Herbert Blomstedt et la Radio bavaroise en terres nordiques

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Munich. Philharmonie. 31-V-2019. Jean Sibelius (1865-1957) : Symphonie n° 4, op. 63 ; Wilhelm Stenhammar (1871-1927) : Intermezzo de la cantate Sången, op. 44 ; Felix Mendelssohn Bartholdy (1809-1847) : Symphonie n° 3, op. 56. Orchestre symphonique de la Radio bavaroise ; direction : Herbert Blomstedt

20190528_Blomstedt©PMeisel_212-800x600Pleinement suivi par l’orchestre, offre des interprétations très personnelles et abouties de Sibelius et Mendelssohn.

On a beaucoup entendu , ces dernières années, diriger Bruckner et Mahler, sans doute parce que c’est ce que les orchestres lui demandent d’abord ; son répertoire reste cependant beaucoup plus vaste que cela, et l’édition 2019 de son passage à Munich l’aura montré. Les deux symphonies au programme sont toutes deux en la mineur, et toutes deux ont à voir avec un imaginaire du grand Nord : il y a là une forme de cohérence, mais le dépouillement de Sibelius et les contrastes dramatiques du paysage écossais découverts par Mendelssohn constituent aussi une opposition fructueuse.

Blomstedt avait enregistré la Symphonie n° 4 de Sibelius il y a près de trois décennies avec son Orchestre de San Francisco ; les grandes lignes de son interprétation n’ont pas varié, et il prend au mot l’hostilité de Sibelius au « cirque » musical de son temps, auquel cette symphonie est une réponse. La profusion des couleurs n’est jamais un but en soi pour Blomstedt, et sa faculté à donner du relief et à animer des atmosphères plus pâles, plus dépouillées est naturellement à sa place ici plus que nulle part ailleurs. La hauteur de ton et le renoncement à tout effet, narratif, descriptif, expressif sont radicaux chez ce chef que l’âge n’a certainement pas assagi. Il va de soi que la lenteur du premier mouvement est ici concentration sur l’essentiel, le chant du violoncelle est frémissant d’émotion rentrée – le dépouillement, pour Blomstedt, est tout sauf fadeur et mollesse. Les appels des cuivres se colorent du voile de l’irrémédiable, et tout dans ce dépouillement est porté par un souffle d’humanité palpitante.

La seconde partie s’ouvre par le bref intermède symphonique d’une cantate de Stenhammar, d’une belle ampleur, mais ce n’est guère qu’un prélude au grand moment d’orchestre qui suit. Musique absolue, la Troisième symphonie de Mendelssohn l’est aussi, malgré le qualificatif d’« Écossaise » que la tradition lui a attribué contre la volonté du compositeur. Mais si elle n’a pas de programme, elle donne beaucoup à voir dans l’interprétation de Blomstedt et des musiciens de l’orchestre. Cette symphonie figure elle aussi dans la discographie du chef à San Francisco : ici, la liberté de trait est bien supérieure. Dans sa palette sonore où les couleurs chaudes sont rares, cette interprétation a une parenté évidente avec celle de Sibelius, mais le monde qu’elle dessine est bien différent. Ici, le vent souffle, les grands espaces se dévoilent, les chansons populaires résonnent vivement (la radieuse mélodie de clarinette du deuxième mouvement). Les contrastes marqués, de dynamique ou de tempo, que Blomstedt dégage dans la partition ne sont pas des effets gratuits, encore moins une déformation du texte : rien n’est anecdotique ici, parce que Blomstedt souligne bien, pour plagier Beethoven, qu’il s’agit d’exprimer des sensations plutôt que de mimesis – les carnets de Mendelssohn montrent bien combien il a été impressionné par ce qu’il a vu en Écosse. On est très loin ici de l’hédonisme altier d’un Abbado dans cette œuvre, mais ces deux approches opposées ont chacune leur justification.

L’Orchestre de la Radio Bavaroise, qui sait si bien offrir à Mariss Jansons les couleurs chaleureuses qu’il privilégie souvent, répond avec tout autant d’empressement aux demandes presque inverses de Herbert Blomstedt. Les solistes de l’orchestre ne manquent pas d’occasions ici de montrer leur capacité, et ils le font avec cet engagement absolu qui ne peut exister que quand l’alchimie avec un chef fonctionne ; même si Blomstedt n’est pas homme à tyranniser ses troupes, on sent bien que chaque couleur, chaque attaque, chaque respiration est pensée et voulue par lui.

Crédits photographiques : © Peter Meisel/Symphonieorchester des Bayerischen Rundfunks (répétition pour ce concert)

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