La Philharmonie célèbre Berlioz via trois compositeurs modernes et contemporains

Concerts, La Scène, Musique d'ensemble

Paris. Philharmonie, Le Studio. 12-I-2019. Morton Feldman (1926-1987) : The Violin in My Life II pour alto et ensemble ; André Caplet (1878-1925) : Conte fantastique pour harpe et quatuor à cordes ; Gérard Pesson (né en 1958) : Panorama, particolari e licenza, pour alto, voix et ensemble. Muriel Ferraro, soprano ; Marc Desmons, alto. Ensemble TM+, direction : Laurent Cuniot

Coup d’envoi ce week-end des commémorations du 150e anniversaire de la mort d’ avec sept concerts, dont « Correspondances », qui invite , et dans trois pièces très différentes, mais dont l’alto est le trait d’union, y compris avec l’auteur d’Harold en Italie.

The Violin in My Life de est un ensemble de quatre opus numérotés pour alto et un ou plusieurs autres instruments. Le II (1970) en comporte six : flûte, clarinette, percussion, célesta, violon et violoncelle. Offrir d’emblée à des oreilles fraîches une musique presque atone, qui ne progresse jamais et semble menacée à tout moment de s’éteindre relèverait-t-il de la facétie ? Ou plutôt du trait de génie pédagogique, puisqu’elle est l’œuvre d’un compositeur qui souhaitait justement que l’on réinvente l’écoute en débarrassant le langage musical de toute portée psychologique ? Il faut se mettre immédiatement dans un état de recueillement, car ici, aucune possibilité de s’accrocher aux branches de la représentation : seules comptent le son et sa perception. L’alto n’y est finalement pas plus expressif ou virtuose que ses partenaires, lesquels, par leurs discrètes interventions, forment un tapis sonore sur lequel roule un discours fragmentaire. On peut être vraiment bouleversé par cette beauté qui « ne se la raconte pas ».

Saut en arrière avec le Conte fantastique, pour harpe et quatuor à cordes (1923) d’, qui s’inspira du Masque de la mort rouge d’Edgar Poe. La mort est incarnée par la harpe, à contre-emploi traditionnel, étant plus percussive que mélodieuse, plus violente que bucolique. La séduction naît au départ de l’énergie et du caractère mystérieux et dramatique de ce morceau essentiellement harmonique où perce toujours la figure de Debussy, mais débouche sur une lassitude quand, au fil des cinq mouvements, la tension permanente devient ressassement exacerbé. Les cinq musiciens se battent comme de beaux diables avec cette partition touffue.

La pièce maîtresse de la soirée est la seule qui se rapporte directement à Berlioz, ayant écrit Panorama, particolari e licenza, pour alto, voix et ensemble (2006) en suivant la progression narrative d’Harold en Italie et surtout en cherchant (et en réussissant) à en reproduire la géniale profusion anarchique et la même « dualité paysage réel/paysage rêvé ». Le voyageur Harold se partage entre la voix (magnifiquement timbrée de ) et l’alto (, peut-être un peu trop en retrait ici). Trois mouvements, trois panoramas : Aux montagnes, évoquant tout un monde naturel, Marche (moissonneurs et angélus), où la chanteuse s’exprime en latin dans une sorte d’évocation campagnarde, et Sérénade (une chanson des Abruzzes), qui, en dialecte, évoque la lontananza, à la fois séparation des amants et résonance d’un mont à l’autre. C’est une écriture pointilliste virtuose qui se déploie, distribuant la phrase entre les différents instruments, dont l’humour n’est jamais absent (on pense à l’univers de Francesco Filidei et son utilisation d’appeaux, de flûtes à coulisse, de percussions diverses et de toutes sortes de détournements), et superbement servie par TM+ et son chef, le très communicatif .

Crédit photographique : © TM+

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