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Simplicius Simplicissimus, chef-d’œuvre méconnu à Augsbourg

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Augsbourg. Brechtbühne. 2-VI-2017. Karl Amadeus Hartmann (1905-1963) : Simplicius Simplicissimus, opéra en trois actes sur un livret du compositeur. Mise en scène : Lorenzo Fioroni ; décors : Piero Vinciguerra ; costumes : Katharina Gault. Avec : Samantha Gaul (Simplicius) ; Georg Festl (Paysan) ; Young Kwon (Lansquenet) ; Mathias Schulz (Ermite) ; Ji-Woon Kim (Gouverneur)… Chœur du théâtre d’Augsbourg ; Augsburger Philharmoniker ; direction : Domonkos Héja.

simplicius_presse (4)L’opéra de Hartmann reçoit une mise en scène surchargée, amplement rachetée par une interprète d’exception.

La mondialisation a parfois des ratés : Simplicius Simplicissimus est donnée deux ou trois fois par décennie en Allemagne, parfois sur des grandes scènes, mais il en sort rarement, même si Londres en a accueilli récemment quelques représentations, et son auteur lui-même reste largement ignoré hors d’Allemagne. Quel dommage ! Hartmann, il est vrai, a fait un choix difficile : viscéralement hostile au régime nazi, il est pourtant resté en Allemagne pendant les années noires, en composant des œuvres sans même chercher à les faire jouer. En 1945, il participe activement à la reconstruction de la vie musicale à Munich, mais il paraît en retard face à la radicalité de la nouvelle génération.

Commencé dès 1934 et remanié ensuite en de multiples versions, Simplicius est un des chefs-d’œuvre de cette période de réclusion : le roman baroque dont il tire la matière de ce court opéra reflète la cruauté de la Guerre de Trente Ans (1618-1648), l’un des épisodes les plus traumatisants de l’histoire allemande, et même si Hartmann ne peut savoir en 1934 jusqu’où le nazisme conduira son pays, il établit dès cette date un parallèle entre ces deux périodes. Hartmann n’était pas un avant-gardiste, certes, mais sa musique a un pouvoir expressif et une immédiateté qui en font un témoignage poignant de son temps.

Donnée dans une petite salle, la nouvelle production d’Augsbourg utilise naturellement la première version de l’opéra, pour un orchestre réduit d’une quinzaine de musiciens. La salle, à vrai dire, grand rectangle où les spectateurs sont installés sur trois côtés avec l’orchestre sur le quatrième, est même trop petite : les voix masculines sont trop fortes, et les trop nombreux bruits adventices issus de la mise en scène en viennent souvent à couvrir l’orchestre. L’idée de départ de la mise en scène de , situant l’action dans une sorte d’hospice où des traumatisés de guerre sont confrontés à leurs souvenirs, est intéressante et raisonnablement bien menée. La troisième scène, où le naïf héros du roman de Grimmelshausen rencontre les grands de ce monde, responsables de la guerre dont ils ne subissent pas les conséquences, se transforme en une sorte de bal masqué grotesque aux accents nettement morbides, et c’est bien l’idée de Hartmann.

simplicius_presse (2)Mais il est bien dommage que Fioroni surcharge autant le trait, quand la musique et le livret invitent au contraire à la retenue : la grande force de l’œuvre tient justement à ce qu’elle ne montre que la trace des cruautés du temps plutôt que ces cruautés elles-mêmes. La chanson du lansquenet qui va faire s’effondrer le monde du jeune Simplicius unit un texte brutal à une mélodie séduisante : il aurait fallu préserver ce contraste fondamental, plutôt que de faire crier le chanteur.

Il faut néanmoins saluer la réalisation musicale qu’offre le théâtre d’Augsbourg à ce chef-d’œuvre méconnu. L’Ermite acide de est sans doute une affaire de goût, mais la distribution est solide, et les musiciens solistes de l’orchestre, sous la direction énergique et précise de son directeur musical, sont à la hauteur de cette partition délicate. Tout dépend cependant, dans cet opéra, de l’interprète du rôle-titre. Toute jeune, n’avait naturellement jamais eu l’occasion d’interpréter ce rôle, et elle s’en empare avec une maîtrise et un élan remarquables. Elle réussit constamment à trouver le ton juste, l’humour souvent présent, les moments d’émotion, mais aussi la rhétorique irréfutable de Simplicius « promu » bouffon de cour au troisième acte, ce bouffon qui est là pour dire les vérités désagréables. Il faut espérer que cette éclatante réussite ne sera pas passée inaperçue, pour ce rôle précis comme sans doute pour d’autres à l’avenir.

Crédits photos: © A. T. Schaefer

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Augsbourg. Brechtbühne. 2-VI-2017. Karl Amadeus Hartmann (1905-1963) : Simplicius Simplicissimus, opéra en trois actes sur un livret du compositeur. Mise en scène : Lorenzo Fioroni ; décors : Piero Vinciguerra ; costumes : Katharina Gault. Avec : Samantha Gaul (Simplicius) ; Georg Festl (Paysan) ; Young Kwon (Lansquenet) ; Mathias Schulz (Ermite) ; Ji-Woon Kim (Gouverneur)… Chœur du théâtre d’Augsbourg ; Augsburger Philharmoniker ; direction : Domonkos Héja.

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