Denis Podalydès emmène le Comte Ory au théâtre ce soir

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Gioachino Rossini (1792-1868) : Le Comte Ory, opéra en deux actes sur un livret d’Eugène Scribe. Mise en scène : Denis Podalydès. Décors : Eric Ruf. Costumes : Christian Lacroix. Lumières : Stéphanie Daniel. Avec : Philippe Talbot, Le Comte Ory ; Julie Fuchs, la Comtesse ; Gaëlle Arquez, Isolier ; Ève-Maud Hubeaux, Dame Ragonde ; Patrick Bolleire, Le Gouverneur ; Jean-Sébastien Bou, Raimbaud ; Jodie Devos, Alice ; Léo Reynaud et Laurent Podalydès, comédiens. Chœur Les Éléments. Orchestre des Champs-Élysées, direction : Louis Langrée. 1 DVD C Major. Enregistré les 27 et 29 décembre 2017 à l’Opéra Comique, Paris. Durée : 150 min

 

LCOLe Comte Ory est un faux cadeau pour un metteur en scène. La mise en scène créée à l’hiver 2017 à l’Opéra Comique fait, en DVD, les frais du manque d’ambition de son traitement au premier degré.

La gent féminine de tout un village en chaleur autour d’un Don Giovanni de basse-cour en rut au temps des Croisades : voilà, entre érotisme et humour, un scénario d’opéra bien périlleux. « C’est une étrange entreprise que celle de faire rire les honnêtes gens », reconnaissait le fondateur de la Comédie Française. Trois siècles plus tard, c’est encore et toujours ce qu’il y a de plus délicat à mettre en scène. A moins d’opter pour l’inconséquence du Boulevard. C’est hélas le choix d’un des sociétaires de la Maison de Molière les plus estimés aujourd’hui : .

Ce qui passait depuis la salle et a réjoui le Tout-Paris de l’hiver 2017 peine à dérider en DVD, quand il ne consterne pas. Dans un fouillis généralisé aux poses convenues, dans l’illisibilité de chiches idées soudain plaquées (le ruban déployé à la fin du I ?), tout apparaît surligné. Choristes et solistes surjouent de vagues indications de jeu, invités à combler les blancs par leur propre sens de l’humour. Ainsi joue à jouer mais ne semble pas y croire. est bien seul, les six minutes de son air Veiller sans cesse n’ayant jamais paru aussi interminables. L’impatience des retrouvailles avec la merveilleuse doit céder le pas devant le gros trait et la roue libre d’une Ragonde caricaturée en Alice Sapritch de La Folie des grandeurs. Même déception avec le formidable , ici réduit à faire rire en soulevant la bure de sa robe en-dessous de la ceinture et au-dessus du genou. N’en jetez plus ! Quant à , dans cette mise en scène, avec ou sans faux-nez, il manque un brin de la nécessaire séduction qui l’autoriserait à échapper à la seule farce. Seul rescapé de ce corps de garde, le merveilleux Isolier de , aussi juste aujourd’hui en garçon que naguère en Carmen. Un CD aurait davantage rendu justice aux mérites, déjà détaillés dans ces colonnes, de cette distribution exemplaire, du chœur comme de la direction percutante de à la tête de l’.

Devant la déception scénique de ce spectacle de fin d’année, on réévalue forcément la version Pelly. Et l’on rêve à ce que l’imagination sans frein, la classe, et surtout la direction d’acteurs d’un Carsen saurait apporter au Comte Ory. En attendant on tente de se consoler avec la belle patine du décor d’, le clair-obscur de l’orage du II, et surtout, bien que Podalydès ne fasse rien de l’amertume qui s’en dégage, les gravures d’époques projetées sur le tulle d’avant-scène, alléchante invite à une judicieuse transposition à l’époque de la création de l’œuvre (1828), laquelle précède de deux ans celle d’une autre Croisade : la colonisation de l’Algérie.

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