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Mariss Jansons dirige l’Orchestre Philharmonique de Vienne au TCE

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Paris. Théâtre des Champs-Élysées. 4-VI-2019. Robert Schumann (1810-1856) : Symphonie n° 1 en si bémol majeur op. 38 dite « Le Printemps » ; Hector Berlioz (1803-1869) : Symphonie fantastique op. 14. Wiener Philharmoniker, direction : Mariss Jansons

5b0825e4a7293Alors qu’on célèbre à Vienne le 150e anniversaire du Wiener Staatsoper, les Wiener Philharmoniker restent fidèles à leur traditionnel rendez-vous parisien, avenue Montaigne, dirigés aujourd’hui par un fatigué dont l’interprétation peine à convaincre.

Il faut reconnaître que depuis 1924 les liens sont forts entre les Wiener Philharmoniker et le Théâtre des Champs-Élysées, renforcés par une résidence exceptionnelle établie depuis 1990. Chacun de leur passage prend, dès lors, valeur d’évènement musical, conforté encore pour l’occasion par la présence sur l’estrade de . Immense chef, comptant depuis des années parmi les plus grands, c’est à petits pas comptés que le célèbre chef letton, aujourd’hui âgé de 76 ans, s’achemine vers le pupitre pour diriger, le plus souvent assis, ce concert de gala au programme très romantique associant la Symphonie n° 1 de et la Symphonie fantastique d’. Deux œuvres bien connues, toutes deux portées par l’amour où la vision printanière de l’une répond aux visions hallucinées de l’autre dans un contraste saisissant qui fait tout l’intérêt de ce programme… mais ce soir, hélas, les héros sont fatigués !

Si les performances solistiques de la prestigieuse phalange viennoise ne sont pas en cause, c’est en revanche la lecture que fait Mariss Jansons de ces deux œuvres qui prête à discussion par un constant manque de dynamique, par des tempi trop lents et par des ruptures rythmiques répétées et inopportunes. Point d’enthousiasme, ni de frissons pour ce concert qui se résume rapidement à un bel exercice d’orchestre….

La Symphonie n° 1 de , composée en 1841, toute imprégnée de joie et d’amour au lendemain de son mariage avec Clara, apparaît, ici, bien terne, appliquée, musicalement sans faute, mais aussi sans saveur, dépourvue d’une quelconque émotion. Le premier mouvement, L’éveil du printemps, fait valoir de magnifiques cordes pénalisées par un phrasé plus lourd que majestueux. Le second, Le Soir, plus lyrique met en avant un splendide pupitre de violoncelles. Le troisième, Joyeux compagnons, fait la part belle à la petite harmonie, tandis que le quatrième, Adieu au Printemps, sans fantaisie, se résume aux belles prestations de la flûte et du cor.

Pour qui se souvient de la lecture magistrale et innovante de Sir John Eliot Gardiner à la tête de son Orchestre Révolutionnaire et Romantique, ou encore de celle, très engagée, de Valery Gergiev face à l’Orchestre de Paris, cette Symphonie fantastique conduite par Mariss Jansons paraitra bien pâlichonne et apathique, sans relief et exempte de toute sensualité. Si Rêveries et Passions ne semble se consacrer qu’aux rêves, favorisant un lyrisme mélancolique mais oubliant le drame, usant de toutes les ressources des cordes, Un Bal manque d’allant malgré l’élégance des arpègements de harpes, Scène aux champs bénéficie d’une spatialisation sonore du plus bel effet dans le dialogue du cor anglais, du hautbois et des timbales, tandis que Marche au supplice retrouve enfin un peu de dynamisme dans sa progression inexorable scandée par bassons, timbales et cuivres se déployant sur un phrasé plus solennel qu’effrayant. Nonobstant sa lenteur, Songe d’une nuit de sabbat est, en revanche, le mouvement assurément le plus réussi, par sa tension, par sa clarté, par son impeccable mise en place, par son foisonnement de timbres (petite clarinette, piccolo, cloches) auxquels s’associent les glapissements des cuivres, les glissandi des bois, dans une orgie sonore qui conclut de façon très théâtrale ce rendez-vous en demi-teinte.

Crédit photographique : Mariss Jansons © Marco Borggreve

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Paris. Théâtre des Champs-Élysées. 4-VI-2019. Robert Schumann (1810-1856) : Symphonie n° 1 en si bémol majeur op. 38 dite « Le Printemps » ; Hector Berlioz (1803-1869) : Symphonie fantastique op. 14. Wiener Philharmoniker, direction : Mariss Jansons

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  • Marie Christine

    Le chef était visiblement fatigué (malaise à Vienne à l’issue du précédent concert, deux jours auparavant) mais a malgré tout tenu à assurer la représentation, ce qui est tout à son honneur.

    Magnifique Philharmonique de Vienne (comme à l’accoutumée). Une symphonie fantastique très différente de celle qui avait été enregistrée avec Georges Prêtre quelques années auparavant mais non dépourvue d’intérêt et de panache. Personnellement j’ai passé une excellente soirée.

  • Antoine C

    Comme pour le concert de Paavo Jarvi il y a quelques semaines, je déplore un manque d’une objectivité minimale qui serait salutaire pour l’auteur de la critique (Mravinsky a dû se retourner dans sa tombe). Dès que j’ai entendu les premières notes de Schumann, j’ai immédiatement imaginé les réactions de ronchons que cela allait produire, et cela n’a pas manqué…

    Tout d’abord, Mariss Jansons était certes fatigué, ce qui était prévisible à la vue de la cause sur scène, mais en conclure que tout était donc fatigué et qu’il n’a pas décollé de sa chaise n’est pas exact – il a passé une grande majorité du concert debout.

    Il est vrai que la lenteur n’est pas aisée à apprécier, surtout celle-là qui n’était pas celle d’un Schumann-Bernstein, même si les tempi n’en étaient pas éloignés. Mais ne pas avoir eu d’émotions c’est ne pas avoir savouré les contrechamps si magnifiquement flattés, l’équilibre des sonorités, une plénitude assumée qui rendaient cette interprétation si généreuse (et radieuse ?).

    Il est vrai que la lenteur parait encore plus contre-intuitive dans Berlioz mais encore, il est trop facile de ne pas rechercher là une interprétation. Si ce n’est pas la Fantastique que je réécouterai à l’envi, j’ai trouvé cette vision très intéressante. D’abord pour l’orchestre qui suit et assume tout ce que le chef demande. Et ensuite par une dramaturgie réinventée, qui donnait vraiment corps à la partition, à un Faust qui fautait, savourait, payait, sombrait ; une autre forme de théâtre musical.

    Il faudra peut-être se réhabituer à des interprétations dé-baroquisées, d’un certain fétichisme de la dynamique et de la rapidité – et pour cela ce concert était parfait ! D’ailleurs, il ne faut pas oublier qu’au crépuscule de sa vie, Colin Davis a gravé une Fantastique aussi lente…

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