Une cérémonie pour Bach et André Isoir à Radio France

Concerts, La Scène, Musique de chambre et récital

Paris. Maison de la Radio, Auditorium. 30-I-2019. Œuvres de Johann Sebastian Bach (1685-1750) transcrites par André Isoir (1935-2016). Fançois Espinasse et Michel Bouvard : orgue

Bouvard-et-Espinasse-Jean-Dardigna et , tous deux disciples d’, rendent hommage à leur maître et à ses transcriptions de , reprenant le programme d’un disque remarqué (Clef ResMusica).

Cette soirée est certainement émouvante pour ceux qui ont connu , et pour le monde de l’orgue en général, d’autant plus avec les disparitions survenues entre temps de Michel Chapuis et tout récemment de Jean Guillou. Elle est aussi l’occasion d’apprécier dans les conditions idéales de l’Auditorium l’art qu’avait l’organiste pour rendre toute l’essence des œuvres transcrites, les gardant très reconnaissables tout en y insufflant un intérêt nouveau lié tant à sa parfaite maîtrise de l’orgue qu’à sa connaissance intime de la musique du Cantor. Sous les feux de la rampe et dans une acoustique nette, les organistes, qui se relaient à la console, n’ont cependant pas droit à la moindre erreur, et d’ailleurs en ouverture apparaît peu assuré dans la transcription de la Sinfonia de la cantate BWV 29 (elle-même parodie de la célèbre pièce d’entrée de la dernière Partita pour violon seul BWV 1006 et base d’un indicatif célèbre dans la Maison Ronde). paraîtra toujours plus assuré durant cette soirée.

Mais l’essentiel n’est pas là. Il réside dans le plaisir que l’on a à retrouver ces pièces souvent connues, parfois moins, transfigurées par les jeux de l’orgue et des organistes. Les procédés pour passer d’une voix ou d’un instrument à un jeu d’orgue peuvent être subtils, comme dans la transcription du Preludio de la Sonate pour violon seul n° 1 BWV 1001 où les notes égrenées par Michel Bouvard le sont avec des sonorités douces, avant que la fugue, dont la transcription est de la main même de Bach (BWV 539), soit énoncée avec un jeu plus fruité. Parfois, la ressemblance est clairement recherchée, comme dans la Sonatina d’ouverture de la cantate BWV 106 où l’on jurerait entendre les flûtes à bec sous les doigts de François Espinasse, ou dans l’air « Mein gläubiges Herze » de la cantate 68 où la voix de soprano est reprise à la chamade.

Dans les transcriptions d’œuvres concertantes, qui obligent à condenser le matériau musical, on vérifie le génie d’André Isoir pour créer l’illusion que pas une note ne manque de l’œuvre originale. C’est ce soir le cas pour le troisième mouvement du Concerto pour deux clavecins BWV 1060 très bien rendu par François Espinasse, et encore plus pour le morceau de bravoure du concert, le Concerto pour quatre clavecins BWV 1065 (lui-même transcrit par Bach de Vivaldi), où Michel Bouvard se montre souverain. A contrario, on découvre aussi un André Isoir « augmenteur » qui a rajouté des voix au choral dit « du Veilleur » (choral Schübler BWV 645), avec réussite, mais obligeant à l’intervention acrobatique du deuxième organiste sur la même console !

Partout, le contrepoint se déploie magnifiquement, les mélodies sont énoncées avec une science consommée de l’articulation, et surtout la pulsation de la musique de Bach ne cesse d’entraîner l’auditeur. Présente bien sûr au pédalier, considérablement sollicité, cette pulsation innerve chaque geste des musiciens, fascinants à regarder au centre de cette cathédrale profane.

En bis, un somptueux Crucifixus de la Messe en si transcrit et joué par Michel Bouvard permet de prolonger le plaisir, tout en marquant l’importance de célébrer, avec les morts comme avec les vivants, le génie universel de .

Crédits photographiques © Jean Dardigna

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