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Bien sages Fêtes Vénitiennes à Mars en Baroque

Festivals, La Scène, Musique d'ensemble

Marseille. Théâtre national de La Criée. 9-III-2019. André Campra (1660-1744) : Les Fêtes Vénitiennes (Prologue, l’Amour Saltimbanque, Les Sérénades et les Joueurs). Maria Cristina Kiehr, Lise Viricel, Alice Duport-Percier, sopranos ; Sylvain Manet, contreténor ; Sean Clayton, ténor ; Romain Bockler, baryton. Concerto Soave, Jean-Marc Aymes : clavecin et direction

thumbnailLe Théâtre de La Criée à Marseille a accueilli une version de concert des Fêtes Vénitiennes de Campra par le , dirigé par . Malgré une réalisation musicale irréprochable, il manquait ce soir-là l’idée de spectacle consubstantielle à l’opéra-ballet.

Pendant un mois, Marseille vit au rythme du baroque grâce au festival Mars en Baroque. Pour sa dix-septième édition, , le directeur artistique, a choisi de nous faire partager l’émotion du geste créatif en nous invitant  « dans l’atelier du musicien ». Ce festival original qui se veut ouvert à tous les arts en suivant le fil conducteur du baroque propose, en marge des concerts, des conférences, des ateliers, des parcours dans les musées, des spectacles pour enfants et beaucoup d’autres initiatives transversales. Ainsi, pour le concert des Fêtes Vénitiennes au Théâtre de La Criée, un livret interactif a été conçu par des étudiants en arts graphiques qui ont suivi tout un parcours pédagogique autour de la production du spectacle.

C’est une version écourtée du célèbre opéra-ballet de Campra qui est donnée au public marseillais : en un prologue et deux entrées parmi les quatre dans l’œuvre originale de 1710, le en grand effectif propose une évocation des intrigues galantes sur fond de carnaval. On sait la grande fortune qu’eut ce ballet durant toute la première moitié du XVIIIe siècle, durant laquelle il fut repris plus de deux cents fois sur la scène parisienne. Après des années de tragédies lyriques lullystes, le public est avide de comédies et de légèreté, ce que Campra, nourri aux parfums italiens de sa Provence natale, sait lui offrir avec éclat.

L’orchestre est parfait de bout en bout, dans des conditions rendues un peu périlleuses par la position très excentrée du chef : discrétion et efficacité de la direction de Jean-Marc Aymes depuis son clavecin sur le côté de la scène, heureusement admirablement relayé par le premier violon de , dont la précision des attaques et la musicalité du geste font merveille. Quant à la distribution vocale, deux chanteurs la dominent : la soprano et l’excellent baryton , faisant tous deux preuve d’une belle présence scénique. Citons également les interventions remarquées d’ dans la dernière entrée.

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Comme nous le rappelle le prologue figurant le triomphe de la Folie () sur la Raison (Maria Cristina Kiehr), c’est la première des deux qui est la reine du Carnaval. Le concert donné ce soir manque d’un grain de folie. On se souvient de la mise en scène de Robert Carsen pour les Fêtes Vénitiennes des Arts Florissants en 2015. Bien sûr, on ne peut pas comparer : une mise en scène coûte cher et la musique de Campra est suffisamment intéressante pour qu’on l’entende pour elle-même. Mais l’argument plutôt débridé de cet opéra galant et le thème même du Carnaval auraient pu être prétextes à plus de fantaisie, comme le laissaient imaginer les photos pleines d’inventivité de la plaquette du festival. Le sujet même de cette œuvre festive amène à se poser la question de la légitimité des versions de concert. Que reste-t-il à un ballet sans danseurs, à une fête sans costumes et décors ? Cela nous fait dire, en écho à l’article de Dominique Adrian paru dans notre rubrique « Opinions » : « Donnez-nous du baroque ! ».

Crédits photographiques : © François Guéry, Christian Glaenzer

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