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Quatuor vocal d’exception pour l’Ernani de Marseille

La Scène, Opéra, Opéras

Marseille. Opéra. 10-VI-2018. Giuseppe Verdi (1813-1883) : Ernani, opéra en quatre actes sur un livret de Francesco Maria Piave d’après le drame de Victor Hugo, Hernani. Mise en scène : Jean-Louis Grinda. Assistante mise en scène : Vanessa de Serignac. Décors : Isabelle Partiot. Costumes : Teresa Acone. Lumières : Laurent Castaingt. Avec : Francesco Meli, Ernani ; Hui He, Elvira ; Ludovic Tézier, Don Carlo ; Alexander Vinogradov, Don Ruy Gomez de Silva ; Anne-Marguerite Werster, Giovanna ; Christophe Berry, Don Riccardo ; Antoine Garcin, Jago. Chœur de l’Opéra de Marseille (chef de chœur : Emmanuel Trenque). Orchestre de l’Opéra de Marseille, direction : Lawrence Foster

Ernani Marseille Meli Tezier He VinogradovPour sa dernière production scénique avant l’été, l’Opéra de Marseille s’offre le meilleur casting verdien de l’hexagone cette saison après Don Carlos à Paris, cette fois avec l’exceptionnel lui-même Don Carlo, face au magnifique Ernani de et au Silva d’. complète un quatuor vocal intégré à une scénographie classique au milieu d’un chœur chaud, survolant un orchestre embrasé par la direction inspirée mais rythmiquement dangereuse de .

Les budgets d’un opéra municipal comme celui de Marseille sont étroits et les conséquences des décisions drastiques de coupes de la part de la Ville ont rendu les représentations de la dernière production phocéenne de la saison quelque peu complexes. Ainsi ce soir les personnels techniques sont en grève suite à la perte d’un pan non négligeable de leur rémunération par la remise en cause d’une prime mensuelle.

Fort heureusement pour le spectateur, l’intérêt de la production ne réside pas dans la mise en scène de coproduite avec l’Opéra de Monte-Carlo et déjà décrite à Liège en 2015. Même si la lumière ne devait pas être statique tout au long du spectacle et qu’il manque un jeu d’accessoires impossibles à utiliser sans le personnel technique, il est difficile de se passionner pour le décor massif d’Isabelle Partiot dont le principal élément est un miroir incliné en hauteur sur toute l’arrière-scène, placé pour renvoyer aux spectateur l’image du plateau vu d’en haut. Du peu d’idées développées, retenons celle du couronnement de lorsqu’il entre sur une scène noire dont le reflet permet d’exposer les mots Carolus Magnus, tandis qu’un drap tombe à l’annonce du sacre pour découvrir les mots de Carolus Quintus, Don Carlo (le personnage historique de Charles Quint) prenant ainsi la place de son illustre prédécesseur Charlemagne. Vocalement, le baryton français déploie tout son art dès la première scène et impose sa stature dans les ensembles avec un médium coloré, superbement développé dans l’air de l’acte II et porté à un niveau d’exception lorsqu’il revient au III pour Oh de’verd’anni miei.

Les costumes d’un classicisme usé de Teresa Acone imposent une lourdeur difficilement supportable pour les chanteurs, à tel point qu’ en forme dès la première partie se fait annoncer souffrant à l’entracte, tout simplement, semble-t-il, pour ôter une perruque et une fausse barbe ridicules et s’offrir en seconde partie le confort d’un chant plus ouvert et plus subtil qu’il ne l’était au demeurant. Dommage que la basse n’ait pu bénéficier dès le début de la même ouverture de voix pour sa cavatine Infelice!..e tuo credevi, tant celle-ci déjà magnifique de graves et d’ampleur aurait atteint encore d’autres sommets. Le brigand Ernani, écrit à une époque où les livrets verdiens se passionnaient pour ces personnages, jusqu’à I Masnadieri (Les Brigands) d’après Schiller composé trois années plus tard, revient au superbe ténor italien . Un mois plus tôt déjà solaire en Oronte dans I Lombardi au Teatro Regio de Turin, le ténor retrouve à Marseille un rôle porté par le passé avec James Levine au Met avant de le reprendre en octobre à La Scala de Milan.

Ernani Marseille Meli
Dès la scène I de l’acte I, sa cavatine puis la cabalette de l’aria Come rugiada al cespite montrent comme le chanteur a retrouvé tous ses moyens depuis le Don Carlo quelque peu tendu de Milan l’été passé. La souplesse du style s’allie à une diction irréprochable du texte du premier livret de Francesco Maria Piave pour Verdi, également premier opéra du compositeur d’après Victor Hugo avant le célèbre Rigoletto de 1851. En Elvira, se montre toujours sensible, même si la voix plafonne parfois à l’aigu, tant dans le premier ensemble que dans les grandes arias. Les trois autres rôles de l’opéra, très discrets, permettent tout de même de profiter de l’intervention du Don Riccardo de , quand on retiendra également le chœur de l’Opéra de Marseille, chaleureux et presque toujours en place malgré la difficulté à suivre un dont la rythmique se veut de plus en plus aléatoire. Passionnant dans Falstaff quelques saisons plus tôt et vraiment intéressant par la densité symphonique de la fosse lors de Don Carlo en quatre acte un an plus tôt, le chef américain, à qui l’on doit un travail exemplaire qui a largement amélioré le niveau de l’orchestre marseillais sur le plan symphonique, ralentit parfois un ouvrage nécessitant une pulsation nette et une forte dynamique. Cela oblige parfois les chanteurs à surveiller la fosse, mais n’altère jamais la force d’un quatuor vocal digne des plus grands opéras du monde.

Crédits photographiques © Christian Dresse

 

 

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