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Fauré orchestrateur par Ivor Bolton et le Sinfonieorchester Basel

À emporter, CD, Musique symphonique

Gabriel Fauré (1845-1924) : Caligula op. 52 ; prélude de Pénélope ; Les Roses d’Ispahan op. 39/4 dans l’orchestration du compositeur ; Soir op. 83/2 dans l’orchestration de Louis Aubert ; Clair de lune op. 46/2 dans l’orchestration du compositeur ; Après un rêve op. 7/1 dans l’orchestration de Henri Busser ; Shylock op. 57 ; Pelléas et Mélisande op. 80. Avec : Olga Peretyatko, soprano ; Benjamin Bruns, ténor. Les femmes du Balthasar-Neumann-Chor. Sinfonieorchester Basel, direction : Ivor Bolton. 1 CD. Sony Classical 19075818582. Enregistré du 14 au 18 août 2017. Notice de présentation trilingue (anglais, allemand et français). Durée : 73’14’’.

 

61slRbSqT0L._SS500Consacré à trois suites orchestrales de Fauré, ce CD révèle un aspect du compositeur moins connu du grand public. Les pièces vocales sont hélas desservies par des prestations décevantes.

À tous ceux qui ne connaissent Fauré que pour ses mélodies, ses œuvres pour piano ou sa musique de chambre, cet album rappellera à quel point le compositeur français était également un grand orchestrateur. On trouvera ainsi dans ce judicieux assemblage trois des suites d’orchestre de Fauré, dont chacune est dérivée d’une musique de scène commandée par tel ou tel théâtre. Les pièces conçues pour une reprise du Caligula d’Alexandre Dumas père ou pour la création du Shylock, d’après Shakespeare, d’Edmond de Haraucourt, sont encore fortement marquées par le courant post-wagnérien qui baignait la musique française de l’époque. Elles n’en affichent pas moins, de par leurs colorations diaphanes, des transparences orchestrales qui relèvent d’une esthétique résolument chambriste et en cela typiquement française ; commandées par l’Opéra-comique, les musiques de scène originales faisaient, on le sait, appel à un effectif orchestral plutôt réduit. On n’en apprécie pas moins ce subtil mariage entre une certaine forme de pompe wagnérienne, que l’on trouve aussi chez Lalo, et cet indéfinissable esprit Art Nouveau dont la fin-de-siècle était l’élégant ferment. Conçue pour des représentations du drame de Maeterlinck au Prince of Wales Theatre de Piccadilly, la suite pour Pelléas et Mélisande est davantage connue du grand public, et on a plaisir à la réentendre dans un tel environnement, qui lui donne tout son sens. Aux côtés du prélude de Pénélope, l’unique opéra du compositeur, on découvrira, avec leur accompagnement pour orchestre, quatre des mélodies les plus connues de Fauré. Deux sont savamment orchestrées par le compositeur lui-même.

Le Sinfonieorchester de Bâle sait parfaitement tirer parti de cette double esthétique à la fois française et germanique, et l’on admire autant la rutilance des cuivres que l’intimisme des solos de cordes. , connu pour ses lectures d’opéra baroque, veille à la légèreté du discours, dont il ne perd rien de sa théâtralité. On s’étonne en revanche, à l’époque où le chant français connaît un tel renouveau, du choix des chanteurs, et l’on rêve à ce qu’auraient pu donner dans ces pages un Cyrille Dubois, un Stanislas de Barbeyrac, une Véronique Gens, une Sandrine Piau… Ce n’est pas que démérite sur le plan vocal, mais sa diction française est dénuée de charme et d’élégance. Peu compréhensible en anglais comme en français, est en outre affectée d’un vibrato fort gênant qu’elle semble mieux masquer dans ses incarnations d’héroïnes d’opéras italiens. Très bien chantantes, les dames du Balthasar-Neumann-Chor pâtissent elles aussi des difficultés de la prononciation française.

Un très beau programme donc, malheureusement quelque peu desservi par des choix de distribution peu judicieux.

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