Le regard sur le Prix de Lausanne de sa répétitrice Monique Loudières

Monique-LoudiereNommée danseuse étoile de l’Opéra national de Paris par en 1982, a fait une brillante carrière à l’Opéra où elle a dansé les grands rôles du répertoire, notamment aux côtés de . Après avoir dirigé l’École supérieure de danse à Cannes entre 2000 et 2009, elle se consacre aujourd’hui entièrement à la pédagogie. Répétitrice depuis de nombreuses années au Prix de Lausanne, fait part à Resmusica avant le début de la finale de cette 45e édition, de sa passion pour ce Prix et de son goût pour la transmission.

« Le Prix de Lausanne est davantage un tremplin pour les jeunes danseurs qu’une compétition »

Resmusica : Vous connaissez bien le Prix de Lausanne : qu’est-ce qui vous plaît dans ce prix et quelle est sa spécificité par rapport à d’autres grands concours internationaux ?

Monique Loudières : C’est ma 16e participation au Prix de Lausanne en tant que coach pour danseuses. Le Prix de Lausanne est pratiquement le seul concours que j’apprécie pour toute une série de raisons, la première étant que ce n’est pas qu’un concours. Depuis l’origine (le prix a été créé en 1973 NDLR), le projet était d’aider les jeunes danseurs à intégrer des écoles et éventuellement des compagnies de haut niveau à l’international, en attribuant des bourses grâce à des partenaires amateurs de danse. C’est davantage un tremplin pour les jeunes danseurs qu’une compétition.

Le Prix se déroule sur une semaine au cours de laquelle les candidats sont appréciés et notés lors des cours, ateliers et des coaching des variations classiques et contemporaines. Cela permet au jury d’avoir une idée globale du potentiel de chaque jeune danseur, de sa réactivité et de sa faculté d’adaptation à de nouvelles pédagogies et formes de danse. Certains n’ont jamais fait de contemporain, par exemple.

C’est important pour leur avenir car on sait que, maintenant, pour intégrer une compagnie professionnelle, il faut savoir s’adapter, être ouvert d’esprit et avoir la connaissance des formes artistiques la plus large possible, jusqu’au chant et au théâtre qui sont souvent partie intégrante des créations chorégraphiques. Il faut former les jeunes danseurs pour qu’ils soient capables de s’adapter à ce type de spectacles complets et même, au-delà, de s’adapter à différentes situations de la vie. L’important est de développer l’être humain, d’en faire des personnes riches, cultivées, fortes, qui savent s’autodiscipliner. Toutes les valeurs que porte la danse !

RM : Vous avez fait répéter les filles : quelle est votre méthode de coaching ? Que cherchez-vous à transmettre aux candidates en un temps très court ?

ML : J’ai fait répéter les deux niveaux de filles, 15/16 ans et 17/18 ans. Je ne dispose que de 6 minutes pour chaque danseuse, ce qui est très peu ! C’est un bon exercice pour moi aussi : cela m’oblige à être synthétique et très concentrée pour apprendre à connaître rapidement la personne qui peut venir d’un univers pédagogique très différent. Je dois tout de suite trouver ce dont cette personne a besoin. Il faut être vigilant aussi à ne pas les déstabiliser à quelques jours de leur passage sur scène. Il faut les mettre en confiance. J’essaie d’aller chercher l’être humain derrière la danseuse, de lui donner plus de liberté et de créativité. Comme dans mon travail quotidien, je suis toujours focalisée sur la musicalité: comment on utilise la musique, comment elle nous inspire ? Je cherche à contextualiser la variation : quel est son univers et, quand il s’agit d’un ballet narratif, quelle histoire ça nous raconte ? Il faut donner du sens au geste qui ne doit pas être gratuit. Un geste auquel on a donné du sens, du même coup, se réalise mieux techniquement. Je suis là pour aider les danseurs à retrouver une vérité et un sens dans le mouvement.

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RM : Avez-vous constaté une évolution dans le travail et les techniques des candidats au fil des années ?

ML : Oui, je suis étonnée par l’évolution des danseurs. On ne voit pas les mêmes erreurs de style. Je trouve les danseurs beaucoup plus confiants aujourd’hui, moins en apnée, ce qui indique que le travail des professeurs à l’international est davantage ciblé sur la psychopédagogie. Et puis, il y a beaucoup plus d’images qui circulent au niveau international, ce qui est une source d’inspiration et d’enrichissement.

Je suis toujours excitée à l’idée de découvrir les jeunes talents et ça m’amuse de chercher à deviner d’où le danseur vient !

« C’est un acte de courage aujourd’hui pour un jeune garçon de choisir de devenir danseur »

RM : Que pensez-vous des candidats sélectionnés pour la finale ? Êtes-vous d’accord avec les choix du jury ? Quels sont vos coups de cœur ?

ML : Je trouve qu’on a un très bon jury cette année. Ce sont des gens honnêtes, il n’y a pas de conflit d’égo. Ils ont choisi beaucoup de jeunes qui ont de l’avenir devant eux, et qui sont issus d’origines très variées. Je trouve ça bien.

Je ne peux pas dire si j’ai un coup de cœur. Bon, c’est vrai, j’adore les Brésiliens ! Ils viennent souvent de milieux plutôt défavorisés, ce qui me donne encore plus envie de les aider; ils sont très généreux, ils ont la danse dans le sang, c’est vital de danser pour eux. Il y a des talents incroyables au Brésil chaque année.

Les garçons, de manière générale, sont très touchants. Je trouve que c’est un acte de courage aujourd’hui pour un jeune garçon de choisir de devenir danseur et d’assumer sa sensibilité. Ils ont déjà une maturité de professionnels. Je les admire. Je me dis : comment j’aurais fait à leur âge si j’avais été dans leur situation à eux ? Pour moi, à l’Opéra c’était tout tracé, même si bien évidemment c’est difficile d’y entrer.

À chaque fois, ça me redonne de l’énergie. C’est très nourrissant et régénérant de travailler toujours avec des jeunes. J’ai un super boulot !

Crédits photographiques: © Grégory Batardon

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