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À Metz, Cavalleria rusticana et Pagliacci dans un décor unique

La Scène, Opéra, Opéras

Metz. Opéra-Théâtre de Metz-Métropole. 7-VI-2016. Pietro Mascagni (1863-1945) : Cavalleria rusticana, « melodramma » en un acte sur un livret de Giovanni Targioni-Tozzetti et Guido Menasci, d’après la pièce de Giovanni Verga. Ruggero Leoncavallo (1857-1919) : I Pagliacci, « dramma » en deux actes sur un livret du compositeur. Mise en scène : Paul-Émile Fourny. Décors : Benito Leonori. Costumes : Giovanna Fiorentini. Lumières : Patrick Méeüs. Avec : Lorena Valero, Santuzza ; Marc Heller, Turiddu et Canio (Pagliaccio) ; Fabián Veloz, Alfio et Tonio (Taddeo) ; Vikena Kamenica, Mamma Lucia ; Paola Mazzoli, Lola ; Francesca Tiburzi, Nedda (Colombina) ; Ilhun Jung, Silvio ; Enrico Casari, Beppe (Arlecchino). Chœur de l’Opéra-Théâtre de Metz Métropole (chef de chœur : Nathalie Marmeuse). Chœurs d’enfants spécialisés du Conservatoire à Rayonnement Régional de Metz-Métropole (chef de chœur : Annick Hoerner). Orchestre national de Lorraine, direction : Jacques Mercier.

Cavalleria 3 © A. Hussenot - Metz MétropoleMême s’ils ne ressortissent pas tout à fait de la même esthétique, les deux chefs d’œuvre de l’opéra vériste affichent des parallèles thématiques et structurels qu’il est intéressant de mettre en exergue. Pari gagné pour , Paul-Émile Fourny et l’ensemble des équipes messines.

Plantés dans un décor unique, qui rappelle les dunes de sel siciliennes du long de la Méditerranée, les deux ouvrages de la fin de l’Ottocento traitent des thèmes éternels si chers à l’opéra vériste : passion, jalousie et vengeance, mais aussi rêve, espoir de bonheur et quête d’un monde meilleur. L’aridité de l’espace représenté, qu’il soit entièrement dénudé comme dans Cavalleria ou au contraire sali et souillé comme dans Pagliacci – signe d’une inévitable dégradation de notre civilisation ? – remet les personnages du drame, mais aussi les spectateurs de l’opéra, face à la dure réalité de leur quotidien. Peu importe, donc, que le premier ouvrage soit situé dans l’après-guerre ou que l’autre se déroule à l’époque actuelle, les deux histoires restent intemporelles et racontent l’implacable difficulté à faire face à son destin et à se mesurer au poids du réel. On soulignera au passage la beauté intrinsèque des éclairages, ainsi que l’élégance et la sobriété de ce décor simplement enrichi d’une toile de fond sur laquelle se lisent, par effet de projection filmique, la force des éléments ainsi que le passage du temps : nuit étoilée, nuages volatiles alternent avec les stigmates d’un soleil écrasant ou d’un orage menaçant… Les accessoires sont réduits à de très rares éléments, comme par exemple des murs de pierre qui sortent du sol pour évoquer l’église et les divers emprisonnements de Cavalleria, ou encore des tréteaux de scène pour la pièce-dans-la-pièce de Pagliacci.

Le premier des deux ouvrages se lit comme le songe de l’héroïne Santuzza, qui semble revivre son drame à travers un rêve ; le deuxième met définitivement un terme à tous les rêves et espoirs formés par les différents personnages de l’histoire, autant de marionnettes livrées à elles-mêmes et manipulées par les fils du destin. La représentation de l’harlequinade finale, à couper le souffle, est tout simplement magistrale. L’idée de génie consiste en effet à faire jouer les acteurs de la pièce comme de véritables marionnettes actionnées depuis les cintres, seul Canio, confronté à sa propre réalité, refusant pour son malheur le poids de cet artifice. L’image finale, le cadavre de Nedda/Colombina suspendu à quelques fils, restera gravée dans toutes les mémoires.

I Pagliacci 2 © A. Hussenot - Metz MétropoleSur le plan vocal, la prestation n’est peut-être pas du niveau atteint par la mise en scène et par la direction d’acteurs, notamment pour Cavalleria. Le véritable défaut, pour cet ouvrage, consiste en la relative faiblesse des deux protagonistes, autant pour les stridences et le chant débraillé de la mezzo que pour les incertitudes vocales de , au timbre singulièrement dénué de soleil pour un personnage comme Turridu. Le ténor se montre de loin préférable dans la souffrance et les affres de Canio, l’instrument paraissant à peu près domestiqué au moment de « Vesti la giubba ». De même, l’opéra de Leoncavallo permet davantage à de mettre en lumière les belles couleurs de son baryton, son incarnation assez brutale en Alfio ne contribuant pas vraiment à soigner la qualité de son chant. La triomphatrice de la soirée reste incontestablement la soprano , infiniment meilleure en Nedda que dans l’Amelia du Ballo in maschera interprétée sur la même scène lors de la précédente saison. À la richesse naturelle du timbre, se joint une plasticité vocale qui, dans une partition certes moins exigeante, fait littéralement merveille. On rajoutera pour finir un chœur-maison en très grande forme, enrichi en deuxième partie du Chœur d’enfants spécialisés du Conservatoire à Rayonnement Régional de Metz-Métropole, décidément très sollicité cette saison.

Prestation sobre et efficace de la part de et de l’ même si, une fois encore, l’acoustique du lieu n’est guère favorable aux déferlements orchestraux. Très belle soirée, donc, en dépit de quelques faiblesses vocales largement compensées par l’investissement scénique des interprètes concernés.

Crédit photographique : (photo n°1) ; et (photo n°2) © Arnaud Hussenot – Metz Métropole

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