Réjouissant concert des lauréats Voix Nouvelles au TCE

Concours, La Scène, Opéras

Paris. Théâtre des Champs-Élysées. 24-IX-2018. Airs et duos extraits d’œuvres de Rossini, Donizetti, Puccini, Verdi, Dvořák, Massenet et Gounod. Hélène Carpentier, soprano ; Anas Séguin, baryton ; Caroline Jestaedt, soprano ; Florian Laconi, ténor ; Karine Deshayes, mezzo-soprano ; Nathalie Manfrino, soprano. Orchestre Colonne, direction : Jean-Yves Ossonce

Voix nouvelles 2018En réunissant trois lauréats du millésime 2018 et trois anciens lauréats de 2002, le concert du Concours Voix Nouvelles permet à l’auditeur de mesurer le talent de trois jeunes chanteurs pleins de promesses ainsi que le chemin qu’il leur reste à parcourir pour être à la hauteur de leurs trois ainés. Un beau passage de relais pour une réjouissante soirée.

Avec une première partie italienne (à l’exception de Dvořák) et une deuxième partie française (à l’exception de Donizetti), le jeune baryton ouvre les hostilités avec « Largo al factotum » extrait du Barbier de Séville de Rossini. La voix claire et la démarche assurée, le baryton est parfaitement à l’aise avec la tessiture du rôle et son jeu de scène fait d’entrée de jeu des merveilles. Il faut dire que le jeune artiste est sans doute celui qui a le plus d’expérience et cela se voit dans le duo « Dunque io son » du même opéra qui le confronte à dans un moment jubilatoire et complice. Tout au plus peut-on remarquer des variations de projection entre les registres mais l’abattage est assez irrésistible et les vocalises très propres.

éblouit dans un « Caro nome » techniquement irréprochable avec des aigus suspendus et bien contrôlés et un joli legato. Même si la voix demeure encore légère et qu’un travail sur les couleurs semble nécessaire pour apporter une plus grande densité d’interprétation, la soprano apparaît très à l’aise sur scène et son duo extrait de Don Pasquale avec conclut la soirée en beauté sur une note légère et pétillante.

Le premier prix a été attribué à qui expose un chant délicat et élégant dans l’air extrait de l’Elixir d’amour de Donizetti. On y admire une belle projection sur l’ensemble de la tessiture mais aussi un certain manque d’italianité et une absence d’incarnation. Dans la même lignée, l’air des bijoux de Marguerite dans le Faust de Gounod peine à vraiment convaincre et c’est finalement sa Micaela face au Don José de qui semble à ce stade le mieux lui convenir, tant du point de vue vocal que du tempérament. Une plus grande attention aux mots et à la prononciation, qui faisait davantage défaut dans les deux premiers airs, associée aux qualités de projection et d’élégance déjà citées, semblent indiquer qu’elle pourrait particulièrement briller dans ce répertoire français.

semble avoir tout donné ce soir. Entre un « E lucevan le stelle » puissant et chargé, un Don José à la diction parfaite et un fabuleux extrait de l’Hérodiade de Massenet, le généreux ténor malmène parfois sa ligne de chant mais subjugue par son investissement et la qualité de son phrasé qui lui ouvrent les portes d’une émotion brute.

inquiète d’abord dans l’air de la lune extrait de la Rusalka de Dvořák, trop sec, trop court de souffle et trop opulent ! Mais sa Salomé incarnée dans Hérodiade lève tous les doutes et sa Manon, capiteuse à souhait, enivre par le caractère extrêmement charnel de la voix et là encore, par un investissement sans faille. Le duo de Manon avec Laconi est proprement hollywoodien.

Mais celle qui a subjugué le public tout au long de la soirée, c’est bien . Comment résister à sa délicieuse et piquante Rosina, techniquement irréprochable et en phase avec le Figaro d’Anas Séguin ? Comment peut-on ne pas être impressionné par sa Maria Stuarda impérieuse, chantée avec une extraordinaire et simple autorité ? Enfin et surtout, comment ne pas être bouleversé par sa proposition autour de l’air de Sapho, tout en contraste entre confidences intimes et douloureuses et débordements, exposant les moirures d’un timbre sublime qui fait d’elle la reine de la soirée ! Que les nouveaux lauréats parviennent à ce sommet, c’est tout ce qu’on peut leur souhaiter.

Crédit photographique : © IMG Artists Paris

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