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À Tours, un songe musical des beaux jours pour Britten

La Scène, Opéra, Opéras

Tours. Grand Théâtre. 15-IV-2018. Benjamin Britten (1913-196) : A Midsummer Night’s Dream op.64, opera en trois actes sur un livret de Benjamin Britten et Peter Pears d’après William Shakespeare. Mise en scène : Jacques Vincey. Décors : Mathieu Lorry-Dupuy. Costumes : Céline Perrigon. Lumières : Marie-Christine Soma. Avec : Dmitry Egorov, Oberon ; Marie-Bénédicte Souquet, Tytania ; Yuming Hey, Puck ; Theseus, Thomas Dear ; Delphine Haidan, Hippolyta ; Majdouline Zerari, Hermia ; Deborah Cachet, Helena ; Peter Kirk, Lysander ; Ronan Nédélec, Demetrius ; Marc Scoffoni, Bottom ; Eric Martin-Bonnet, Quince ; Carl Ghazarossian, Flute ; Raphaël Jardin, Snout ; Yvan Sautejeau, Starveling ; Jean-Christophe Picouleau, Snug. Maîtrise du Conservatoire Francis Poulenc (chefs de chœur : Sarane Pacqueteau et Alexandre Herviant). Orchestre Symphonique Région Centre-Val de Loire/Tours, direction : Benjamin Pionnier

Britten 1Cette nouvelle production de l’opéra de Britten, Le Songe d’une nuit d’été, retranscrit pleinement la démarche d’ouverture du directeur artistique , en associant aux réalisations artistiques de l’institution, les autres acteurs culturels locaux. La Maîtrise du Conservatoire Francis Poulenc est donc partie prenante du projet, accompagnée par un sublime Puck, une distribution riche de nombreuses qualités, mais surtout d’une lecture idéalement fluide du chef.

Avec la mise en musique du célèbre A Midsummer Night’s Dream, on perçoit aisément le souci de pédagogie de , son souhait que l’opéra puisse donner un accès plus immédiat à la comédie complexe de Shakespeare. La clarté et l’unité formelle du livret comme de la musique, le peu de moyens demandés (avec un orchestre de chambre et un décor réduit), le travail en compagnie d’un chœur d’enfants, attestent de cette démarche. Mais au-delà de ça, le compositeur apporte son propre regard sur l’ouvrage en mettant en place un jeu entre le rêve et la réalité, l’innocence et l’expérience, la moralité et l’immoralité, par l’oscillation entre le monde éthéré des fées et celui bassement matériel des humains.

Visuellement, l’œuvre ouvre à tous les possibles. La perception d’ensemble de la mise en scène de Jacques Vincey apporte une véritable touche graphique et esthétique grâce à des rideaux composés de longues lianes en plastique complétées par les effets de lumière colorés de Marie-Christine Soma, offrant de judicieuses perspectives et différents plans bien utilisés. On regrette par contre l’utilisation d’une simple bâche pour symboliser le dérèglement de la nature et la noirceur des cauchemars dont est envahie la belle forêt d’Athènes suite à la dispute d’Obéron et Tytania au sujet d’un jeune garçon. Ce dernier devient ensuite comme le fil rouge de cette proposition scénique en devenant le guide de ce rêve, ou simple spectateur de la trame qui se joue.

L’atmosphère irréelle de ce monde merveilleux se matérialise grâce aux voix aiguës des personnages féeriques de la maîtrise du Conservatoire Francis Poulenc omniprésente sur scène, du contre-ténor (Obéron), plus effrayant que paternel en raison d’une voix sûre et appuyée où la densité du timbre côtoie la plénitude d’une ligne de chant rondement menée, et du soprano colorature de dont les aigus flamboyants, la musicalité infaillible et l’incarnation théâtrale de Tytania peuvent être mis en parallèle avec la personnalité haute en couleurs de la Reine de cœur dans Alice au pays des merveilles. En fosse, atteint sans difficulté apparente les transparences et les fluidités inouïes de ces combinaisons rares de timbres (harpe, clavecin, célesta, xylophone, glockenspiel et vibraphone) et d’une écriture privilégiant les effets de miroir, d’inversion et de renversement.

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Le deuxième univers, celui des amoureux, s’exprime plutôt avec les codes courants du genre mélodramatique, ici soutenus par un bon calibrage des nuances de la part des instrumentistes à cordes et des bois de l’. Cette distribution vocale conforme aux normes opératiques des XVIIIe et XIXe siècles, marque toutefois moins les esprits, même si les couples (Hermia) / (Lysander) et (Helena) / (Demetrius) ne déméritent à aucun instant. C’est tout l’inverse concernant la prestation de haute voltige des six artisans représentant le troisième univers de Britten fondé sur les particularités de l’opéra bouffe et caractérisé par les timbres graves des six hommes et de l’orchestre (utilisation des cuivres, trombone et basson). Et alors que la simplicité des rustics est judicieusement retranscrite dans les costumes de Céline Perrigon (tenues de ville et simples accessoires en carton lors de la farce du dernier acte), les prouesses vocales se mêlent aux pitreries ardemment menées de bout en bout grâce à une cohésion entière entre (Bottom), Eric-Martin Bonnet (Quince), (Flute), (Snout), (Starveling) et (Snug), dont le plaisir évident résonne dans tout le Grand Théâtre. Mais le plus charismatique d’entre tous, c’est bien qui assure le liant dramatique et musical grâce au rôle primordial de Puck (rôle parlé). Beauté fantastique, gesticulation aérienne et grâce inhumaine, diction et projection aiguisées : l’artiste offre à lui seul à cette nouvelle production un grain de folie mystérieuse et indispensable.

Crédits photographiques : © Marie Pétry

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