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Kirill Karabits sublime l’œuvre du compositeur arménien Terterian

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Avet Rubeni Terterian (1929-1994) : Symphonies n° 3 et n° 4. Komitas (1869-1935) : Shoger Jan. Traditionnel : Noodar-Noobar. Tigran Aleksanyan, doudouk et zourna ; Vahe Hovanesian, duduk ; Orchestre symphonique de Bournemouth, Kirill Karabits, direction. 1 CD Chandos Records. Enregistré au Lighthouse, Poole, Dorset, Angleterre, en mars 2019. Notice en anglais, allemand et français. Durée : 58:56

 

L’écriture du compositeur arménien Avet Rubeni Terterian témoigne d’une économie de moyens non négligeable. Paradoxe chez un artiste qui emploie de grands orchestres dans ses huit symphonies pour mieux jouer sur des contrastes maximaux, entre explosions sonores et silences abrupts.

Terterian Karabitz chandosLa Symphonie n° 3 dont c’est ici le cinquième enregistrement, est profondément ancrée, à la fois dans l’utilisation d’instruments issus du folklore (zourna, doudouk), mais aussi dans une forme de minimalisme contemporain que l’on retrouve aussi chez Giya Kancheli. Nul « folklorisme » pourtant, mais l’utilisation d’un matériau en apparence archaïque qui fusionne dans la texture de l’orchestre moderne. Terterian fait partie de ces compositeurs fascinés par le mysticisme et pour lesquels le choix des esthétiques n’est que secondaire dans l’approche musicale. Aux résonances des percussions d’une violence saisissante au début de l’œuvre (Terterian se souvient, ici, d’un voyage en Mongolie et des rituels bouddhistes) s’impose une note filée qui traverse tout le second mouvement. Aucune nuance précisée, de simples indications de tempi. Le troisième mouvement est d’une puissance incantatoire impressionnante : cuivres et percussions (dont l’ajout du piano) dialoguent avec les zourmas dont la sonorité perçante évoque le chaos de l’existence. La symphonie témoigne de la douleur du compositeur qui vécut, en 1975, la mort de son frère. La lecture de   avec le s’impose devant celles de David Khandjan (Melodiya), pourtant le créateur de l’œuvre, Janzug Kakhidze (Cugate Classics), (Arte Nova) et Loris Tjeknavorian (ASV).

Composée en 1976 et révisée en 1984, l’ample Symphonie n° 4 enrichit son orchestration d’un clavecin, d’un piano et d’un orgue. Sans l’apport des instruments du folklore, l’œuvre est une sorte de « tombeau » d’autant plus émouvant, que le clavecin introductif provoque une impression de rêve éveillé. Cette musique d’atmosphères est admirablement servie par la prise de son SACD. Elle magnifie les plans sonores et notamment la progression d’un immense crescendo, véritable raz-de-marée. Les couleurs sont superbes à l’instar du second mouvement, aux effets hypnotiques. Karabits équilibre avec une extrême précision, les phases de « brouillards » et d’explosions percussives. On entre aisément dans cet univers proprement inouï et si éloigné des modes de pensée occidentaux. La version du chef ukrainien est enchanteresse, supérieure à celle de Loris Tjeknavorian (ASV). Espérons la réédition, chez Melodiya, des versions de Gennadi Rojdestvenski et David Khandjan.

En complément de programme, nous écoutons deux improvisations : une courte et charmante pièce mélodieuse – Shoger Jan (« Chère Shoger ») – de Komitas (Soghomon Soghomonian) jouée à deux doudouks puis la chanson folklorique Noobar-Noobar.

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Avet Rubeni Terterian (1929-1994) : Symphonies n° 3 et n° 4. Komitas (1869-1935) : Shoger Jan. Traditionnel : Noodar-Noobar. Tigran Aleksanyan, doudouk et zourna ; Vahe Hovanesian, duduk ; Orchestre symphonique de Bournemouth, Kirill Karabits, direction. 1 CD Chandos Records. Enregistré au Lighthouse, Poole, Dorset, Angleterre, en mars 2019. Notice en anglais, allemand et français. Durée : 58:56

 
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