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Madrigaux de Gesualdo, les Arts Florissants dans le vif du sujet

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Paris. Cité de la Musique. 7-X-2019. Nicola Vicentino (1511-1575) : Passa la nave mia ; Roland de Lassus (1532-1594) : Prophetiæ Sibyllarum ; Carlo Gesualdo (1566-1613) : Troisième livre de madrigaux. Les Arts Florissants : Miriam Allan et Hannah Morrison, soprano ; Lucile Richardot, contralto ; Sean Clayton, ténor ; Edward Grint, basse ; Paul Agnew, ténor et direction

Troisième volet de l’intégrale des madrigaux de Gesualdo, ce concert à la Cité de la Musique sonne comme un manifeste en même temps qu’il confirme l’excellence de la démarche.

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Non, cela ne rend pas service à la musique de que d’insister sans trêve sur la folie supposée du personnage et de sa musique, sur sa qualité de meurtrier repenti, sur l’originalité de sa vie. Et non, voir Gesualdo uniquement comme un précurseur ou un visionnaire n’est pas juste du point de vue de l’histoire de la musique. C’est cela qu’affirme , en quelques mots devant le public nombreux de la Salle des concerts (alors que les deux premiers épisodes ont eu pour cadre le petit Amphithéâtre), mais aussi par la construction du programme.

vécut à Ferrare avant que Gesualdo vînt s’y établir, mais y laissa sûrement des traces de ses recherches sur la musique de la Grèce antique. Dans « Passa la nave mia », les audaces harmoniques sont comparables à celles de Gesualdo, et le texte allégorique, très sombre, a de nombreux échos dans le Troisième livre du prince de Venosa au programme ce soir.

passa à Ferrare où il rencontra Vicentino et essaya de mettre en pratique ses théories. Dans le rare et difficile Prophéties des Sibylles, également pour six voix a cappella, douze voyantes de l’Antiquité annoncent tour à tour en latin la venue du Christ dans un langage très imagé. Inhabituelle même à une oreille familière de la musique de la Renaissance, cette musique qui met en pratique le genre enharmonique est une vraie curiosité. Malgré sa longueur, les musiciens précis et engagés des Arts Florissants parviennent à en soutenir l’intérêt.

Dans ce contexte, les recherches harmoniques de Gesualdo apparaissent moins isolées. Tout comme son attachement à la forme du chœur a cappella apparaît, au fur et à mesure qu’on avance dans le temps, comme du conservatisme. Mais par rapport aux deux premiers, le Troisième livre marque une étape vers l’ombre et le tourment. Les maîtres-mots sont « morire », « crudele », « martirio », « ingrato », « dolore »… Cette tonalité très sombre, les chanteurs arrivent à en restituer tout le chatoiement, par une justesse technique et un engagement sans faille, sans chercher pour autant à la tirer vers l’expressionnisme. Dans « Dolcissimo sospiro », ils passent simplement et efficacement de l’apaisement à l’inquiétude la plus forte. « Meraviglia d’amore » est lumineux et chaud, en contrepoint avec la plupart des autres madrigaux, contrastés et tourmentés. Par moments, comme dans le début de « Moro ò non moro ? », les chanteurs parviennent à provoquer ce vertige propre à la musique de chœur, quand, exprimant à plusieurs voix non homorythmiques le même texte, ils font sentir parfaitement et simultanément l’unique et le multiple.

On attend avec impatience la suite de cette intégrale.

Crédits photographiques : © Pascal Gely

 

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Paris. Cité de la Musique. 7-X-2019. Nicola Vicentino (1511-1575) : Passa la nave mia ; Roland de Lassus (1532-1594) : Prophetiæ Sibyllarum ; Carlo Gesualdo (1566-1613) : Troisième livre de madrigaux. Les Arts Florissants : Miriam Allan et Hannah Morrison, soprano ; Lucile Richardot, contralto ; Sean Clayton, ténor ; Edward Grint, basse ; Paul Agnew, ténor et direction

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