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Degout et Tiberghien, un très beau duo dans l’intimité des Bouffes du Nord

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Paris. Théâtre des Bouffes du Nord. 7-X-2019. Gabriel Fauré (1845-1924) : La bonne chanson op. 61 (Paul Verlaine) ; Lili Boulanger (1893-1918) : Clairières dans le ciel (Francis James), extraits ; Reflets (Maurice Maeterlink) ; Franz Schubert (1797-1828) : Schwanengesang (les six Leader de Heinrich Heine) ; Claude Debussy (1862-1918) : Fêtes Galantes II (Paul Verlaine) ; Auprès de cette grotte sombre, Crois mon conseil chère Chimène, Je tremble en voyant ton visage (Tristan L’Hermite) ; Hugo Wolf (1860-1903) : Six Lieder (Eduard Mörike). Stéphane Degout, baryton ; Cédric Tiberghien, piano

Aux Bouffes du Nord, et parcourent un répertoire de mélodies et de Lieder en donnant à chaque style toutes ses beautés et toute sa saveur. 

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Dans le très beau décor des Bouffes du Nord, dont le mur du fond rappelle les ruines pompéiennes et la salle évoque des réminiscences XIXᵉ, l’absence de limite entre la scène et la salle évacue la distance habituelle entre spectateurs et interprètes. Pour un public presqu’intégralement serré au parterre, l’intimité avec le chanteur et le pianiste est accentuée par leur proximité. Degout et Tiberghien adaptent à merveille leur présence et leur puissance sonore. La voix est douce, intime, mais peut donner de la force dès qu’il le faut. Le piano paraît d’abord feutré, presqu’un peu voilé, créateur d’une atmosphère qui sied au Fauré de La bonne chanson, dont nous campe d’emblée les descriptions subtiles et complexes. Un léger roulement des R préserve le style de l’époque, mais la diction plus moderne évite le caractère ampoulé des chanteurs d’autrefois. La voix est particulièrement homogène du plus grave au plus aigu : un atout précieux pour préserver le texte des poèmes, même si parfois l’acoustique rend certains mots moins faciles à bien entendre. Avec plus de lyrisme dans « La lune blanche… », il se retient pour un très élégant aigu sur le vers final « C’est l’heure exquise. » Le piano, très fluide, crée un fond sonore, davantage qu’il ne dialogue avec le chant, comme le veut l’écriture de Fauré.

Les quelques mélodies de la jeune sœur de Nadia Boulanger, Lili, morte à 24 ans en 1918 et première femme à remporter le grand prix de Rome de composition musicale, ont été composées dans les années 1910. Le piano y trouve une place importante, pour une musique d’atmosphère, dans laquelle il contraste parfois vivement avec le chant. Stéphane Degout donne un beau lyrisme à des récitatifs qui évoquent le Debussy de Pelléas, avec des effets d’une grande poésie et de subtils moments très piano.

Il introduit les six Leader du Schwanengesang composés sur des poèmes de Heinrich Heine, en donnant de chacun un court résumé en français, utile pour les non germanophones, avec un léger humour qui crée le contact avec le public, comme dans un salon de musique entre amis. l’écoute avec grâce. Leurs Schubert sont très convaincants. On les comprend encore mieux que la mélodie, parce que l’écriture de Schubert le permet et que la diction est à la fois subtile et claire. Le timbre paraît différent, comme plus aigu et plus plaintif, l’émotion est contenue. À la fois expressive et construite, elle ne touche que davantage. Le piano est lui aussi plus intérieur. Le dialogue entre les deux musiciens nourrit la dramaturgie musicale de chaque poème, comme le veut l’écriture de Schubert. Les deux interprètes vivent intensément ces instants, avec de forts contrastes expressifs. Le baryton y garde une grande simplicité dans l’attitude physique, même dans ses moments de colère ou de désespoir à la voix blanche. Le pianiste est comme en transe dans le dernier, Der Atlas, impressionnant dans son agitation.

Les deux interprètes excellent aussi dans des mélodies de Debussy, où on retrouve d’abord Verlaine. Le piano est magnifique, très intéressant pour faire comprendre l’écriture, avec de riches couleurs, qui rendent la voix d’autant plus belle. Les aigus accentuent le lyrisme retenu propre à Debussy. Les moments de fusion alternent avec ceux où, au contraire, chanteur et pianiste doivent jouer chacun leur rôle.

Enfin, six Lieder de Wolf parmi ceux qu’il a composés sur des poèmes d’Eduard Möricke, montrent à nouveau leur excellente maîtrise du Lied et la profondeur de leur travail en duo. Ils passent de la plus grande simplicité à l’agitation spectaculaire, des pianissimi subtils à de beaux forte dramatiques.

Ils nous donnent aussi trois bis en écho au programme : Fauré, Schubert, Debussy, dans lesquels le baryton est à côté du pianiste, avec un œil sur la partition, retrouvant pour cette fin de concert une proximité bienvenue avec un public sensible à ces très beaux moments de musique.

Crédits photographiques : © JB Millot

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Paris. Théâtre des Bouffes du Nord. 7-X-2019. Gabriel Fauré (1845-1924) : La bonne chanson op. 61 (Paul Verlaine) ; Lili Boulanger (1893-1918) : Clairières dans le ciel (Francis James), extraits ; Reflets (Maurice Maeterlink) ; Franz Schubert (1797-1828) : Schwanengesang (les six Leader de Heinrich Heine) ; Claude Debussy (1862-1918) : Fêtes Galantes II (Paul Verlaine) ; Auprès de cette grotte sombre, Crois mon conseil chère Chimène, Je tremble en voyant ton visage (Tristan L’Hermite) ; Hugo Wolf (1860-1903) : Six Lieder (Eduard Mörike). Stéphane Degout, baryton ; Cédric Tiberghien, piano

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