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En Avent Bach, par la Chapelle Rhénane

Concerts, La Scène, Musique d'ensemble

Toulouse. Église Saint-Jérôme. 12-XII-2018. Johann Sebastian Bach (1685-1750) : cantates Wachet auf, ruft uns die Stimme BWV 140, Schwingt freudig euch empor BWV 36, et Nun komm, der Heiden Heiland BWV 62. Salomé Haller, soprano ; Jean-Michel Fumas, contre-ténor ; Benoît Arnould, basse. La Chapelle Rhénane ; Benoît Haller, ténor et direction

LesArtsRenaissants.LaChapelleRhénane.12.12.18-3C’est dans le bel écrin de l’église Saint-Jérôme de Toulouse que et sa Chapelle Rhénane ont donné, à l’invitation des Arts Renaissants, trois cantates de , dont deux composées pour l’Avent.

Rares sont les cantates écrites pour le temps de l’Avent par Bach car cette période liturgique était un temps d’abstinence musicale à Leipzig. Véritables prédications en musique intégrées au culte luthérien, les cantates écrites pour la Thomaskirche de Leipzig suivaient scrupuleusement le calendrier liturgique. La première cantate du programme, la célèbre « cantate du veilleur » (BWV 140), fait référence à la parabole des vierges sages et des vierges folles. Elle concluait l’année liturgique et était donnée le dernier dimanche précédant l’Avent. On y entend un véritable dialogue amoureux entre l’âme humaine (incarnée par la voix de soprano) et le Christ (incarné par la voix de baryton), dans deux airs qui rappellent, par leur sensualité, le Cantique des Cantiques. Elle débute et se termine par un choral à quatre voix qui invite les fidèles à s’associer à la prière. Au centre de l’œuvre, c’est au ténor qu’est confié le choral du veilleur, accompagné par les cordes à l’unisson, dans une construction que Bach reprendra pour orgue bien des années plus tard. La voix bien timbrée de convient parfaitement à ce climat de ferveur. La cantate BWV 36, écrite pour le premier dimanche de l’Avent, se déroule dans une atmosphère joyeuse évoquant l’attente du Messie. C’est l’une des rares cantates de l’époque de Leipzig sans récitatif, où les airs alternent avec le thème du choral Nun komm der Heiden Heiland, qui se promène de voix en voix. On retrouve ce thème dans la troisième cantate du programme, la BWV 62, écrite pour la même circonstance sous la forme d’une « cantate chorale » : la mélodie du choral apparaît sous forme de paraphrase dans les airs et les récitatifs, passant des voix aux instruments sous diverses formes (cantus firmus, imitation…). Particulièrement impressionnant est l’air de basse qui évoque le combat du Christ contre le mal, en une écriture vigoureuse où l’unisson des cordes s’oppose à la voix très expressive du baryton .

Ces dernières années, a un peu délaissé son compositeur fétiche, Schütz, pour cheminer avec Bach, en particulier du côté des Passions. Dans la formation de ce soir, pas de battue de direction puisque Benoît Haller fait partie des quatre solistes vocaux. On apprécie de retrouver sa belle voix de ténor à la diction parfaite dans ce répertoire qui lui convient à merveille. Toutefois, certains airs aux bariolages violonistiques particulièrement virtuoses mériteraient le soutien d’une discrète battue. Plusieurs airs font également appel à des solos de hautbois, admirablement déroulés par l’excellente . La recherche d’un phrasé flexible et d’un tempo souple permet aux chanteurs une belle mise en valeur du texte. Quant au continuo, il assure une basse parfaitement articulée.

L’ensemble alsacien nous a offert une interprétation basée sur l’émotion, d’autant plus palpable ce soir-là que le concert était dédié aux victimes de l’attentat de Strasbourg survenu la veille. Sans doute faut-il mettre aussi sur le compte de l’émotion les petites défaillances de la soprano dans les aigus, mais il faut préciser qu’elle remplaçait au pied-levé Aurore Bucher dans ce programme. Et au-delà des questions techniques, sa voix chaude a su nous émouvoir, particulièrement dans l’air Auch mit gedämpften (BWV 36), accompagnée par les volutes virtuoses des cordes.

C’est un Bach intime que nous ont offert les musiciens de ce soir, dans la ferveur de l’attente de Noël.

Crédit photographique : © Catherine Ulmet

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