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Passeport pour Couperin avec le coffret Erato

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« François Couperin Edition » François Couperin (1668-1733), L’œuvre intégrale pour clavecin, Laurence Boulay, François Lengelée, clavecins, Messe pour les Covents, Messe pour les Paroisses, Lionel Rogg Orgue Silbermann de l’Abbaye de Marmoutier Les Nations, Quadro Amsterdam. Concerts Royaux n°1 et n°7 , Ensemble Ricercar de Zurich, L’Apothéose de Lully, L’Apothéose de Corelli, Concert « dans le goût théâtral », English Baroque Soloists, John Eliot Gardiner, Trois Leçons de Ténèbres, Quatre Versets du Motet, Sophie Daneman, Patricia Petitbon, sopranos, Les Arts Florissants, William Christie, Motet pour le jour de Pâques, Magnificat, Mieke van der Sluis, soprano, Guillemette Laurens, mezzo-soprano, Pascal Montheillet (luth) ; Marianne Muller, viole de gambe, Laurence Boulay, clavecin et orgue, Quatre versets d’un motet (1703), Verset du motet de l’année dernière, Sept versets d’un motet (1704), Motet à sainte Suzanne, Sept Versets d’un motet (1705), Laudate pueri Dominum, Sandrine Piau, Caroline Pelon, dessus, Jean-Paul Fouchécourt , haute-contre, Jérôme Corréas, basse, Les Talents Lyriques, Christophe Rousset. 16 CD Erato. Enregistré de de 1953 à 1996. Notice trilingue français, anglais, allemand, excellent, de Nicolas Andlauer. Durée : 19:53:00

 

Couperin

Warner assemble autour de la réédition tant attendue des Quatre Livres de Pièces de Clavecin selon une anthologie exemplaire qui saisit toutes les facettes de l’art du grand François.

Les années soixante-dix virent une renaissance de Couperin au disque : en deux années (1971-1972), pour la Radio canadienne, inaugurait cette fête avec des attentions, un sens de la forme, une éloquence pièce par pièce révélant la complexité d’un univers que seul jusque là Ruggero Gerlin avait osé embrasser dans son entier de ses interprétations ardentes, vives, que dépareillait un clavecin plus antique qu’historique. posa donc le premier jalon d’une relecture historiquement informée des Vingt-sept Ordres et de « L’Art de toucher le Clavecin » sur un instrument adéquat – Harmonia Mundi serait bien inspiré de rééditer sa version, mais l’éditeur arlésien en-a-t-il seulement encore les droits ? – allait lui succéder rapidement, commençant sa propre intégrale pour les micros de Peter Willemoës et de Guy Laporte en 1972 avec le Premier Livre, poursuivant dans la chronologie des ordres, pour couronner son périple par un splendide Quatrième Livre en 1975. Progrès majeur : le choix des clavecins, historiques ou copies, signés Hemsch, Taskin, Ruckers, Kroll, Dubois, Tibaut. Soudain la profusion des couleurs, la variété des timbres, la diversité des univers sonores amenés par chaque instrument ouvraient un champ poétique – mais aussi une certaine dramatisation du discours – qui rétrospectivement firent paraître le geste plus parfait, plus strictement musical de un rien distant (ce qui à la réécoute semble plutôt ressortir d’un effet d’optique que d’une réalité). Couperin retrouvait le ton altier, les élans, la fantaisie joyeuse et les ombres inquiètes que , Ruggero Gerlin mais aussi Georges Malcolm, Aimée van de Viele, ou y avaient invitées, enfin le discours s’accordait aux instruments.

Pour Laurence Boulay ce fut une victoire personnelle : versée dans Couperin depuis ses albums pour André Charlin, elle avait été la première à enregistrer, déjà pour Erato trois Ordres (4, 13, 25) sur divers instruments historiques, disque majeur où figuraient aussi quelques pièces de Louis Couperin : l’éditeur a manqué de la présence d’esprit nécessaire pour l’ajouter à son opulente Édition . Car enfin, l’axe majeur et la fête absolue de cette belle boite reste le retour des clavecins sonores, du jeu enflammé, du geste impérieux, de l’imagination visionnaire, des rêves tendre qu’y imposa la grande prêtresse de François le Grand.

Réentendre à la suite « ses » Vingt-sept Ordres, quelle expérience ! relèvera ce défi de l’éloquence, Scott Ross, refermant cette décennie magique, verra son Couperin d’un autre point de vue, serein, classique, comme fasciné par la beauté hédoniste du clavecin du Château d’Assas capté au long de deux été solaires – quelle honte que ni l’une ni l’autre ne soient rééditées en cette année du deux-cent-cinquantième anniversaire de la naissance du compositeur ! – mais le ton glorieux, la franchise mélodique, les rythmes si marqués, les déclamations qui peignent les portraits où affirment les danses, bref tout ce qui fait le sel de ce jeu de clavecin admirable, ne se sont plus retrouvés. Rejointe par Françoise Lengelée, Laurence Boulay magnifie sa propre transcription à deux clavecins des Concerts Royaux, perle oubliée mais moins que ses admirables premières Leçons de ténèbres avec Jacqueline Collard et Nadine Sautereau où se ressuscitait la ferveur de leurs destinataires, les Sœurs du Couvent de Longchamp. L’éditeur les a laissées dans ses cartons, comme celles que Laurence Boulay refit avec et Mieke van der Sluis pour la collection Musifrance, leur préférant les décors certes émouvants dont pare le chant trop expressif de et .

