Pas de Premier Prix au 4e Concours de chefs Svetlanov : compte-rendu

Concours, La Scène

Paris. Auditorium de la Maison de la Radio. 4 au 8-IX-2018. Concours International de chefs d’orchestre Evgeny Svetlanov. Jury : Alexander Vedernikov, Président ; Andreï Boreïko, Mauro Bucarelli, Gidon Kremer, Jorma Panula, Cristina Roca, Nathalie Stutzmann, membres. Finalistes : Wilson Ng, Fuad Ibrahimov, Dmitri Filatov, Haoran Li. Orchestre Philharmonique de Radio France

ABR_5238 Ibrahimov Fuad © Christophe Abramowitz Radio France Trois femmes et seize hommes étaient invités au 4e Concours International de Chefs d’Orchestre , pour la seconde fois à la Maison de la Radio. En finale le 8 septembre, il ne reste que quatre candidats face à un jury présidé par Alexander Vedernikov et composé de figures importantes de la musique, parmi lesquels , ou .

Les mardi 4 et mercredi 5 septembre, l’ passe pendant plus de sept heures entre les mains de dix-neuf chefs différents, dont seuls huit sont maintenus à la deuxième épreuve éliminatoire du vendredi. De ces huit n’en resteront que quatre, tous masculins, lors de la finale du lendemain. En demi-finale, le violoniste Marc Bouchkov a dû interpréter huit fois le Concerto de Sibelius ; en finale, le programme circonscrit à 1h20 par participant comporte deux figures imposées : Daugava, poème symphonique d’ lui-même, puis une partition créée pour ce concours par la compositrice  : Svetlanov Planet. Ensuite seulement, une œuvre symphonique célèbre, retenue par le candidat, peut lui permettre de se mesurer aux plus grands.

Wilson Ng, originaire de Hong Kong, entre en scène le premier et débute environ cinq minutes d’affilée par le poème de Svetlanov, puis s’interrompt pour retravailler presque chaque phrase sur les notions de rythmes ou de transparence, concentré avant tout sur les cordes. Il donne une indication importante sur l’œuvre : Daugava représente une rivière, qui doit donc couler par des effets de legato. Déjà trente minutes sont passées lorsqu’il s’inquiète de l’horaire et s’attèle alors à la deuxième pièce, la création de Victorova. L’orchestre prend du volume, au risque de sonner trop fort dans l’Auditorium de Radio France. Les gestes comme les indications se montrent pourtant très claires pour les musiciens comme pour le public, mais on sent une baisse de régime avant que le chef ne doive s’atteler à la très complexe Symphonie n° 2 de Jean Sibelius. Ici malheureusement, surtout avec un ensemble habitué à interpréter ce compositeur avec son directeur musical finlandais Mikko Franck, le message relativement brouillon ne trouve jamais de puissance et le délié trop marqué recherché par le chef casse régulièrement la dynamique.

L’Azerbaïdjanais entre ensuite en scène et montre dès la pièce de Svetlanov une meilleure maîtrise, plus de tonus et une gestion des équilibres plus évidente. Sur la deuxième pièce, il atteint une coda focalisée sur les percussions, à la manière de certaines Planets de Holst, et suit une demande écrite sur la partition : celle que tout l’orchestre se lève à la dernière note en regardant un point fixe au balcon, qui s’apparente à la vision de Svetlanov au ciel. Les applaudissements nourris du public juste après cette élévation permettent quelques secondes de repos aux artistes avant l’attaque du Concerto pour orchestre de Bartók. L’introduction de la pièce, la plus complexe de la journée techniquement, annonce une belle gravité, quand les épaules du chef accompagnent maintenant le mouvement jusqu’à ce qu’il s’arrête pour se retourner et saluer le jury, quelque minutes avant que celui-ci ne soit forcé de l’interrompre, comme il l’avait fait avec le premier candidat.

IMG-20180907-WA0001 Dmitri Filatov © Christophe Abramowitz Radio FranceS’il y avait eu autant de spectateurs en première partie qu’en deuxième pour les deux chefs restants, nous aurions pu presque assurément penser que aurait obtenu le Prix du Public. Malheureusement pour lui, le public est plus nombreux après la pause et face au caractère fermé et très peu avenant du Russe Dmitri Filatov, le public choisit de voter, même sans avoir toute les cartes en main, pour le dernier candidat, le Chinois , pourtant nettement moins à l’aise avec l’orchestre. À sa décharge, la formation de Radio France épuisée doit chercher au bout de ses forces pendant la Symphonie n° 8 de Dvořák qui achève la soirée et le concours. Mais si les soli quasi inaudibles de la première trompette proviennent de la fatigue du musicien, les décalages d’équilibres avec des contrechamps bien trop mis en avant, comme l’incapacité à faire ressortir un discours personnel, se démarquent largement de la lecture discutable mais ô combien plus intéressante de la Symphonie de Franck proposée auparavant par Filatov.

Preuve peut-être qu’il ne faut pas demander aux musiciens de choisir leurs chefs, c’est aussi à que l’ remet son prix, et l’invite donc à venir diriger un concert de saison en 2020-2021. Espérons qu’il aura mûri d’ici là, car le jury lui ne s’est pas trompé en ne remettant que deux 2e Prix, à Fuad Ibrahimov et Dmitri Filatov. Face au Russe, l’Azerbaïdjanais paraissait légèrement moins mature (il a aussi trois ans de moins) et à partir du moment où le concours acceptait des candidats jusqu’à leur trente-neuvième année  (l’âge d’un Andris Nelsons aujourd’hui, ou celui qu’aura Gustavo Dudamel début 2020), le 1er Prix devait légitimement revenir à Filatov. Pourtant, nous a rappelés à quelques jours du concours que le jury ne cherchait pas seulement un bon musicien, mais aussi quelqu’un qui fasse preuve de l’humanité prodiguée par Evgeny Svetlanov, l’homme et le génie qui aurait fêté ses 90 ans ce 6 septembre s’il était encore présent pour nous éclairer.

Crédit photographique © Christophe Abramowitz

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