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À Lausanne, l’évocation de Maria Callas déçoit

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Lausanne. Opéra. 2-XII-2017. Giacomo Puccini (1858-1924): Tosca (Vissi d’arte…), Manon Lescaut (Sola, perduta, abbandonata…). Amilcare Ponchielli (1834-1886) : La Gioconda (Suicidio…). Vincenzo Bellini (1801-1835) : Norma (Casta Diva…). Giuseppe Verdi (1813-1901) : Macbeth (Vieni t’affretta…), La Forza del Destino (Pace, pace, moi Dio). Pietro Mascagni (1863-1945) : Cavalleria Rusticana (Intermezzo, Voi lo sapete…). Georges Bizet (1838-1875) : Carmen (Habanera). Béatrice Uria-Monzon, mezzo-soprano. Alain Duault, récit. Sinfonietta de Lausanne, direction musicale : Cyril Diederich.

Beatrice Uria-MonzonPour cette année commémorative du quarantième anniversaire de la disparition de , et pour le jour anniversaire de sa naissance en 1923, l’Opéra de Lausanne proposait un concert lyrique animé par l’écrivain et journaliste , figure emblématique des présentations d’opéra à la télévision, et la mezzo-soprano française .

Le spectacle s’ouvre (si l’on peut dire), sur un grand écran couvrant tout le rideau de scène de l’opéra de Lausanne. Soudain, en noir et blanc, apparait le visage de . Avec en arrière plan le son de la longue introduction précédant l’air Con il sorriso d’innocenza de Il Pirata de Vincenzo Bellini. Maria Callas est là, immense, magnifique, émouvante, majestueuse, occupant le temps avec quelques gestes lents et mesurés, s’imprimant de la musique, des mots qu’elle va chanter. Ces instants captés lors d’un concert à Hambourg en 1959 montrent l’exceptionnelle artiste, entièrement dédiée à son art. Dans le silence de sa voix, il y a déjà tout Callas ! Elle est présente, elle impose son image, sa classe, son engagement artistique.

Quarante ans après sa disparition, l’empreinte de Maria Callas demeure forte. Alors reste l’envie de la faire revivre. Chaque anniversaire tente de perpétrer son souvenir. Ainsi, cette année a été l’occasion de rééditer des enregistrements « pirates » qui, il y a quelques années se vendaient sous le manteau. D’autres ont exhumé de leur imagination des spectacles comme cet admirable ballet Callas de Reinhild Hoffmann, ou bien encore des expositions.

L’Opéra de Lausanne, profitant de la coïncidence de l’anniversaire des 30 ans de Forum Opéra (Association des Amis de l’Opéra de Lausanne) et des 40 ans de la mort de la diva grecque, offre un spectacle imaginé par l’écrivain et journaliste . En deux heures, il raconte la vie de la Callas, sa vie artistique comme sa vie de femme (agrémentée de quelques fake news pimentant le personnage). Entre ses interventions, l’illustration musicale est assurée par la mezzo-soprano et l’orchestre sous la direction du chef français .

Cet été, ce spectacle a tourné en France, soit avec l’accompagnement d’un pianiste, soit avec l’orchestre . Partout, il a rencontré un beau succès. Comme ailleurs, le public lausannois a ovationné ce spectacle. Mais, lorsqu’une mezzo-soprano chante des airs qui ne sont pas pour sa voix, qu’elle s’arrange souvent bizarrement avec la mélodie comme avec le diapason, que l’orchestre est d’une transparence musicale incroyable et que le chef français se contente de battre la mesure voire même parfois s’arrête de diriger : que doit-on penser des réactions du public ?

Lorsqu’on détaille les airs que la mezzo prévoit de chanter, on imagine bien qu’aucune cantatrice ne peut s’attaquer à un répertoire aussi lourd en l’espace d’un seul récital. Alain Duault, d’ailleurs, précise que même Maria Callas n’a jamais osé un tel programme. Et rapidement, on réalise que la mezzo française atteint ses limites. Sa voix a malheureusement perdu ses couleurs. Le registre grave n’a plus de corps, les aigus sont courts, le vibrato absent, seul le registre medium est encore là. Sans soutien vocal, comment chanter mezza-voce ? Dès lors, Vissi d’arte de la Tosca de Puccini, Addio nel passato de La Traviata ou l’attaque de Pace, pace, mio Dio de La Forza del Destino de Verdi manquent de tenue. Et Casta Diva de Norma de Bellini ? Elle confirme ici l’impression qu’elle nous avait laissée lors de son Adalgisa dans la Norma à Lausanne en novembre 2011 : chantant par à-coups vocaux, jamais elle ne donne l’impression de posséder la ligne de chant indispensable et primordiale à l’expression du bel canto. En outre, elle donne fréquemment la désagréable impression d’approximation dans son chant… Pourtant, par moments, Béatrice Uria-Monzon est convaincante. Comme dans Vieni t’affretta de Macbeth de Verdi ou le célèbre Habanera de Carmen de Bizet. Deux airs en accord avec le registre que la mezzo domine.

Crédit photographique : © Philippe Gromelle

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Lausanne. Opéra. 2-XII-2017. Giacomo Puccini (1858-1924): Tosca (Vissi d’arte…), Manon Lescaut (Sola, perduta, abbandonata…). Amilcare Ponchielli (1834-1886) : La Gioconda (Suicidio…). Vincenzo Bellini (1801-1835) : Norma (Casta Diva…). Giuseppe Verdi (1813-1901) : Macbeth (Vieni t’affretta…), La Forza del Destino (Pace, pace, moi Dio). Pietro Mascagni (1863-1945) : Cavalleria Rusticana (Intermezzo, Voi lo sapete…). Georges Bizet (1838-1875) : Carmen (Habanera). Béatrice Uria-Monzon, mezzo-soprano. Alain Duault, récit. Sinfonietta de Lausanne, direction musicale : Cyril Diederich.

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