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Nouvelle Lucia avec Flórez au Wiener Staatsoper

La Scène, Opéra, Opéras

Wien. Wiener Staatsoper. 9-II-2019. Gaetano Donizetti (1797-1848) : Lucia di Lammermoor, opéra seria en deux partie et trois actes sur un livret de Salvatore Cammarano, d’après le roman La Fiancée de Lammermoor de Walter Scott. Mise en scène et costumes : Laurent Pelly. Décors : Chantal Thomas. Lumières : Duane Schuler. Assistante mise en scène : Laurie Feldman. Assitante décors : Cléo Laigret. Avec : George Petean, Enrico ; Olga Peretyatko, Lucia ; Juan Diego Flórez, Edgardo ; Jongmin Park, Raimondo ; Lukhanyo Moyake, Arturo ; Virginie Verrez, Alisa ; Leonardo Navarro, Normanno. Chor der Wiener Staatsoper (Chef de Chœur : Martin Schebesta). Orchester der Wiener Staatsoper, direction : Evelino Pidò

01_Lucia_Di_Lammermoor_116576_PERETYATKOLa nouvelle mise en scène de pour Lucia di Lammermoor au ne marquera pas autant les esprits que la magistrale prestation du ténor , bien épaulé par et face à la Lucia quelque peu perdue d’.

L’un de nos articles à l’Opéra de Lausanne avait fait polémique l’an passé alors que notre confrère avait relevé la non préparation d’ au rôle d’Amina. Nous aurions aimé prendre son contre-pied pour cette première de Lucia di Lammermoor à Vienne en louant largement la prestation de la soprano russe, mais force est de constater que l’artiste, clairement en train de chercher comment se placer par rapport à l’évolution de sa voix, n’arrive pas plus en Autriche qu’à New-York en mars dernier à se glisser dans une partition pourtant adaptée à sa tessiture.

Devant présente dans la salle et triomphale sur cette scène dans le rôle dix ans plus tôt, Peretyatko prouve dès l’acte I et la première aria qu’elle possède toujours de superbes aigus à l’octave la plus haute, en même temps qu’un timbre éclatant, bien qu’elle ne maîtrise pas plus l’italien que son aînée. Le legato trop utilisé limite des vocalises mal modulées et présente un style peu adapté à cette partie du bel canto, là où il n’embarrasse par exemple pas une Pretty Yende lorsqu’elle aborde cette partition. Loin de la netteté et de l’agilité d’une Kurzak ou d’une Oropesa triomphatrices du rôle ces dernières années, Peretyatko ne parvient qu’à lisser le chant sans jamais marquer les scènes, au point qu’à la seconde où son air final – à la justesse discutable et malgré le superbe harmonica de verre pour l’accompagner – s’achève, il ne semble déjà plus qu’un lointain souvenir.

Aussi voire plus à l’aise avec les contre-ut que la soprano et toujours en possession de notes encore plus hautes, offre une toute autre prestation avec l’un des plus beaux Edgardo jamais entendus à l’ère moderne, alors que l’autre grand interprète du rôle ses dernières années, Piotr Beczała, est également présent parmi l’audience. Le style enflammé du ténor péruvien et la pureté des vocalises ainsi que la vigueur et l’éclat de la projection dans le haut du spectre suffisent à concentrer toute l’attention sur lui dès qu’il apparaît en scène, même au sextuor où il doit combattre tous ses partenaires en même temps que le chœur. Il magnifie évidemment son dernier air, superbe d’amour et de tendresse autant que de vaillance. À ses côtés, ou plutôt contre lui, l’Arturo chevrotant de ne présente aucun risque, quand l’Enrico très en voix de , plus à l’aise dans ce rôle que récemment en Ezio face à Attila à la Scala, offre un adversaire de grande classe, principalement dans la joute de l’acte III. Leonardo Navarro campe un Normanno bien placé dès la première phrase de l’ouvrage, rapidement surpassé par la présence vocale de Raimondo, tenu par la basse , souple autant que particulièrement impactante dans la rondeur des graves. complète cette distribution avec une Alisa lyrique et lumineuse de timbre, quand du Chor der préparé par Martin Schebesta, on privilégie les parties mixtes parfaitement gérées à la mise en place encore aléatoire de la première intervention des seuls hommes au début de l’opéra.

04_Lucia_Di_Lammermoor_116561_PETEAN_PERETYATKO_FLOREZEvelino Pidò procure au plateau une dynamique rarement remarquée et si énergique sous sa battue, notamment dans les parties rossiniennes, assisté en cela par un Orchester der Wiener Staatsoper toujours aussi impressionnant dans la force contenue des cordes, en même temps que d’une ductilité parmi les plus impressionnantes au monde, qui rappelle que la formation autrichienne est plus adaptée que toutes celles d’Allemagne à une musique italienne dont elle est beaucoup plus proche. À cette qualité symphonique seulement altérée lorsqu’il faut ralentir pour se conformer au rythme du soprano, il faut aussi remarquer la précision du chef afin de tenir toujours parfaitement son plateau, même lors du sextuor.

Sans doute destinée à être reprise en répertoire lors des prochaines saisons, la mise en scène de trouve surtout les huées à l’apparition de l’équipe aux saluts, non tant pour son vague caractère moderne avec pour seuls décors des panneaux de facture médiocre, associés à une petite dune d’abord blanchie de neige puis grisée au dernier tableau, mais bien plus pour son absence de proposition, tant par le jeu d’acteur très simplement traité que par les costumes extrêmement classiques, à commencer par la robe de mariée blanche de Lucia finalement tachée de sang, comme toujours. Loin d’être un mauvais soir et tout en montrant la qualité de programmation de la maison dirigée pour cette huitième et avant-dernière année par , cette Première de Lucia di Lammermoor n’a pas trouvé l’impact attendu à cause d’un rôle-titre dont on aurait pourtant aimé qu’il devienne l’un des grands moments de la carrière jusqu’à présent très bien gérée d’Olga Peretyatko.

Crédits photographiques : Wiener Staatsoper : © Michael Pöhn

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