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Virile Bohème à l’Opéra de Marseille

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Giacomo Puccini (1858-1924) : La Bohème, opéra en quatre tableaux sur un livret de Giuseppe Giacosa et Luigi Illica d’après Scènes de la vie de bohème d’Henry Murger. Mise en scène : Louis Désiré. Décors et Costumes : Diego Méndez Casariego. Lumières : Patrick Méeüs. Avec : Angélique Boudeville, Mimi ; Lucrezia Drei, Musetta ; Enea Scala, Rodolfo ; Alexandre Duhamel, Marcello ; Régis Mengus, Schaunard ; Alessandro Spina, Colline ; Antoine Garcin, Benoît ; Jean-Luc Epitalon, Alcindoro ; Jean-Vital Petit, Parpignol. Chœur (chef de chœur : Emmanuel Trenque) et Orchestre de l’Opéra de Marseille, direction musicale: Paolo Arrivabeni
Opéra sans public diffusé sur You Tube

Leo Nucci ayant refusé de rogner sa mise en scène pour l’adapter aux contraintes sanitaires, c’est à Louis Désiré qu’échoit la réalisation de cette Bohème à la très belle distribution.


Lorsque le rideau se lève (en ligne) sur cette nouvelle Bohème, découvrant une pâle vidéo de deux lucarnes qui surplombent, dans une commode pénombre, un simple lit, le spectateur se croit revenu au temps des Bohème provinciales des années 70, où seule l’oreille méritait d’être comblée. Un temps où les metteurs en scène n’étaient généralement que des metteurs en place. Heureusement depuis, La Bohème a été emmenée beaucoup plus haut par de vrais créateurs, et l’œil garde le plus vif souvenir, en France, de celle de Jean-Louis Martinoty à Lyon, de Robert Carsen à Strasbourg, voire de celle de Claus Guth à Paris. Louis Désiré, accouru in extremis sur les lieux pour remplacer Leo Nucci, marque forcément le pas, étant donné les circonstances, sur ces conceptions aussi spectaculaires qu’originales. Dans un premier temps, on ne donne pas cher de ce minimalisme, résigné à la perspective d’un unique bonheur musical. Moins de deux heures plus loin, il convient de nuancer l’impression première d’une vision qui nous aura progressivement entraîné sur d’intrigants chemins de traverse.

Le revirement s’instille à la fin du II lorsque, consécutivement à la poétique chute d’étoiles qui conclut l’Acte I, Mimi, à peine séduite par Rodolfo, se voit abandonnée dans les bras de Parpignol, moins d’un quart d’heure après, par son nouvel amant fasciné par le défilé militaire ! Plus loin, la Barrière d’Enfer est… le lit. Ce quasi-unique élément de décor perd alors à l’évidence son statut misérabiliste de départ pour un autre plus signifiant à l’arrivée : les accords introductifs de l’Acte III y dévoilent la difficulté amoureuse de Rodolfo et Mimi, leur reprise conclusive (coup de génie puccinien) ramène sur ce même lit Rodolfo et … Marcel. L’Acte IV conclut sur les deux garçons enlacés dans la pénombre d’un front de mer tourmenté tandis que la douche d’un projecteur glacial écrase longuement une Mimi sacrificielle. Louis Désiré, intrigué comme tout un chacun par les zones d’ombre de cet opéra populaire, probablement insatisfait par l’expéditive justification de Rodolfo (« Mimi è una civetta »), effleure avec délicatesse une confusion des sentiments qui permet dans la foulée de faire un sort aux récurrentes querelles Marcello/Musetta.


De telles subtilités seraient illisibles, voire ridicules si les chanteurs ne faisaient preuve d’un talent scénique équivalent à leur capacité vocale. A l’écoute, si l’on fait abstraction d’un orchestre réduit, mais magnifiquement conduit, d’un chœur masqué où les pupitres féminins remplacent le chœur d’enfants prévu par la partition, et d’un Parpignol contraint de proposer lui-même la tromba, il cavallin, nous avons une version musicale tout à fait convaincante. Au côté de l’Alcindoro et du Benoît très amusants de Jean-Luc Epitalon et d’Antoine Garcin, du Schaunard intense et concerné de Régis Mengus, le Colline d’Alessandro Spina bénéficie, sur Vecchia zimarra, des tempi judicieusement larges de Paolo Arrivabeni. Lucrezia Drei prouve avec aplomb que trouver une excellente, voire une émouvante Musetta, n’est pas un vœu pieux. Mimi convient parfaitement à l’ambitus ample et chaud de la jeune Angélique Boudeville, hier encore deuxième prix du Concours Voix Nouvelles 2018. Alexandre Duhamel campe un Marcello immense et c’est en toute logique qu’Enea Scala, Rodolfo électrisant à tous points de vue (frissons au final), trouve par deux fois refuge dans les bras de ce colosse rassurant.

Crédits photographiques © Christian Dresse

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Giacomo Puccini (1858-1924) : La Bohème, opéra en quatre tableaux sur un livret de Giuseppe Giacosa et Luigi Illica d’après Scènes de la vie de bohème d’Henry Murger. Mise en scène : Louis Désiré. Décors et Costumes : Diego Méndez Casariego. Lumières : Patrick Méeüs. Avec : Angélique Boudeville, Mimi ; Lucrezia Drei, Musetta ; Enea Scala, Rodolfo ; Alexandre Duhamel, Marcello ; Régis Mengus, Schaunard ; Alessandro Spina, Colline ; Antoine Garcin, Benoît ; Jean-Luc Epitalon, Alcindoro ; Jean-Vital Petit, Parpignol. Chœur (chef de chœur : Emmanuel Trenque) et Orchestre de l’Opéra de Marseille, direction musicale: Paolo Arrivabeni
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