Robert le Diable à Bruxelles : un rythme infernal

La Scène, Opéra, Opéras

Bruxelles. Bozar. 2-IV-2019. Giacomo Meyerbeer (1791-1864) : Robert le Diable. Version de concert. Dmitry Korchak, Robert ; Nicolas Courjal, Bertram ; Lisette Oropesa, Isabelle ; Yolanda Auyanet, Alice ; Julien Dran, Raimbaut. Académie des chœurs de la Monnaie. Orchestre symphonique et chœurs de la Monnaie, direction : Evelino Pidò

Lisette OropesaMeyerbeer est un des compositeurs tristement mal aimés en France, et il faut parfois s’exiler chez nos amis belges ou allemands pour aller apprécier les grands opéras de celui qui fit en son temps les riches heures de l’Opéra de Paris.

Ainsi, ce Robert le Diable en version de concert justifiait entièrement le déplacement à Bruxelles. Avec certes beaucoup de coupures (notamment, les ballets et nombre des récitatifs), la totalité de l’œuvre passe très bien, avec trois heures condensées et resserrées autour d’une œuvre absolument charmante et envoûtante, mais qui décidément ne plaît pas autant que Les Huguenots ou Le Prophète. Pourtant, les difficultés vocales y sont tout aussi présentes et réunir nombre de chanteurs principaux pour pourvoir remporter le défi de pièces vocales exigeantes relève de la gageure : amateurs d’histoires rocambolesques et amateurs de voix trouvent dans ces œuvres de quoi vivre des heures d’extase. C’est ainsi que cette représentation en version de concert remporte l’adhésion totale.

En premier lieu, la reine de la soirée, dans le rôle d’Isabelle ; elle y développe toute la suprématie vocale qu’elle possède sans faille, étant à l’apogée de ses moyens : sons filés, aigu victorieux, colorature mathématique, tout y est absolument à sa place. De plus, sa qualité suprême est de parvenir à créer des lignes superbes dans le phrasé, créant de réelles tensions dramatiques à des moments plus faibles de l’ouvrage. L’équilibre était difficile à obtenir avec le second rôle féminin, qui est finalement celui qui a bénéficié des nombreuses innovations musicales de Meyerbeer à l’époque de l’écriture de l’œuvre : trios a capella, tessiture hybride, urgence dans l’action. , malgré parfois un vibrato un peu encombrant, s’est néanmoins révélée terriblement présente et impériale (malgré le fait que le rôle d’Alice soit celui d’une paysanne vertueuse). Elle possède une autorité qui lui ouvre habituellement des rôles plutôt spinto, mais elle tente avec succès de suivre le rythme quand il s’agit de donner plus de souplesse à sa voix.

Les voix masculines sont plus en retrait, mais ne déméritent nullement. est très en forme vocalement, et il faudra certainement éprouver une nouvelle fois le rôle, peut-être sur scène avec costumes et décors pour lui permettre une appropriation totale. , habitué des rôles belcantistes, très en forme également, parvient à atteindre toutes les contre notes attendues, malgré la fâcheuse tendance de ralentir considérablement le tempo. Toutefois, sa voix pleine et bien timbrée permet d’apprécier l’effort du ténor face à un rôle démoniaque par ses difficultés, quand bien même un peu plus de profondeur dans le personnage aurait pu être intéressant. Enfin, Julien Dran rend un beau service dans son air du premier acte dans le rôle de Raimbaut.

La direction d’ est plus fouillée que ce qu’il propose habituellement dans les opéras rossiniens dont il est un ardent défenseur. Sans verser dans une démonstration hystérique, il maintient un dynamisme constant et attentif , étant pour cette version de concert dont on perçoit les gros efforts de travail de toute l’équipe, un ardent défenseur d’une musique dont on ne peut que souhaiter qu’elle soit plus souvent présente dans nos contrées françaises.

Crédit photographique : © Crystal Green

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