amoureuse de cette musique, elle défend avec conviction et régularité le génie mozartien.

Une production à aller voir donc : une très belle distribution vocale, une dramaturgie plutôt efficace, un orchestre chatoyant ; tout ce que Mozart exige au minimum pour cette brillante œuvre de jeunesse.

Crédit photographique : et © Vincent Pontet

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Paris. Théâtre des Champs-Élysées. 15-II-2016. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Mithridate, opera seria en trois actes (1770). Mise en scène : Clément Hervieu-Léger ; dramaturgie : Frédérique Plain ; scénographie : Eric Ruf ; costumes : Caroline de Vivaise. Avec : Michael Spyres, Mithridate ; Patricia Petibon, Aspasie ; Myrtò Papatanasiu, Xipharès ; Christophe Dumaux, Pharnace ; Sabine Devieilhe, Ismène ; Cyrile Dubois, Marcius ; Jaël Azzaretti, Arbate. Le Concert d’Astrée, direction : Emmanuelle Haïm.

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