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Missa Solemnis au Bayerische Staatsoper par Kirill Petrenko

Concerts, La Scène, Musique symphonique

München. Bayerische Staatsoper. 17-II-2019. Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Missa solemnis en ut majeur op. 123. Avec : Marlis Petersen, soprano ; Okka von der Damerau, contralto ; Benjamin Bruns, ténor ; Tareq Nazmi, basse. Chor der Bayerischen Staatsoper (Chef de Chœur : Sören Eckhoff). Bayerisches Staatsorchester, direction musicale : Kirill Petrenko

Donnée en concert au Bayerische Staatsoper, la Missa Solemnis de Beethoven par trouve des instants de grâce dans un traitement très différencié de chacune des parties, au risque de perdre l’arche globale.

est devenu directeur des Berliner Philharmoniker en ne les dirigeant que trois fois, avec un programme anglais, puis un second d’œuvres russes. Il lui faut alors maintenant travailler le répertoire principal de l’orchestre de Furtwängler et Karajan. D’où cette saison marquée par Beethoven, de la Symphonie n° 7 à l’été avec la formation berlinoise à Fidelio cet hiver en Bavière, avant une Symphonie n° 9 prévue à Rome au printemps et aujourd’hui une Missa Solemnis surprenante, bien que non marquante.

Porté aux nues après ses géniales interprétations straussiennes depuis son arrivée à Munich, il est devenu compliqué d’émettre des réserves sur les interprétations du chef, tant son incroyable direction, égale à celle de Carlos Kleiber pour certains musiciens de Vienne, Munich ou Berlin autant que pour certains auditeurs, impressionne par sa maîtrise et sa capacité à obtenir la plus grande concentration des musiciens. Mais sa septième berlinoise avant une tournée de festivals en août dernier a prouvé qu’en terme de message et d’unité, Kleiber n’est pas encore atteint, impression également ressentie lors de cette Missa Solemnis, malgré plusieurs moments géniaux.

D’abord, le chef peine à choisir entre modernité et baroque, avec un timbalier aux baguettes très mates et de nombreuses parties très nettes à l’orchestre, quand d’autres passages affichent une approche beaucoup plus moderne. Le Kyrie permet de découvrir le quatuor vocal, avec déjà un défaut d’éclat chez la soprano, , Lulu dans la même salle pour Petrenko et bientôt Salomé cette saison. Elle limite encore plus l’élévation du Gloria et surtout le Credo, là où en plus d’être peu lumineux à l’aigu, son timbre s’approche trop dans le médium de celui de la mezzo-soprano . Elle aussi habituée à Petrenko, notamment pour Wagner, la chanteuse en troupe à Munich illumine ses parties et se démarque du groupe comme des ensembles avec chœurs par l’excellent placement de la voix et la ligne de chant, malgré un vibrato quelque peu prononcé. ne parvient pas à se distinguer autant mais montre un chant intègre, avec de belles relances, notamment au Quoniam tu solus sanctus. complète avec une belle couleur de graves cette distribution principalement issue de la troupe du Bayerische Staatsoper, d’un très bon niveau, bien que peu à même de concurrencer les artistes internationaux souvent utilisés dans cet ouvrage.

Le Chor der Bayerischen Staatsoper préparé par démontre à nouveau qu’il n’est pas qu’un chœur d’opéra, même s’il ne peut faire oublier son rival munichois, peut-être le plus grand chœur de concert au monde actuellement : le Chor des Bayerischen Rundfunks – utilisé notamment par Bernard Haitink pour l’œuvre en 2014 dans la capitale de Bavière, et par Christian Thielemann dans une version superbement architecturée à Salzbourg en 2016. Surtout, les sopranos placées en première ligne se désaccordent rapidement du reste du groupe, au point de devenir franchement problématiques lors du Resurrexit, accompagnées par des trompettes elles-aussi quelques peu discutables.

De la direction de Kirill Petrenko, la partie la plus impressionnante reste, pour le spectateur attiré par l’œil, le début d’un Gloria marqué par les grands gestes et coups extrêmement nerveux, au risque de fatiguer les cordes pour tout le reste de l’œuvre. Le traitement du chœur à l’Incarnatus est serait vraiment sublime si les pupitres de bois offraient l’évanescence à laquelle parviennent les meilleurs orchestres allemands. L’élévation revient encore grâce au chef au début du Sanctus, très rapidement limité par les sopranos et par la première d’entre elles, . Cela avant de mettre en avant de façon très surprenante le premier violon de David Schultheiß, d’une bonne qualité mais préparé comme pour une pièce concertante pendant cet interlude du Praeludium, pour conduire à un Benedictus là encore mis en défaut par la soprano.

L’Agneus Dei conclut une interprétation très travaillée et très précise qui témoigne du souci du chef à traiter chaque section de manière dramatique, laissant toutefois le sentiment religieux à distance. Le traitement relativement mat de certaines parties, à l’image de l’accord final, laisse un public finalement peu dynamisé applaudir convenablement cette prestation, sans exulter comme il a su le faire récemment lors d’autres prestations de Kirill Petrenko.

Crédit photographique : © Wielfried Hösl

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Mots-clefs de cet article
  • Michel LONCIN

    Quelle mouche à piqué les Berliner Philharmoniker de ne pas élire Christian Thielemann qui fait les beaux jours à Dresde … ?

    • Marie Christine

      Entièrement d’accord !

  • Correction faite sur le nombre d’engagements

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