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Semiramide intégrale pour l’ouverture du Rossini Opera Festival

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Pesaro. Arena.17-VIII-2019. Gioachino Rossini (1792-1868) : Semiramide (Sémiramis), mélodrame tragique en deux actes sur un livret de Gaetano Rossi. Mise en scène Graham Vick. Décors et costumes, Stuart Nunn. Lumières, Giuseppe Di Iorio. Édition critique de Philip Gossett et Alberto Zedda pour la Fondation Rossini/Casa Ricordi. Semiramide, Salome Jicia. Arsace, Varduhi Abrahamayan. Assur, Nahuel Di Pierro. Idreno, Antonino Siragusa, Azema, Martiniana Antonie. Oroe, Carlo Cigni. Mitrane, Alessandro Luciano. L’ombre de Nino, Sergey Artamonov. Chœur du Teatro Ventidio Basso. Chef de chœur : Giovanni Farina.
Orchestre Symphonique National de la RAI. Direction : Michele Mariotti

Semiramide, dans la version intégrale de 4 heures révisée par et Philip Gosset ouvre la 40ᵉ édition du ROF sous la baguette de dans une nouvelle production signée

Dès les premières notes haletantes de l’ouverture, il est clair que maîtrise chaque nuance de la partition et communique parfaitement avec l’orchestre de la RAI, façonnant en souplesse chaque crescendo, chaque changement de dynamique de cette très longue œuvre, et soutenant à chaque instant les chanteurs libres ainsi de donner tout leur potentiel.

Élément premier et omniprésent du décor, deux yeux gigantesques dans un visage couleur de pourriture verte, raviné de rides, ceux du roi Nino. L’œil est dans la tombe, espace indéfini où se déroule le drame, et observe la reine Semiramide en ses tourbillons fatals.

Elle a tué son mari avec l’aide de son amant Assur, et règne depuis plusieurs années. Elle veut maintenant épouser un jeune guerrier, Arsace, dont fait une femme, …qui se révèlera être Ninia, le fils disparu de Nino et de Semiramide. Les deux personnages sont présentés comme jumelles. Toutes deux portent l’uniforme de la femme de pouvoir : tailleur pantalon et talons hauts, cheveux très courts pour Semiramide et très longs pour Arsace dont Vick accentue ad absurdum la part féminine en exposant complaisamment la jolie poitrine de . Même leurs voix se ressemblent.

Graham Vick, interviewé par un journal de Pesaro, quelques jours avant la première, annonçait que sa Semiramide serait « un travail intime et psychologique qui met en scène les relations familiales entre les gens indépendamment de leur sexe. L’héroïne est une femme qui, pour faire carrière dans un monde d’hommes, abandonne son enfant, » garçonnet que Vick met en scène, pyjama et ours en peluche bleus, lit bleu, visible sur le côté de la scène, du début à la fin, où Sémiramis ira se réfugier pendant l’acte 2. Comment le bleu masculin s’est transformé en féminin, that is the question… à laquelle Vick ne répond pas.

Le chœur chante avec une précision de scalpel et sculpte des ensembles parfaitement calibrés. Il semble être constitué de diplomates, eux aussi en costumes sombres, chacun avec son drapeau peint sur le visage. Inversement, le grand prêtre Oroe et ses mages, sont des sadhus, ascètes mendiants, presque nus sauf des lambeaux d’oripeaux oranges, avec des colliers mallas (sorte de chapelets), des symboles ésotériques dessinés sur leurs corps blanchis de cendres et leurs cheveux longs noués sur la tète en un chignon volumineux. Idreno, dans son grand manteau précieux, est parfaitement représenté en prince indien bollywoodien, comme sa fiancée Azema.

Arsace et les sadhusd'Oroe
Inspirée par la Sémiramis de Voltaire, représentée à la Comédie Française en 1748, la Semiramide de Rossini est un opera seria (mélodrame tragique) dernière œuvre « classique » écrite en Italie pour Isabella Colbran, avant le départ du compositeur pour Paris et leur séparation. Chaque scène de cette suite de pyrotechnies vocales est précédée et prolongée de moments orchestraux. Pour le musicologue Bruno Cagli (auquel ce festival est dédié ainsi qu’à Montserrat Caballé), l’extrême longueur de l’œuvre retrouvée, qu’il considère comme le point culminant de la production rossinienne, permet la synthèse idéale d’une tradition qui a atteint son apogée et réunit les codes de l’opera seria aux inventions de la période napolitaine de Rossini.

est une Semiramide très convaincante, avec un timbre cuivré, presque âpre par moments, perverse à souhait, et d’une sexualité féline agressive aussi bien avec Arsace que dans le duo du deuxième acte avec Assur, traduisant parfaitement la soif de pouvoir et l’arrogance de Semiramide. L’Arsace de , voix de mezzo lisse, brillante et profonde est en parfaite harmonie avec la voix de soprano sombre et puissante de . Après leur duo du premier acte, plein de séduction, le duo du deuxième acte obscurci par le souvenir du meurtre et l’horreur de l’inceste se termine par une étreinte émouvante entre Jicia et Abrahamyan, et leurs deux voix se font intimes et douces.

, baryton, est un Assur d’une violence contenue, surtout dans sa grande scène avec Semiramide et l’air du délire au deuxième acte. est un Oroe plein d’autorité, dont la voix riche, agile et expressive incarne bien son personnage. Les deux airs d’Idreno par , aussi impénétrables qu’inutiles sur le plan dramatique, sont un pur enchantement.

Ce spectacle, coproduit avec l’Opéra royal de Wallonie-Liège, se conclut par une ovation au chef Michele Mariotti, et des huées pour le metteur en scène Graham Vick.

Crédits photographiques : © Studio Amati Bacciardi

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