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À Paris, Simon Rattle et le LSO ouvrent l’année Beethoven dans la ferveur

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Paris. Philharmonie, Grande Salle Pierre Boulez. 25-I-2020. Alban Berg (1885-1935) : Concerto pour violon et orchestre « À la mémoire d’un ange » ; Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Le Christ au mont des Oliviers op. 85. Lisa Batiashvili, violon. Elsa Dreisig, soprano. Pavol Breslik, ténor. David Soar, basse. London Symphonu Chorus. London Symphony Orchestra, direction : Sir Simon Rattle

Pour ce concert à la Philharmonie de Paris, avec le London Symphony Orchestra, dans le cadre des célébrations de l’année Beethoven, Sir Simon Rattle choisit un programme très spiritualisé associant le Concerto pour violon « À la mémoire d’un ange » de Berg, avec Lisa Batiashvili en soliste, et Le Christ au mont des Oliviers, seul oratorio du maître de Bonn. Deux œuvres bien différentes dans leur forme, réunies dans la même ferveur.

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Composé à la mémoire de Manon Gropius, fille de Walter Gropius et d’Alma Mahler, décédée le 22 avril 1935, à l’âge de 18 ans, le Concerto pour violon d’Alban Berg, émaillé de souvenirs autobiographiques, est la dernière œuvre achevée du compositeur viennois qui décédera quelques mois plus tard. De structure complexe en miroir, pseudo symphonie avec violon obligé, il oscille entre tradition (choral de Bach) et modernité (dodécaphonisme) autant qu’entre tonalité et atonalité. Lisa Batiashvili en donne une belle lecture portée par un jeu élégant et virtuose, tantôt lyrique, tantôt rageur, se déployant initialement dans un climat de déploration éthérée (clarinette, harpe, cordes graves) avant que n’apparaisse de façon surprenante une gaieté exubérante portée par la valse des cuivres. La deuxième partie marque une rupture brutale portée par un dramatisme violent dominé, là encore, par les cuivres et les percussions, puis repris par le tutti dans un martèlement terrifiant cédant finalement place à la consolation et au recueillement dans les variations du choral « Es ist genug » aux sonorités d’orgue qui sonnent comme un adieu… Un extrait de la Partita n° 1 de Bach, comme une évidence, conclut cette première partie.

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Cette année 2020, célébrant le 250 anniversaire de la naissance de Beethoven, sera longue… et qui veut aller loin, ménage sa monture, aussi Sir Simon Rattle, avec sagesse, fait-il appel à des œuvres mal connues et rarement jouées du compositeur. Excellente occasion pour cet unique oratorio de sortir de l’ombre. Composé en 1803, alors que le compositeur traverse une période d’intense dépression liée à la découverte et à la confirmation de sa surdité, cet oratorio fait écho au testament de Heilingenstadt. C’est, en effet, à cette période que Beethoven, au milieu de son ouragan intérieur va chercher consolation et courage auprès des grandes figures héroïques de l’histoire de l’humanité, telles Prométhée ou le Christ. Le Christ au mont des oliviers nous relate précisément ce moment de doute où à la veille de son arrestation, dans le plus grand désespoir, Jésus implore Dieu de lui épargner les souffrances futures…

Si Simon Rattle a parfois pu donner l’impression d’avoir quelques difficultés à maintenir l’unité et la cohérence du discours dans le concerto de Berg, aucune réserve, ni hésitation dans cette lecture lumineuse des réflexions intérieurs de Jésus (Pavol Breslik) conforté par la présence de Pierre (David Soar) du Séraphin (Elsa Dreisig) et d’un excellent Chœur tour à tour, anges ou soldats. Cette œuvre de jeunesse n’a certes pas la force, ni la révolte, des compositions ultérieures qui empoigneront le Destin à la gueule, mais elle se caractérise assurément par sa maîtrise de la forme, la pertinence de l’orchestration, ainsi que par une science consommée dans la peinture des personnages. Elle se subdivise en neuf parties précédées d’une introduction.

L’Introduction impressionne par son atmosphère d’attente et de désolation, installant le décor à la douloureuse prise de conscience de Jésus que Simon Rattle nous détaille étape par étape, de façon particulièrement juste et colorée, faisant valoir toutes les ressources individuelles de la prestigieuse phalange londonienne. De la crainte à l’acceptation du sacrifice, de la joie et de la félicité vantée par le Séraphin, du tragique de la situation annoncé par un Chœur très théâtral, tout, ici, est parfaitement mené sur une dynamique soutenue, une tension sans faille, dans une totale complicité entre solistes, orchestre et Chœur.

Concernant le casting vocal on retiendra l’excellente prestation d’Elsa Dreisig en Séraphin et la magnificence du London Symphony Chorus, éblouissant de bout en bout.

Crédits photographiques : Sir Simon Rattle © Mark Allen ; Lisa Batiashvili © Mat Hennek

 

 

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Paris. Philharmonie, Grande Salle Pierre Boulez. 25-I-2020. Alban Berg (1885-1935) : Concerto pour violon et orchestre « À la mémoire d’un ange » ; Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Le Christ au mont des Oliviers op. 85. Lisa Batiashvili, violon. Elsa Dreisig, soprano. Pavol Breslik, ténor. David Soar, basse. London Symphonu Chorus. London Symphony Orchestra, direction : Sir Simon Rattle

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  • Michel LONCIN

    « Cette œuvre de jeunesse n’a certes pas la force, ni la révolte, des compositions ultérieures qui empoigneront le Destin à la gueule …  » Vraiment pas d’accord !!! Il suffit d’écouter l’introduction en forme de marche funèbre en mi bémol mineur (une des tonalités les plus sombres qui soit – avec la bémol mineur -), le récitatif de Jésus (anticipant le Florestan de Fidelio en une ardente imploration (« Jehovah, du mein Vater ») suivi de l’aria’ de Jesus (Meine Seele ist erschuttert » – mon âme est triste à en mourir -), allegro en ut mineur (la tonalité préférée de Beethoven – avec Mi bémol Majeur – … celle de la marche funèbre de la Symphonie héroïque … celle de la Cinquième Symphonie … celle aussi de l’Allegro de sonate du premier mouvement et du Scherzo de la Dixième Symphonie … pour s’en convaincre !!!

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