Mais revenons aux années soixante : belle idée d’avoir exhumé les Messes que Lionel Rogg enregistra sur le Silbermann de l’Abbaye de Marmoutier, en 1970 : la lecture solaire de la Messe pour les Paroisses est l’une des plus accomplie que je connaisse au même rang que celles de ou de  : écoutez seulement le Tierce en taille. Et que d’élévation dans la vaste liturgie de la Messe pour les Couvents ! Ces retrouvailles plaident pour qu’enfin Warner nous rende sa somptueuse intégrale Bach.

L’esthétique très tenue, classique, le geste élégant mais qui n’oublie jamais le sentiment que et ses amis du Quadro Amsterdam (Brüggen, Schröder, Bylsma mettent à leur interprétation scrupuleuse des Nations, témoignent de cette grâce, de cette émotion pudiquement contenues d’un Couperin relu à l’aune de l’interprétation historiquement informée au long des années soixante : le cahier aura trouvé depuis des lectures plus fastueuses, mais si proches du discours du compositeur ? Pas certain. Et les deux Concerts royaux aux fastes modestes où Michel Piguet emmène ses amis zurichois de son hautbois sont tout aussi précieux bien qu’autrement oubliés.

Le contraste n’en est que plus saisissant lorsque paraissent les Apothéoses selon  : en 1988 le petit orchestre de Couperin profite largement de la renaissance du répertoire du Grand Siècle, ses narrations prennent l’allure de vraies concerts de théâtre, engageant Gardiner à leur ajouter le Huitième des Concerts des goûts-réunis, dans la version « orchestrale » réalisée par , selon lui ce Concert « dans le goût théâtral » serait le réemploi d’une ancienne musique pour la scène. Le chef anglais fait ici assaut de style, soigne les voix intermédiaires, magnifie les couleurs dont Couperin habille son petit orchestre, mais même dans ce théâtre reste un rien à distance si l’on songe à ce qu’y fait aujourd’hui un . Bonheur, c’est justement lui qu’on retrouve dans l’un de ses plus parfaits album, celui qu’il consacra en 1993 aux Motets, à quoi s’ajoute le Motet pour le jour de Pâques et le Magnificat selon Laurence Boulay et ses amis.

Cet ensemble proche de la perfection n’est hélas pas une intégrale, manquent la plupart des Concerts, les Sonates hors les Apothéoses, les sublimes Pièces de Viole, les cantates et les airs, de cour ou de taverne. Mais cette boite magique constitue une entrée évidente pour qui voudra découvrir puis approfondir l’œuvre du plus secret et du plus parfait compositeur français de son temps jusqu’en son bonus où Dietrich Fischer-Dieskau chante la Première Leçon de ténèbres en la faisait proche de Bach, où Lyn Harrel ose les arrangements des Pièces en Concert selon , preuve de la permanence de l’œuvre de Couperin chez les violoncellistes, où surtout Marcelle Meyer , Gina Bacchauer et Georges Cziffra la ressuscitent sur leurs pianos.

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« François Couperin Edition » François Couperin (1668-1733), L’œuvre intégrale pour clavecin, Laurence Boulay, François Lengelée, clavecins, Messe pour les Covents, Messe pour les Paroisses, Lionel Rogg Orgue Silbermann de l’Abbaye de Marmoutier Les Nations, Quadro Amsterdam. Concerts Royaux n°1 et n°7 , Ensemble Ricercar de Zurich, L’Apothéose de Lully, L’Apothéose de Corelli, Concert « dans le goût théâtral », English Baroque Soloists, John Eliot Gardiner, Trois Leçons de Ténèbres, Quatre Versets du Motet, Sophie Daneman, Patricia Petitbon, sopranos, Les Arts Florissants, William Christie, Motet pour le jour de Pâques, Magnificat, Mieke van der Sluis, soprano, Guillemette Laurens, mezzo-soprano, Pascal Montheillet (luth) ; Marianne Muller, viole de gambe, Laurence Boulay, clavecin et orgue, Quatre versets d’un motet (1703), Verset du motet de l’année dernière, Sept versets d’un motet (1704), Motet à sainte Suzanne, Sept Versets d’un motet (1705), Laudate pueri Dominum, Sandrine Piau, Caroline Pelon, dessus, Jean-Paul Fouchécourt , haute-contre, Jérôme Corréas, basse, Les Talents Lyriques, Christophe Rousset. 16 CD Erato. Enregistré de de 1953 à 1996. Notice trilingue français, anglais, allemand, excellent, de Nicolas Andlauer. Durée : 19:53:00

 
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