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Un Andrea Chénier d’anthologie avec Roberto Alagna à Londres

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Londres. Covent Garden. Royal Opera House. 24-V-2019. Umberto Giordano (1867-1948) : Andrea Chénier, Opéra en quatre actes sur un livret de Luigi Illica. Mise en scène : Sir David McVicar. Décors : Robert Jones. Costumes : Jenny Tiramani. Lumières : Adam Silverman. Avec : Roberto Alagna, Andrea Chénier ; Sondra Radvanovsky, Madeleine de Coigny ; Dimitri Platanias, Carlo Gérard ; Rosalind Plowright, Comtesse de Coigny ; Christine Rice, Bersi ; Stephen Gadd, Fléville ; Adrian Clarke, Mathieu ; Aled Hall, L’abbé ; Carlo Bosi, L’Incroyable ; David Stout, Roucher ; Jeremy White, Schmidt ; Elena Zilio, Madelon ; Eddy Wade, Fouquet-Tinville ; German E Alcantara, Dumas ; John Cunningham, Le Majordome. Royal Opera Chorus. Orchestra of the Royal Opera House Covent Garden, direction: Daniel Oren

ROYAL OPERAAvec cette  production, désormais classique, d’Andrea Chénier d’, dans la mise en scène de , , associé à et , fête somptueusement sa 100e représentation au Royal Opera House de Covent Garden.

Compositeur de la jeune école vériste , restera pour la postérité comme le compositeur d’un seul opéra, Andrea Chénier, qui nous conte les amours malheureuses du téméraire poète et de la rêveuse Madeleine de Coigny, emportés dans la tourmente révolutionnaire qui les conduira tous deux à la mort, trois jours avant la chute de Robespierre. Andrea Chénier, créé triomphalement à la Scala de Milan en 1896, est un « opéra de chanteurs », étape obligée de toute carrière de ténor ou de soprano. Sa création londonienne remonte au 11 novembre 1905 avec Giovanni Zenatello, Irma Strakosch et Mario Sammarco, repris en 1907 par Caruso et Emmy Destinn, Il n’a cessé depuis de réunir des couples mythiques comme Callas et Del Monaco en 1954, plus récemment Jonas Kaufmann et Eva-Maria Westbroek en 2015, et aujourd’hui et .

Paradoxalement non révolutionnaire, la mise en scène bien connue de Sir en reste à un confortable premier degré, sans transposition temporelle. Force est d’avouer que l’argument historique, avec la présence de Robespierre ou Fouquier-Tinville, ne s’y prête guère et limite sévèrement toute velléités novatrices de la part du metteur en scène. On se contentera donc du très bel écrin concocté par Robert Jones (décors) et Jenny Tiramani (costumes) en quatre tableaux couvrant la Révolution depuis ses prémisses jusqu’à la Terreur : le luxueux salon au I, le Café Hottot avec la statue de Marat au II, le Tribunal au III et la prison au IV. Mais, avouons-le, l’intérêt majeur de cette production réside surtout dans un casting vocal et scénique de haute volée réunissant pour la première fois, Roberto Alagna, Sondra Radvanovsky et sous la direction musicale aguerrie de .

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Après des débuts au ROH remontant à 1992, avec La Bohème de Puccini, Roberto Alagna campe, ici, un splendide Chénier parfaitement convaincant vocalement et scéniquement. Si le timbre a perdu au fil du temps un peu de brio, il a assurément gagné en rondeur, en nuances, mais aussi en émotion exprimant dans son chant toutes les douleurs de l’âme, ses doutes et sa bravoure, depuis le chant d’amour du I : « Un di all’azzurro spazio » jusqu’au pathétique adieu du IV dont la première phrase : « Come un bel di di maggio » reprend les mots du dernier poème connu d’André Chénier, précédant le duo final : « Vicino a te s’acqueta » où le ténor semble quelque peu mis à mal par la fatigue et par la puissance de sa partenaire. Sondra Radvanovsky propose une prestation en tous points phénoménale, vocalement par sa puissance d’émission qui jamais n’entrave la souplesse de la ligne, par les couleurs de son chant poussant l’émotion à son comble avec des notes filées dans l’aigu d’une longueur stupéfiante, sans jamais détimbrer, mais aussi par son implication scénique, depuis l’insouciance du I jusqu’au poignant et halluciné « La Mamma morta » du III qui embrase la salle pendant de longues minutes. Dimitri Platanias dans le rôle de Gérard complète cet inoubliable trio, donnant toute sa mesure dans le III qui n’est pas sans rappeler Tosca de Puccini. Tout ici sonne juste, le geste et la note dans un véhément « Nemico della patria ». Le timbre est rond, la tessiture large, le legato bouleversant et le jeu convaincant, mêlant noblesse, fureur, amour, jalousie et finalement remords.

Les rôles secondaires ne déparent pas dans cette superbe distribution, fait valoir son beau baryton dans un Roucher plein d’entrain, la Madelon d’ émeut malgré un chant qui porte la patine des ans avec un vibrato marqué, , qui chantait en son temps le rôle de Madeleine aux cotés de José Carreras,  séduit aujourd’hui encore par son allant scénique et la fraîcheur de sa voix dans le rôle de la Comtesse de Coigny. La Bersi de , par son énergie, et L’Incroyable de , par son ambiguïté subtile, nous font regretter la modestie de leur rôle respectif, tout comme le , assez peu sollicité dans cette œuvre. En revanche, l’orchestre du ROH est un acteur à part entière, complice grâce à la direction claire et équilibrée de qui fait valoir toute la richesse de l’orchestration, tant au niveau des pupitres (harpes et violoncelles) qu’au niveau de la mise en avant soignée des contrechants.

Avec cet Andrea Chénier mémorable Alagna, Radvanovsky et Platanias s’inscrivent indiscutablement dans l’histoire du ROH.

Crédits photographiques : © ROH 2019 / Catherine Ashmore

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Londres. Covent Garden. Royal Opera House. 24-V-2019. Umberto Giordano (1867-1948) : Andrea Chénier, Opéra en quatre actes sur un livret de Luigi Illica. Mise en scène : Sir David McVicar. Décors : Robert Jones. Costumes : Jenny Tiramani. Lumières : Adam Silverman. Avec : Roberto Alagna, Andrea Chénier ; Sondra Radvanovsky, Madeleine de Coigny ; Dimitri Platanias, Carlo Gérard ; Rosalind Plowright, Comtesse de Coigny ; Christine Rice, Bersi ; Stephen Gadd, Fléville ; Adrian Clarke, Mathieu ; Aled Hall, L’abbé ; Carlo Bosi, L’Incroyable ; David Stout, Roucher ; Jeremy White, Schmidt ; Elena Zilio, Madelon ; Eddy Wade, Fouquet-Tinville ; German E Alcantara, Dumas ; John Cunningham, Le Majordome. Royal Opera Chorus. Orchestra of the Royal Opera House Covent Garden, direction: Daniel Oren

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