Salomé à Amsterdam, un spectacle abouti

La Scène, Opéra, Opéras

Amsterdam. De Nationale Opera. 02-VII-2017. Richard Strauss (1864-1949) : Salomé, opéra en un acte sur un livret du compositeur, d’après la pièce en français d’Oscar Wilde dans la traduction allemande d’Hedwig Lachmann. Mise en scène : Ivo van Hove. Décors et lumières : Jan Versweyveld. Costumes : An D’Huys. Vidéo : Tal Yarden. Chorégraphie : Wim Vandekeybus. Dramaturgie : Jan Vandenhouwe. Avec : Malin Byström, Salomé ; Evgeny Nikitin, Jochanaan ; Lance Ryan, Hérode ; Doris Soffel, Hérodiade ; Peter Sonn, Narraboth ; Hanna Hipp, le Page d’Hérodiade ; James Creswell, 1er Nazaréen ; Roger Smeets, 2ème Nazaréen ; Dietmar Kerschbaum, 1er Juif ; Marcel Reijans, 2ème Juif ; Mark Omvlee, 3ème Juif ; Marcel Beekman, 4ème Juif ; Alexander Vassiliev, 5ème Juif ; James Platt, 1er Soldat ; Alexander Milev, 2ème Soldat ; Michael Wilmering, un Cappadocien ; Jeroen de Vaal, une Esclave. Orchestre royal du Concertgebouw, direction : Daniele Gatti.

_23m7217Le Nederlandse Opera d’Amsterdam clôture brillamment sa saison musicale avec une nouvelle production de Salomé de , signée , metteur en scène dont nous avions apprécié un audacieux Ring des Nibelungen en 2008 à l’Opéra des Flandres.

Cette Salomé constitue un spectacle enthousiasmant à plus d’un titre car il s’agit d’une véritable réussite collective. Bien qu’en somme la production s’avère assez économe en moyens, elle n’en demeure pas moins efficace. Le large plateau nous est présenté fermé par un vaste panneautage à travers lequel une étroite fenêtre permet un regard sur le palais d’Hérode. Ce panneautage nous séparant du palais est régulièrement animé par la projection vidéo. L’usage de la vidéo dans cette production est retenu mais toujours pertinent. Elle nous présente d’abord cette lune omniprésente sur laquelle les différents personnages projettent chacun leur propre ressentis. On voit ainsi la lune évoluer progressivement en taille pour devenir de plus en plus écrasante au fur et à mesure que l’action évolue,  se teindre de la couleur du sang tandis que ses cratères se creusent davantage jusqu’à lui donner l’allure d’un fruit gâté… L’usage de la vidéo est également digne d’intérêt dans la « Danse des sept voiles » lorsqu’elle nous dévoile les fantasmes de Salomé,  qui apparaît non plus seule à l’écran, mais dansant avec Jochanaan.

Le décor « construit » du palais est donc relativement discret et distant du spectateur, mais par ce parti-pris, la mise en scène d’ donne l’occasion aux chanteurs de s’affirmer au devant du plateau sans artifice inutile. La direction d’acteurs soigneusement travaillée s’avère amplement suffisante pour donner chair aux protagonistes de l’intrigue. Seul bémol à signaler dans la mise en place de ce décor unique : la sensation que les voix ne trouvent pas de support pour être renvoyées directement vers la salle. Les voix sont en effet perçues avec une légère réverbération alors que le son de l’orchestre est perçu de manière claire et immédiate.

Notons une intéressante curiosité dans cette mise en scène : lorsque Hérode accorde enfin à Salomé son souhait de se voir apporter la tête du Prophète, on est surpris de voir remonter sur le plateau non pas une simple tête, mais le corps complet de ce dernier encore agonisant. Si on fait abstraction des didascalies du livret et que l’on s’en tient au seul texte chanté – Il a peur, cet esclave ! Il a laissé tomber l’épée. Il n’ose pas le tuer… – cette lecture du livret reste parfaitement crédible. Le fait de présenter Jochanaan agonisant et donc encore vivant permet en outre à la scène finale de gagner considérablement en puissance puisque Salomé n’entame plus un monologue avec un mort mais un véritable dialogue soulignant davantage la violence et la perversité de ses propos.

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Vocalement, la distribution est probante et la prise de rôle de marquera certainement les esprits. La chanteuse est d’une beauté en totale adéquation avec le personnage qu’elle incarne. Elle est remarquable dans la « Danse des septs voiles », où l’on se convainc qu’une véritable danseuse se produit devant nous. L’ambitus du rôle de Salomé reste un défi pour toute chanteuse et si nous régale par un registre medium étoffé, on peut malgré tout penser qu’elle peut encore développer davantage le registre grave et projeter de manière plus certaine quelques aigus encore engorgés. Quant à , il s’acquitte parfaitement de sa tâche. Il est un Prophète à la voix puissante et d’une stabilité implacable. Au-delà d’un chant impeccable, les performances d’acteur de Nikitin restent assez scolaires et avouons que l’on s’est intéressé davantage au couple vénéneux et perverti formé par Ryan Lance et , Hérode et Hérodias.

Dans la fosse, l’Orchestre du Concertgebouw est somptueux. pourrait sans doute encore magnifier les contrastes dynamiques mais force est de constater que sous sa baguette, la partition est d’une lisibilité exemplaire. Le public l’a apprécié de manière unanime, se levant immédiatement pour applaudir les musiciens à l’issue de la représentation.

Crédit photographique :   (Salome), (Narraboth), (Un page d’Herodiade) & (Jochanaan)  © Droits réservés. 

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