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Haitink et la Radio Bavaroise face au grand œuvre beethovénien

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Munich. Philharmonie. 23-II-2019. Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Meeresstille und glückliche Fahrt op. 112 pour chœur et orchestre ; Symphonie n° 9 op. 125. Avec : Sally Matthews, soprano ; Gerhild Romberger, mezzo-soprano ; Mark Padmore, ténor ; Gerald Finley, basse. Chœur de la Radio bavaroise (préparé par Yuval Weinberg). Orchestre Symphonique de la Radio Bavaroise, direction : Nuno Coelho (op. 112) et Bernard Haitink (op. 125)

52774235_10157046489562232_8679456373466988544_oMalgré la fatigue du chef, il y a beaucoup à admirer dans une interprétation mêlant lenteur et richesse des timbres.

On aimerait, dans les critiques de concert, ne parler que musique ; ce n’est hélas pas toujours possible. Quelques semaines avant son 90e anniversaire, a annoncé qu’il ne dirigerait aucun concert la saison prochaine, et une bronchite la semaine dernière l’a conduit à restreindre ses activités : c’est pourquoi il laisse pour ses concerts annuels avec l’Orchestre de la Radio Bavaroise son jeune assistant Nuno Coelho diriger la première œuvre du programme. Même pendant la Neuvième symphonie, à vrai dire, l’état de fatigue du chef est patent, a fortiori par comparaison avec son concert à Luxembourg moins de trois semaines plus tôt. Le concert de la veille avec le même programme s’était achevé par un accès de faiblesse du vénérable chef : ce n’est pas le cas ce soir, mais le spectateur peut difficilement s’abstraire de ce contexte.

Si le concert, dans ces conditions, ne suscite pas le même éblouissement que le Requiem allemand de l’an passé, la fatigue visible du chef n’y est sans doute pas étrangère. Reste que ce qu’on entend ici, toutes considérations extra-musicales mises à part, offre beaucoup de moments d’une beauté stupéfiante et une conception d’ensemble d’une grande force – et la comparaison avec la Septième symphonie que dirigeait le même chef il y a deux semaines à Luxembourg confirme que, même fatigué, Haitink ne dévie pas de sa trajectoire artistique. Le premier élément marquant ici est sans nul doute la mise en avant des vents, en plein accord avec ses options dans la Septième symphonie deux semaines plus tôt. Ce choix a comme intérêt de mettre en avant la polyphonie, au risque de mettre en péril par moments le flux de la musique, d’autant que Haitink marque avec une grande netteté les carrures rythmiques. Dans le premier mouvement notamment, le sentiment d’une musique à l’arrêt s’installe par moments, à vrai dire souvent compensé par la simple beauté sonore qu’il sait obtenir de musiciens qui sont tout dévoués à un chef qui leur aura tant donné. Ce n’est pourtant qu’ensuite, notamment dans le deuxième mouvement et dans le premier quart d’heure du finale, que la lenteur des tempi choisis par Haitink s’affirment. Mais le chef sait faire vivre cette lenteur, avec une intensité variable, mais sans tomber pour autant dans l’emphase ou la platitude.

L’autre héros de la soirée est naturellement le . Le quatuor de solistes de très haut niveau fait merveille, et tout d’abord le solo d’airain de . Mais un tel chœur est simplement irremplaçable par sa clarté et son éloquence. Dans Meeresstille déjà, sa cohérence et sa souplesse font merveille, plus qu’un accompagnement trop indécis, et le chœur peut donner toute sa mesure dans le finale de la symphonie. L’orchestre et le chœur, guidés par Haitink, laissent éclater cette conclusion triomphale non dans son irrésistible pompe, mais dans la force sensible du message humaniste de Beethoven. Toutes réserves de détail considérées, public et musiciens  peuvent communier dans leur gratitude à l’égard d’un chef d’exception qui, une fois encore, dans des circonstances difficiles, leur aura offert des perspectives nouvelles sur des œuvres si connues.

Crédit photographique : © Symphonieorchester des Bayerischen Rundfunks

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Munich. Philharmonie. 23-II-2019. Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Meeresstille und glückliche Fahrt op. 112 pour chœur et orchestre ; Symphonie n° 9 op. 125. Avec : Sally Matthews, soprano ; Gerhild Romberger, mezzo-soprano ; Mark Padmore, ténor ; Gerald Finley, basse. Chœur de la Radio bavaroise (préparé par Yuval Weinberg). Orchestre Symphonique de la Radio Bavaroise, direction : Nuno Coelho (op. 112) et Bernard Haitink (op. 125)

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