La Scène, Opéra, Opéras

Mimi et Rodolphe les pieds sur Terre à Avignon

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Avignon. Opéra Confluence. 20-I-2019. Giacomo Puccini (1858-1924) : La Bohème, opéra en quatre tableaux sur un livret de Giuseppe Giacosa et Luigi Illica d’après Scènes de la vie de bohème d’Henry Murger. Mise en scène : Frédéric Roels et Claire Servais. Décors et costumes : Lionel Lesire. Lumières : Roberto Venturi. Avec : Ludivine Gombert, Mimi ; Olivia Doray, Musetta ; Davide Giusti, Rodolfo ; Philippe-Nicolas Martin, Marcello ; Boris Grappe, Schaunard ; David Ireland, Colline ; Grégoire Fohet-Duminil, Benoît / Alcindoro; Gentin Ngjela, Parpignol ; Julien Desplantes, Un venditore ambulante ; Pascal Canitrot, Un sergente di Doganieri ; Saeid Alkhouri, Un Doganiere. Chœur (cheffe de chœur : Aurore Marchand) et Maîtrise (cheffe de chœur : Florence Goyon-Pogemberg) de l’Opéra Grand Avignon, Orchestre Régional Avignon-Provence, direction : Samuel Jean

DSC_4896Récemment envoyés dans l’espace à Bastille par un Claus Guth pour une fois désireux d’échapper aux confinements lambrissés de Christian Schmidt, les héros de Puccini retrouvent leur mansarde et le célèbre opéra son livret.

On a marché sur la Lune ? Objectif Terre ! Terre à terre ? Bien que la sagesse de la lecture de et ait ses adeptes, on se passionnera surtout pour la très belle partie musicale qui résonne à l’Opéra Confluence dont le règne touche bientôt à sa fin, la réouverture de l’Opéra d’Avignon (avec La Dame de pique vue par Olivier Py) étant prévue pour l’automne 2020.

La chandelle, la tromba, il cavalin, le plumet du tambour-major, les balais, les bouteilles de lait, le manchon, et même la sua cuffietta (rose bien sûr) : tout est de retour. Ouf pour les uns. Mais pas sûr que cela suffise au bonheur des autres. Une volée d’estrades pentues, une quinzaine de fenêtres. N’étaient une science des éclairages plus subtile et une direction d’acteur plus cadrée, une (chiche) poignée d’idées touchantes (Mimi ouvrant le rideau et donnant le top départ en soufflant sur sa chandelle, la même chandelle restant allumée après sa mort), on se croirait revenu dans La Bohème que Besançon offrait à nos grands-mères dans les années 70, juste avant la grande révolution scénique.

Roels et Servais racontent sobrement, sans aucune faute de goût. Mais après les lectures marquantes de à Lyon en 1981 (sa minuscule mansarde 1840 perchée sur les toits de Paris, bourrée à craquer d’idées), de Ken Russell en 1984 à Macerata (la translation temporelle de sa Bohème sur quatre époques : 1840, 14-18, 39-45 et la nôtre), de Stefan Herheim (son concept d’une Mimi en stade terminal, comme ses impressionnants effets de décors), de Robert Carsen (ultra-simple et ultra-esthétique), et même de Guth (à qui il faut faudra un jour faire crédit d’un beau travail sur la rétine mémorielle), difficile de se passionner vraiment pour la lecture sans enjeu et sans vision du duo avignonnais qui, de surcroît, ne respecte pas vraiment sa propre note d’intention : tout en y soulignant judicieusement le paradoxe consistant à parler de pauvreté (sujet on ne peut plus brûlant dans la France de 2019) avec les moyens dispendieux du genre opéra, on y vise tout de même une contemporanéité que l’on peine à assumer quand les bohémiens du jour arborent sur scène un chic de petits marquis autour d’une Mimi désuète, mi-première communiante, mi-carmélite de Poulenc au pied de l’échafaud. On pardonne également difficilement au tandem de rester sourd aux signes musicaux avant-coureurs du drame tel celui que l’on entend dans la fosse chez Momus sur le toujours si troublant mini-trio des bohémiens Dio, che concerti rari. Le final du IV atteint cependant une belle émotion, avec la justesse du jeu d’orgues, autour de ces chandelles portées au creux des mains puis éteintes d’un souffle, ainsi que la très belle caractérisation du personnage de Schaunard, au premier plan, seul à avoir capté le dernier geste de l’héroïne.

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Le Rodolphe de est annoncé souffrant, ce qui n’empêche pas le public de réserver un accueil chaleureux à la façon dont le jeune chanteur a su privilégier son instrument pour les passages-clé : ne pouvant prétendre à l’impossible pour l’ultime Amor en fin d’Acte I, Che gelida manina aura été auparavant énoncé avec une tranquille beauté. Ses partenaires entourent le malade avec beaucoup d’égards, que ce soit en pleine santé, ample et soyeuse Mimi, , Marcello imposant et délicat qui ne forcera pas sur le duo des souvenirs du IV, David Ireland, Colline recueilli sur le sublime Vecchia zimarra, ou , particulièrement présent en Schaunard. La Musette d’ ravit à tous niveaux, ce qui n’est pas si courant, et l’Acte II, probablement le plus séduisant visuellement avec son ciel d’ampoules abaissé des cintres, le rouge de la robe éblouissante de la coquette dialoguant avec le fond de scène, lui doit beaucoup. Toutes les voix, chœur compris dans la difficile mise en place du II, sonnent avec naturel et proximité dans l’acoustique chaleureuse de l’Opéra Confluence. Il en va de même pour la magnifique direction de tirant de l’Orchestre Régional Avignon-Provence tout le génie orchestral que Puccini a mis dans l’indémodable partition.

Crédits photographiques : © Cédric et Mickaël/ Studio Delestrade

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Avignon. Opéra Confluence. 20-I-2019. Giacomo Puccini (1858-1924) : La Bohème, opéra en quatre tableaux sur un livret de Giuseppe Giacosa et Luigi Illica d’après Scènes de la vie de bohème d’Henry Murger. Mise en scène : Frédéric Roels et Claire Servais. Décors et costumes : Lionel Lesire. Lumières : Roberto Venturi. Avec : Ludivine Gombert, Mimi ; Olivia Doray, Musetta ; Davide Giusti, Rodolfo ; Philippe-Nicolas Martin, Marcello ; Boris Grappe, Schaunard ; David Ireland, Colline ; Grégoire Fohet-Duminil, Benoît / Alcindoro; Gentin Ngjela, Parpignol ; Julien Desplantes, Un venditore ambulante ; Pascal Canitrot, Un sergente di Doganieri ; Saeid Alkhouri, Un Doganiere. Chœur (cheffe de chœur : Aurore Marchand) et Maîtrise (cheffe de chœur : Florence Goyon-Pogemberg) de l’Opéra Grand Avignon, Orchestre Régional Avignon-Provence, direction : Samuel Jean

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