Reprise de Die Walküre de Claus Guth à Hambourg

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Hambourg. Staatsoper. 16-XI-2018. Richard Wagner (1813-1883) : Die Walküre, opéra en trois actes sur un livret du compositeur. Première journée du Bühnenfestspiel Der Ring des Nibelungen. Mise en scène : Claus Guth. Décors & Costumes : Christian Schmidt. Lumières : Michael Bauer. Dramaturgie : Hella Bartnig. Avec : Robert Dean Smith, Siegmund ; Alexander Tsymbalyuk, Hunding ; John Lundgren, Wotan ; Jennifer Holloway, Sieglinde ; Lise Lindstrom, Brünnhilde ; Mihoko Fujimura, Fricka ; Maida Hundeling, Helmwige ; Hellen Kwon, Gerhilde ; Gabriele Rossmanith, Ortlinde ; Irmgard Vilsmaier, Waltraute ; Katja Pieweck, Siegrune ; Ida Aldrian, Rossweiße ; Ann-Beth Solvang, Grimgerde ; Marta Swiderska : Schwertleite. Philharmonisches Staatsorchester Hamburg, direction musicale : Kent Nagano

walküre HamburgReprise seulement pour deux soirs cette saison dans le cadre de deux Ring complets, La Walkyrie par bénéficie aujourd’hui du Siegmund de , du Wotan de et de la Sieglinde de Jennifer Holloway, en plus d’un groupe marquant de guerrières, tous sous la direction concentrée de .

Apparu assez discrètement en 2008 pour être enregistré par Simone Young en 2013, Der Ring des Nibelungen au Staatsoper Hamburg révèle une décennie plus tard un spectacle de intelligemment construit, dont Die Walküre profite pleinement. Le premier acte apparaît d’abord un peu faible dans le décor très simple de ; celui d’un plateau surélevé avec juste une porte encadrée d’un début de mur de chaque côté. Elle est déplacée par glissement tout au long de l’action pour créer une paroi fictive ou réelle entre les acteurs du drame à venir. Sieglinde en femme de maison prépare la nourriture pour elle et son mari Hunding, avant d’être dérangée par Siegmund, d’abord perdu, puis rapidement amoureux et bientôt armé, lorsqu’il ôte l’épée de l’un des panneaux de mur.

Le second acte nous explique le premier grâce à un décor plus somptueux : au mur se trouve accroché le cercle de montagnes apparu dans L’Or du Rhin, et au centre de la pièce, deux dieux sont assis autour d’une table, sur laquelle se trouve en maquette le décor du I, avec trois personnages. La première figurine est jetée par Wotan à son arrivée, avant d’être ramassée puis reposée sur le plateau par Fricka, qui insèrera ensuite une épée dans les mains de celle de Siegmund. En plus de mettre en évidence l’influence des dieux sur l’action de l’acte I, ce décor expose également à gauche une seconde maquette, celle de l’acte III en forme d’hôpital abandonné, éléments extrêmement utilisés une décennie plus tôt par Claus Guth, notamment dans le Parsifal revu récemment à Zurich.

Le dernier acte s’ouvre logiquement sur ce décor très bien assemblé d’un bâtiment médical dévasté. La chorégraphie du groupe de guerrières – en plus de la dynamique de la fosse – est l’un des plus beaux moments de la soirée dans la direction de . Il est renforcée par le bruit de leurs bottes, relent d’histoire nauséabonde finement rapporté dans cette proposition scénique. De ces Walkyries ressortent la première à intervenir, la Gerhilde éclatante d’Hellen Kwon, et encore plus la puissante Helmwige de Maida Hundeling, avant une belle relance sur les Hoioho! de la Waltraute d’ (déjà entendue dans ce rôle en janvier dernier à Dresde sous Thielemann). La dernière scène voit s’allonger Brünnhilde dans ce décor abandonné, auquel Wotan met le feu. Entendu en 2016 dans le rôle à Bayreuth lors de la reprise de la Tétralogie par Marek Janowski, John Ludgren a depuis triomphé avec à Stockholm, puis en début de saison à Londres. Le baryton suédois propose toujours une diction pâteuse, bien qu’améliorée depuis deux ans. Il développe, de son apparition à ses Adieux (autre instant magnifié par la direction de Nagano), une voix maintenant pleine de matière, et donne un véritable caractère au personnage.

campe une Brünnhilde vaillante. Mais la soprano encore récemment Salomé semble une fois encore être montée trop vite sur les rôles plus lourds d’Elektra ou de la Walkyrie, au risque de déjà montrer un vibrato et une acidité dangereuse dans l’aigu, qui pourrait altérer rapidement sa carrière. Espérons qu’elle reçoive des conseils de longévité de la part de la Fricka du plateau, car (entendue encore en février dernier sur cette scène pour la reprise de Stilles Meer d’Hosokawa et en 2016 dans une magnifique Klytämnestra, avant de reprendre le rôle de la déesse wagnérienne au Wiener Staatsoper) a toujours une stabilité et une largeur de tessiture dont peu de wagnérienne peuvent se targuer. Jennifer Holloway développe une Sieglinde plus lyrique et plus souple que la Brünnhilde à ses côtés, et expose un personnage sensible, notamment en fin d’acte I lors du duo avec Siegmund. Le ténor retrouve ce héros vite achevé avec une belle vigueur, même si on lui préfère ses puissants Wälse et les scènes de groupes à un Winterstürme délivré plus délicatement par le passé. complète la distribution avec un Hunding de grand luxe, aux graves puissants de basse russe. Tous les chanteurs sont accompagnés par un orchestre luxueux et un chef d’une rare intelligence, particulièrement passionnant dans les préludes et les pages où il peut donner du volume à l’orchestre sans s’inquiéter de couvrir le plateau.

Crédits photographiques © Monika Rittershaus


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