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Formidable Traviata de Sonya Yoncheva à l’Opéra Bastille

La Scène, Opéra, Opéras

Paris. Opéra Bastille. 1-VI-2016. Giuseppe Verdi (1813-1901) La Traviata, opéra en trois actes sur un livret de Francesco Maria Piave. Mise en scène : Benoît Jacquot. Décors : Sylvain Chauvelot. Costumes : Christian Gasc. Lumières : André Diot. Chorégraphie : Philippe Giraudeau. Avec : Sonya Yoncheva, Violetta ; Antoinette Dennefeld, Flora Bervoix ; Cornelia Oncioiu, Annina ; Bryan Hymel, Alfredo Germont ; Simone Piazzola, Giorgio Germont ; Julien Dran, Gastone de Letorières ; Fabio Previati, le baron Douphol ; Boris Grappe, le marquis d’Orbigny ; Luc Bertin-Hugault, le docteur Grenvil. Chœur de l’Opéra national de Paris. Chef de chœur : José Luis Basso. Orchestre de l’Opéra national de Paris. Direction : Michele Mariotti.

yoncheva traviataIl existe parfois des circonstances heureuses, comme par exemple de devoir reculer une représentation de La Traviata pour cause de grêve, et d’assister ainsi à la première in loco de la merveilleuse  !

En effet, la soprano avait dû déclarer forfait lors des premières représentations suite au décès de son père, puis les mouvements sociaux ont engendré une version de concert avec une titulaire de dernière minute. Enfin, après ces avanies, on a pu déguster sa formidable Violetta. Timbre de bronze, ligne d’arain, cette « dévoyée » clame avec véhémence son appétit de vivre, au point qu’elle pourrait sembler bien peu malade lors du troisième acte, si elle ne délivrait pas une telle palette de couleurs, et de magnifiques pianissimi, qui passent avec une incroyable facilité la rampe du grand vaisseau de Bastille. Sa prestation a été remerciée par une standing ovation spontanée de l’ensemble de la salle au moment des saluts, ce qui était à la fois mérité et suffisamment rare pour être signalé.

Pour lui donner la réplique, est un Germont racé et bien chantant, capable d’infinies nuances. Il renouvelle complètement l’air « di provenza » bien souvent galvaudé, voire ennuyeux. On ne savait plus, depuis longtemps, qu’on pouvait donner des accents différents sur chacun des « piangi », et c’est une véritable friandise.

On adore d’ordinaire le ténor , sauf qu’il s’illustre souvent dans des œuvres peu données du Grand Opéra français (Guillaume Tell, Robert le diable, ou encore Les Troyens) qui nécessitent éclat et vaillance. En Alfredo, il manque de moelleux dans le timbre et d’italianità, et ne rend pas justice à son rôle d’amoureux romantique, plus à l’aise dans les scènes d’éclat que dans celles de tendresse.

Des seconds rôles, on retiendra la belle Flora d’, qui parvient à donner corps à son personnage, et l’attachante Annina de , les messieurs (, , ) semblant assez absents, mis à part le baron Douphol impliqué de .

Les chœurs et l’orchestre de l’Opéra de Paris sont parmi les plus beaux de monde, et sait en tirer parti. Sa direction ferme, contrastée, sans concessions, rend pleinement justice à l’œuvre de Verdi.

La mise en scène de , déjà chroniquée dans nos colonnes en 2014 sans être inoubliable, fait ce qu’il faut pour devenir un classique réutilisable à merci dans un théâtre de répertoire : beaux décors luxueux, belles images et direction d’acteurs minimale et adoptable au pied levé pour n’importe quel interprète ayant un peu de tempérament : de quoi contenter n’importe quel touriste japonais, ou d’ailleurs.

Crédit photographique : Opéra de Paris / Elisa Haberer

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