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Début d’un marathon Gesualdo pour les Arts Florissants

Concerts, La Scène, Musique d'ensemble

Paris. Cité de la Musique, Amphithéâtre. 23-X-2018. Motets et madrigaux de Luzzasco Luzzaschi (1545-1607), Claudio Monteverdi (1567-1643), Luca Marenzio (1553-1599), Benedetto Pallavicino (1551-1601) et Carlo Gesualdo (1566-1613). Les Arts Florissants : Miriam Allan et Hannah Morrison, soprano ; Mélodie Ruvio, contralto ; Sean Clayton, ténor ; Edward Grint, basse ; Paul Agnew, ténor et direction

arts_florissants_gesualdoAprès leur intégrale des madrigaux de Monteverdi, poursuivent leur voyage dans l’Italie du début du baroque avec une intégrale sur trois saisons consacrée à ceux de Gesualdo. L’étape parisienne de la première série de concerts donnait le départ du périple.

La Philharmonie de Paris, où sont en résidence, a été prudente en réservant le petit amphithéâtre pour l’occasion, et non les 900 places de la Salle des concerts où l’ensemble a ses habitudes. Il faut dire que nos oreilles contemporaines sont généralement moins familières de ce répertoire d’une époque charnière entre la Renaissance et le baroque, et que le nom de n’a pas le même retentissement aujourd’hui que celui de son contemporain . Le public s’est pourtant déplacé en nombre, et profite de l’intimité de cette salle chaleureuse, pour un concert entièrement a cappella.

Dans une première partie, les six musiciens replacent le premier livre de madrigaux de Gesualdo dans le contexte qui a vu sa publication en 1594 : la cour de Ferrare, où le prince de Venosa s’est installé à l’occasion de son deuxième mariage. On y trouve notamment et , avec notamment de ce dernier Baci soavi, e cari à six voix et Tirsi morir volea à cinq. et ses compagnons tournent résolument le dos à l’image traditionnelle des polyphonies de la Renaissance auxquelles cette musique se rattache encore, image de perfection formelle et de beauté froide. Certes, le son est droit, la ligne est parfaitement conduite, les ornements rares, mais ce n’est aucunement une impression d’uniformité qui se dégage. Les chanteurs savent faire ressortir les effets dramatiques que cette musique commence à porter, articulant de façon nette, savourant les échanges entre les voix ou appuyant juste ce qu’il faut les ébauches de figuralismes. Dans cette optique, les voix s’individualisent par moments, notamment celles de ténor de et de , et celles de soprano de et de . et se fondent davantage dans l’ensemble, mais cela est certainement dû en partie à la partition. La défaillance passagère de , qui conduit les musiciens à faire une pause puis à reprendre le concert assis, ne vient même pas porter atteinte à l’excellence musicale de ce soir.

Dans cette première partie, on trouve aussi des voisins mantouans qui fréquentaient Ferrare à cette époque : lui-même, représenté par un madrigal sur le même texte de Baci soavi, et , qui a mis en musique lui aussi le texte Tirsi morir volea de Giovanni Battista Guarini. Alors que chez Marenzio on admirait la clarté du propos musical, l’écriture de Pallavicino est plus chatoyante, mais aussi plus tourmentée et moins fluide. On entend aussi trois motets de Gesualdo, œuvres de belle facture mais sans excès, où dominent la douleur et la miséricorde, thèmes récurrents chez celui qui est aussi connu pour avoir sauvagement tué sa première femme et l’amant de celle-ci.

La deuxième partie est consacrée au premier livre des madrigaux de Gesualdo dans son intégralité, hormis deux petites coupes sûrement motivées par le temps perdu en première partie. Toutes les pièces sont à cinq voix, ce qui amène les deux sopranos à alterner, sauf pour les quatre madrigaux à un seul ténor. Menés par le formidable musicien qu’est Paul Agnew, les chanteurs portent avec beaucoup de conviction ces textes qui exaltent l’amour, la femme et la nature, comme dans cette nouvelle version, particulièrement expressive et subtile, de Tirsi morir volea, ou dans le dernier madrigal du recueil, Bella Angioletta, da le vaghe piume, qui se finit par ces deux mots délicieux : « io amo ». La suite du cycle est donc attendue avec impatience.

Crédits photographiques : © Oscar Ortega

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