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À Lausanne, Don Giovanni fait souffrir Mozart

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Lausanne. Opéra. 4-VI-2017. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Don Giovanni, dramma giocoso en deux actes sur un livret de Lorenzo Da Ponte. Mise en scène et costumes : Éric Vigié. Décors : Emmanuelle Favre. Lumières : Henri Merzeau. Vidéo : Lorenzo Bruno et Igor Renzetti. Avec : Kostas Smoriginas, Don Giovanni ; Anne-Catherine Gillet, Donna Anna ; Anicio Zorzi Giustiniani, Don Ottavio ; Ruben Amoretti, Il Commendatore ; Lucia Cirillo, Donna Elvira ; Riccardo Novaro, Leporello ; Leon Košavić, Masetto ; Catherine Trottmann, Zerlina. Chœur de l’Opéra de Lausanne (dir. : Pascal Mayer). Orchestre de Chambre de Lausanne. Direction musicale : Michael Güttler.

DonGiovanni.01L’Opéra de Lausanne clôt sa saison avec un Don Giovanni de laissant un arrière goût de déception pour une représentation parfois inégale tant du point de vue musical que théâtral.

Durant l’ouverture, le rideau se lève sur un univers scénique noir dans lequel trainent de sinistres brouillards. Des personnages encagoulés s’approchent et tombent dans une fosse. Sur le fond de scène, des projections vidéo impriment une série de méfaits et de vices propres à précipiter quiconque aux enfers. Saisissante image qui nous plonge dans une atmosphère d’angoisses. Dans la scène finale, devant une stèle à l’image du Commandeur assassiné, la statue de pierre de ce même Commandeur incite, d’une voix profonde et terrifiante, le repentir de Don Giovanni. Inquiétante image de la justice divine.

Entre ces deux scènes évocatrices, la mise en scène d’Éric Vigié se fourvoie dans une pléthore de détails anecdotiques qui brouillent le discours scénique. Dans son Espagne du XVIIe siècle aux beaux costumes, submergé par la quantité de bagatelles, son spectacle perd de sa dramaticité. À vouloir trop montrer, Éric Vigié passe à côté des enjeux qui régissent l’action de ses protagonistes. Ne boudons cependant pas notre plaisir à quelques idées qui font route tout au long du spectacle. Comme cette Donna Elvira entrant en scène enceinte jusqu’au cou, évident « cadeau » de Don Giovanni. Moins évidentes par contre ces « diablotines » sensées amener la débauche autour de Don Giovanni qui, n’osant le montrer, se contentent de vagues effleurements du personnage sans jamais aller jusqu’à l’accomplissement de l’orgie projetée. Nous sommes loin des Images faustiennes de Luis Riccardo Falero (1851-1896) dont la reproduction du tableau figure dans le programme de la soirée.

Côté musical, le directeur de l’Opéra de Lausanne s’était réservé le meilleur plateau possible à ses moyens. Et pourtant, la sauce ne prend pas. Dès les premières mesures, avec l’ et le chef on sent un malaise dont on ne peut singulariser l’origine. Entre la fosse et le plateau, les décalages se multiplient. Est-ce le chef ? Sont-ce les solistes ? Impossible de le déterminer. On se dit que la tension de la première, la prise de rôle de certains peut en être la cause. Malheureusement, outre ces écarts, les problèmes s’aggravent avec plusieurs chanteurs en délicatesse avec le diapason. Reste que Mozart souffre. Pas des couacs, pas des fausses notes comme il peut en arriver avec un instrument aussi difficilement contrôlable que la voix, mais des chanteurs qui chantent faux ! C’est le cas du rôle-titre, le baryton-basse (Don Giovanni), plus Zorro que Clark Gable, plus criard que coléreux, surpris à plusieurs reprises avec des attaques totalement hors de l’harmonie. Idem, quoique dans une moindre mesure, pour (Don Ottavio) dont le Dalla sua pace semble ne jamais devoir finir tant le tempo imposé est d’une lenteur sénatoriale. Même avec l’excuse de sa prise de rôle, les fausses notes d’ (Donna Anna) surprennent. Reste que le charme coloré de son soprano lyrique manque du style afférant à Mozart et ne semble pas idéal à ce personnage.

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Avec Riccardo Novarro (Leporello), on retrouve l’homme de métier, l’artiste impeccable, le musicien généreux qui nous avait déjà charmé voici dix ans dans le rôle-titre des Nozze di Figaro magnifiques. Avec une diction parfaite, sans tirer la couverture à soi malgré l’évidence de son talent et les faiblesses des autres, il n’est certes pas le plus désopilant des Leporello que la scène ait produits, mais il a l’élégance de rester dans l’ombre de son maître Don Giovanni.

Très à son affaire, la mezzo-soprano (Donna Elvira) incarne avec autorité le désespoir de cette femme coupable de son amour. Admirable bigote, majestueuse, sa condition de femme mise enceinte par Don Giovanni oblige à la retenue théâtrale. Ne pouvant être présente qu’avec sa voix, elle le fait avec grand talent.
Si on regrette le consensuel vocal de (Zerlina) en décalage avec la jeunesse du personnage, la voix franche, la diction parfaite du baryton (Masetto) est remarquable dans ce personnage ingrat.
La profondeur impressionnante de la voix de (Il Commendatore) offre (avec le beau legato du ténor dans son Il mio tesoro) les seuls moments de grandeur mozartienne de toute cette soirée.

Crédit photographique : © Marc Vanappelghem

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Lausanne. Opéra. 4-VI-2017. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Don Giovanni, dramma giocoso en deux actes sur un livret de Lorenzo Da Ponte. Mise en scène et costumes : Éric Vigié. Décors : Emmanuelle Favre. Lumières : Henri Merzeau. Vidéo : Lorenzo Bruno et Igor Renzetti. Avec : Kostas Smoriginas, Don Giovanni ; Anne-Catherine Gillet, Donna Anna ; Anicio Zorzi Giustiniani, Don Ottavio ; Ruben Amoretti, Il Commendatore ; Lucia Cirillo, Donna Elvira ; Riccardo Novaro, Leporello ; Leon Košavić, Masetto ; Catherine Trottmann, Zerlina. Chœur de l’Opéra de Lausanne (dir. : Pascal Mayer). Orchestre de Chambre de Lausanne. Direction musicale : Michael Güttler.

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