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Jordi Savall règne toujours sur Monteverdi

Festivals, La Scène, Musique d'ensemble

Berlin. Pierre Boulez Saal. 2-XII-2018. Claudio Monteverdi (1567-1643) : Madrigali Guerrieri et amorosi (Livre VIII des Madrigaux), extraits (Altri canti di Marte, Gira il nemico, Ballo Volgendo il ciel, Altri canti d’amor, Il combattimento di Tancredi et Clorinda, Lamento della Ninfa, Hor che’l ciel). La Capella Reial de Catalunya (Monica Piccinini, soprano ; Maria Beata Kielland, mezzo ; Alessandro Giangrande, David Sagastume, contre-ténors ; Cyril Auvity, Lluís Vilamajó, ténor ; Furio Zanasi, baryton ; Mauro Borgioni, basse) ; Le Concert des Nations, direction et viole : Jordi Savall

Dans un répertoire bien connu par le disque mais toujours trop rare au programme des salles de concerts, Savall montre sa profonde comparaison des Madrigaux Guerriers et Amoureux.

a depuis longtemps prouvé combien il comprend tous les paramètres de la musique de Monteverdi, et il est heureux que, au milieu de ses projets personnels autour des civilisations proches et lointaines, il prenne le temps d’y revenir régulièrement. Le concert qu’il propose dans le cadre des Journées baroques du Staatsoper de Berlin n’est pas une révolution, dans son programme comme dans ses conceptions esthétiques, mais il confirme toute la force de ces conceptions et toute la sensibilité musicale et littéraire qui les sous-tend. Renforcé par quelques pièces instrumentales, le programme est entièrement tiré du VIIIe livre de madrigaux, le dernier publié du vivant de Monteverdi.

Les qualités de ce concert sont d’abord collectives : ne prend la position du chef que pour quelques pièces, et les huit instrumentistes qui jouent avec lui sont très visiblement des partenaires, non des exécutants : cette musique est dans tous les sens du mot une musique de chambre. Depuis que Savall a fixé au disque son interprétation, on a vu apparaître d’autres manières de jouer cette musique, à la manière world music de Christina Pluhar par exemple : ce concert montre bien combien plus forte est la musique de Monteverdi quand on l’écoute vraiment, quand on fait attention au texte, plutôt que quand on la surcharge de facilités dictées par la mode.

Il faut cependant aussi louer quelques performances individuelles, notamment chez les chanteurs. est le narrateur du Combattimento, et il maîtrise comme personne le délicat équilibre entre intelligibilité du texte, investissement dramatique et précision musicale, aujourd’hui comme au disque il y a près de trente ans ; sa Clorinde du jour, , est loin d’une telle performance, mais est un solide Tancrède, parfois au prix d’une certaine raideur.

La soliste du Lamento della Ninfa, Mariana Piccinini, fait elle aussi preuve d’une exquise délicatesse, d’une qualité émotionnelle que sa pudique éloquence rend d’autant plus forte. En dehors même de ce « genre représentatif » qui occupe une bonne part du Huitième livre, il faut citer surtout , mis en avant à plusieurs reprises et admirable de clarté, de sensibilité et de musicalité. Délocalisé dans l’exquise Pierre Boulez Saal à l’acoustique idéale, ce concert confirme le grand intérêt des Journées baroques organisées par le Staatsoper de Berlin : le grand succès public de l’ensemble du festival montre bien que cette nouvelle manifestation répond à une demande jusque là insatisfaite du public berlinois et européen.

Crédit photographique : © David Ignaszewski

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